Rapatriement des Guinéens des USA : un mauvais procès (SN Bokoum)
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- Mis à jour le samedi 28 juillet 2012 01:46
- Publié le jeudi 26 juillet 2012 19:54
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
L'humaniste : Si un homme se sauvait -chez toi et que tu pusses l'arracher à la mort par un seul mensonge, ne mentirais-tu pas ?
L'unique : Tu ne porteras point de faux témoignages
J’ai été parmi les initiateurs de trois appels, dont Manifeste-guinéee2010, Odyssée de l’Impasse. Celui qui m’y aida le plus était Malick Condé, alias JT (Jeune Turc). C’est dire que ce n’était pas un Peul qui sollicitait quelque chose pour sa communauté, mais un Guinéen qui voulait des « Assises de la société civile des Guinéens (résidents comme émigrés), à défaut d’une Conférence nationale. C’était en 2005. Depuis, j’ai remarqué, chiffres à l’appui, qu’il y avait dans les trois appels environ entre 40 à 60 % de « Hal pular » dispersés sur la planète. Il devrait en être de même sur le sol national. Il ne faut donc pas s’étonner que partout où il y a un regroupement de Guinéens, les Peuls pourraient être fortement représentés. Pour le Bien et pour le Mal. Mêmes proportions au fameux procès des gangs, toutes choses égales par ailleurs, les Peuls étant tout de même des « immigrés » dans ces quartiers, à l’époque. Il faut donc comprendre qu’il ne s’agit pas d’une approche en chiffres absolus. Tous de jeunes détribalisés : les Peuls étaient fortement représentés, tant au niveau des délinquants lambda, qu’à celui des stars : entre Mathias, le jeune Forestier « soussouisé », Denka Mansaré le Maninka, et.. Malifa, dit le « Beau Malifa », probablement peul, nos avions affaire avec un jeune lumpen prolétariat, celui-là même qui fait le peuplement de « l’Axe du Mal ». Certains étaient même d’un âge certain, tel ce vieux Monsieur qui«bricolait » au port, qui devait être peul.
J’ignore la proportion de Peuls parmi les 365 irréguliers guinéens aux USA, encore libres de leur mouvement. Mais le fait qu’il y a une majorité de patronymes hal pular parmi les 26 Guinéens actuellement incarcérés, s’explique d’abord par cette réalité sociologique, avant toute supputation idéologique toujours possible. Qui sont ces 26 détenus ? Il faut dire qu’aux Etats Unis, un irrégulier est un délinquant. Car le pays de l’Oncle Tom ignore les camps de rétention administrative. D’abord pour une raison matérielle, financière. Les réfugiés se comptent par centaines de milliers, essentiellement des « latinos», dont la majorité sont des Mexicains. La deuxième raison est qu’aux USA, il y a un taux maximum de citoyens qu’on peut mettre en prison, que la Constitution interdit de dépasser !
Les 26 incarcérés de York Jail, c’est en Pennsylvanie, sont accusés de crimes divers : vols, (de cartes de crédits notamment, délit particulièrement grave, délit de lèse-majesté au pays de l’Oncle Sam où le dollar est roi..). Contre eux, il y a une décision de justice. Ils ont épuisé tous les recours, et il ne leur resterait plus qu’à remonter jusqu’à la Cour suprême. Mais aux Etats unis, même Obama ne peut pas s’opposer à une décision d’un juge lambda de Winooski (petit bled du Vermont où j’ai appris le peu d’anglais que je sais).Depuis les indépendances, il est de notoriété publique que les chancelleries africaines traînent le pied pour donner ou ne pas donner un titre de voyage à leurs nationaux frappés d’expulsion. Et notre ambassade n’a pas failli à cette pratique. Nos républiques bananières qui poussent à l’exode rural puis à l’émigration, ont peur comme du choléra de voir leurs ressortissants déversés sur les tarmacs de leurs aéro-hangars des sacrifiés de la mal gouvernance alliée à la mondialisation. Aussi, il y a 365 Guinéens en situation irrégulière qui auraient dû se retrouver à York Jail. Mais notre diplomatie, je parle de celle qui se trouve sur le terrain a pu convaincre les autorités que pour des raisons humanitaires, voire matérielles ceux-là devraient bénéficier d’une sorte de « moratoire » qui pourrait déboucher à la longue par une régularisation. Ils sont d’honnêtes travailleurs payant tous leurs « bills », les impôts, certain(e)s sont marié(e)s à des Américain(e)s, ont acheté des pavillons, des appartements, etc. Ils sont intégrés, certains depuis près de trente ans.
S’agissant des 26 « délinquants », ce serait non seulement absurde, mais aussi méconnaître sciemment les faits que d’instruire un procès d’ethnocentrisme contre notre ambassadeur à Washington. Il y a des mois et des mois que Blaise Chérif et d’autres ambassadeurs de « pays frères » sont accusés de laxisme, voire d’incompétence, soupçonnés de vouloir refuser de délivrer des titres de voyage à des irréguliers, que les autorités ont décidé de refouler. La Guinée parmi d’autres pays est signataire de la convention de Chicago de l’aviation civile du 7 décembre 1944 (annexe 9) qui lui fait obligation de délivrer des titres de voyage pour ces 26 « délinquants ». Il faut ici préciser qu’ils étaient au départ 34 et « l’argument » de notre ambassadeur était qu’il n’était pas sûr que tous ces gens-là fussent des Guinéens.
Come on ! A d’autres, aurait pu s’indigner le Yankee,
Vous pouvez sir, faire la distinction entre un Mexicain et un Portoricain ? aurait pu rétorquer notre Excellence au fonctionnaire américain.
Le consulat n’ayant pas le personnel qualifié pour remonter le pédigrée de ces 34 quidams, voyez le temps et la fortune mise pour dire qui est ou n’est pas Nafissatou Diallo, ! Il fallait requérir les services compétents depuis Conakry, sur financement américain. Car à la décharge de Blaise Chérif, l’ambassadeur (ou ambassadrice) américaine a rencontré le ministre des affaires étrangères et le Premier ministre et à proféré des menaces à peine voilées de rétorsion : jeter en prison puis expulser les 365 Guinéens, geler quelques jetons promis à notre Etat grabataire et mettre le pied sur le frein du solex qui nous mène sur le fameux point d’achèvement des PPTE.
Accuser Blaise, c’est croire que la justice et l’Etat américain pourraient se faire les complices d’une manœuvre anti-peule organisée par une république bananière.
D’ailleurs, juste pour l’anecdote, il y a un Soussou et pas seulement des Tana ala parmi les restants des « balayures du nettoyage » auquel s’apprête à procéder les Américains. Il y a plus de Peuls, certes, mais nul ne sait qui est le violeur, le voleur, le faussaire. Mince consolation, certes. Parmi les mesures de rétorsion évoquées par la chancellerie américaine en Guinée, il y a les bourses et les visas pour les étudiants et même les visas pour les fonctionnaires détenteurs de passeports de service. Ce serait d’ailleurs bon pour nos finances que nos « amis » contribuent à réduire ces promenades coûteuses et inutiles de nos prédateurs. Mais pour les étudiants, ce serait très dommage.
Donc une mission est venue voir qui était qui parmi ces 34. Ils n’ont retenu donc que 26 Guinéens, les autres étant des camouflés de « pays frères ».Il ne faut pas que j’oublie de préciser la composition de cette mission. Il y avait deux fonctionnaires du ministère des Affaires Etrangères : Mme Geneviève Kourouma ex directrice des affaires juridiques et consulaires du même ministère, nouvellement nommée conseillère à la Cour suprême, et Monsieur Abdoulaye Baldé. Le ministère de la sécurité était représenté par M. Mohamed Barry, et une dame, Colonel de son état, Madame Sow née Keïta.
Un mémorandum est entrain d’être confectionné par les deux parties, qui prévoit des mesures d’accompagnement pour les rapatriés et sans doute qui anticiperaient sur des solutions humanitaires pour les 365 chefs de familles irréguliers mais encore libres.
Là s’arrête cette affaire, du moins dans ses aspects juridiques et factuels, pour se faire une religion du comportement du chef de notre représentation diplomatique à Washington DC. Ce ne sont pas seulement les Peuls qui sont remontés contre lui, pour reprendre une expression qui fait florès sur la Toile où l’on a fait haro sur le baudet. Il faut ne serait-ce que pour des raisons de déontologie de notre métier, cesser ces copier/coller d’un papier dont on change le titre par-dessus le marché, ce qui est tout le contraire de la pratique et de la morale professionnelles, les yeux fermés, tout cela afin d’ethniciser ou de déplacer sur un terrain partisan un problème qui ne l’est pas, au risque d’aboutir au contraire du résultat qu’on escompte. Bref, les réactions cutanées n’ont jamais construit une stratégie politique. Surtout par sur la Toile.
Blaise Chérif a fait un choix. Il a rejoint le camp des adversaires de l’Opposition. Ce n’est pas une raison d’inventer des fables à son sujet. Fonctionnaire du HCR pendant plus de trente ans, il a pratiqué parfois au risque de sa vie, le droit humanitaire. Par ailleurs il a suffisamment de soucis avec son « parent », de surcroit son chef hiérarchique. Le ministre des Affaires Etrangères.
Voici.
Une lettre a circulé ou circule toujours à Conakry, une philippique (à vos dicos) signée par le chef hiérarchique de Blaise Chérif. J’ai nommé son «parent », avec sa tête de Kenny Rap, « Son Excellence Niankoye Lamah où Blaise est sommé de rapporter sa décision de suspendre son collaborateur faussaire, le tout enrobé de tous les péchés des.. « coupeurs de sang ». L’expression peule est intraduisible. « Elle n’a pas son deux ». Couper les liens de parenté. Marcher sur les obligations à l’égard d’un parent. « Tadhiougol ennan ». Voilà, un diplomate de la chancellerie avait demandé à prendre un congé d’un mois (auquel il avait droit ?), il va se balader 4 mois au pays sans donner de signe. Sauf à commettre un certificat médical établi par une clinique en France au nom ..d’une dame qui devait avoir le même patronyme que lui et alors ce « parent »de Blaise (qui n’est donc pas un Peul) procède comme il faut à une certaine «actualisation » et le certificat médical devient une attestation à son nom. Blaise qui n’est pas un enfant de chœur, mais plutôt un Konon adepte du grand rite sacré du Niamou, donc « taliban » de la laïcité de la république, fait son enquête et les responsables de la clinique déclinent toute complicité avec ce qu’il faut bien appeler faux et usage de faux.
Ce n’est pat tout. Notre ministre des Guinéens de l’extérieur pris d’une sorte de délire rabique, refile cette lettre à un certain Chérif Haïdara qui vociférait à l’encontre de Sidya sur une station de Radio » « Même Blaise Chérif !.. ». Une manière d’anticiper le fameux « il n’a pas de base », suivez mon regard. Blaise venait de quitter l’UFR. Ayant obtenu enfin de son « oncle », l’os que ce dernier vient de lui jeter sous la table (PMU ou L’ONAGUI, je ne sais plus), Blaise n’est plus en odeur de sainteté. Nommé bien avant notre « neveu » revenu bredouille, après un premier partage de gâteau, voici Blaise dégageant les senteurs d’une certaine UFR pour le plus tonitruant haut-parleur parmi les premiers compagnons du maître du RPG. Donc devenu guichetier de la L’ONAGUI, l’ «ami » d’hier est devenu l’homme à abattre; bien que n’étant pas du RPG, le voilà qui met de l’ordre à l’ambassade: fin du trafic d’influence, de cartes consulaires, de visas, ponctualité etc..On sait que ce commerce est organisé depuis le petit diplomate lambda jusqu’en haut du ministère, en passant par l’ambassadeur. Ainsi s’explique que dans la plupart de nos chancelleries, on est en retard de paiement d’électricité, de salaires et de dignité diplomatique! Pratiques honteuses qui ont cours il faut le reconnaître depuis que la Guinée a dit Non, alors qu’elle n’aurait pas dû (Alpha Blondi). La nomination de Blaise qui n’est pas du RPG était déjà ressentie comme une gifle, une humiliation, alors que des fidèles parmi les fidèles du RPG peinent à se faire repêcher. Voilà qu’il se mêle de mettre de l’ordre alors qu’au-dessus de lui les mauvis exemples ont force de loi.
Donc voilà que Chérif Haïdara organise une réunion chez Jacques Korouma pour faire la bamboula du 14 juillet et « faire la fête » à Blaise Chérif. De fait, c’était une manière de bomber la poitrine : détenir cette lettre c’est prouver qu’il est plus proche du Roi que ne l’est son concurrent Mohamed Lamine Keïta patron du RPG-arc-en-ciel France, qui va réussir à réparer les dégâts causés par ce tamtameur qui a fait presqu’autant de « mal » au RPG que ses adversaires politiques. Son camp, minoritaire avec Pierre Fofana qu’il a réussi à « blaguer » à force de cris de roquet et à persuader qu’il est vraiment redevenu proche de Fama, en réalité sa secte pèse très peu face à Mohamed Lamine Keïta. Ils exhibent donc le papelard de Niankoye Lamah qui fustige Blaise. Un courrier diplomatique qui eût dût être scellé dans la valise diplomatique. Non, il est bon pour scander des figures de danse d’un bal populaire du 14 juillet. Ce qui est tout à fait dans les mœurs de ce royaumillon où Fama s’invite à un mariage. Je ne sais si Blaise est au courant de cette « guinéade » (néologisme de Blaise) dont il est le dindon.
On me dira de quoi je mêle !
Ces querelles inter-pouvoir font « notre » force !
Eh bien non. C’est un sujet national, grave : il faut que les combattants pour l’avènement d’un Etat de droit tel que l’ont rêvé les martyrs de juin 2006, janvier et février 2007, surmontent les raccourcis ethniques qui ne feront jamais mieux que les insuffisances stratégiques des vrais acteurs que sont les responsables de Partis. Les médias pour au temps, jouent un rôle non moins important pour le changement social. Nous avons une mission de service public à caractère privatif. Il faut défendre ces quelque 300 irréguliers, seraient-ils rien que des Tanama télé ou des Tanamouna. Mais je ne défendrai jamais un violeur, un faussaire et un dealer, serait-ce mon frère même mère même père.
Si nous devions laisser lyncher tous ceux qui sont dans l’administration d’un Etat même félon, dirigé par un dictateur, ce ne sont pas deux cents prédateurs qui seraient à virer, mais quelque 50000 agents publics petits ou grands, dont la majorité est honnête, sans Parti. Et allant jusqu’au bout de cette logique, c’est interdire à tous nos jeunes cadres compétents, qui ont fini leurs études à l’Extérieur ou au pays d’intégrer un appareil certes corrompu, mais justement eux ont encore l’âge de se battre pour le mettre par terre ou en tout cas le rénover.
Enfin, ce ne sont pas à ces réactions émotives que pense Ansoumane Doré pour alimenter son « Think tank » (réservoir d’idées) où pourraient puiser nos acteurs politiques pour revigorer leur ordinaire stratégique. En attendant, depuis quelques temps je crois entendre une formule publicitaire d’une grande compagnie pétrolière américaine des années 60 :
« Put a tiger in your tank », mettez un tigre dans votre réservoir.
Il y a des idées qui ressemblent à des tigres en papier.
Wa Salam,
El Hajj Saïdou Nour Bokoum
NB : mes sources sont proches de l’ambassade des USA et de l’US-AID, de la Primature, du Ministère des AE, de certains diplomates de pays frères bien évidemment de notre représentation à Washington DC, et de parents qui vivent aux States depuis plus d’un quart de siècle. Le Lynx est le journal le plus crédible de Guinée. Sans doute le meilleur. Cependant je ne confonds pas le Lynx avec un correspondant du Lynx. Ce qui m’a obligé à faire ma propre investigation. J’ai vu comment on a malmené Mahmoud Thiam à partir d’une interview du Lynx. Je ne sais pas combien de temps je dois ronger mes freins dans l’attente de la seconde partie de cette interview abondamment étalée sur la Toile..J’ai publié cette seconde partie, quand je la verrai ailleurs, j’essaierai d’en faire ma lecture globale. Puisque là aussi au lieu d’une critique, je n’ai lu que des formules du genre « il a le nez plat, le cheveu rare, un regard de glouton qui pue on ne sait quel scandale». Il est vrai que c’est un texte difficile, technique, autour duquel il vaut mieux tourner et passer à autre chose. Depuis le Watergate, le journalisme d’investigation ne tolère plus le remplissage.
http://www.nrgui.com/ (Nouvelle République de Guinée)
Le minstre de la Justice, maître Christian Sow a remis sa lettre de démission au PM
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- Mis à jour le mardi 24 juillet 2012 22:40
- Publié le mardi 24 juillet 2012 22:30
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Je prends quelques précautions, parce qu’à cette heure, le PM n’aurait pas accepté ce qui peut mettre à mal le système familialo-bancal de la gestion par Alpha de ses collaborateurs. Mais quiconque a entendu Sidya démonter l’incroyable mécano de désordre, non pas communiste, mais populiste de la gestion des hommes et des affaires par Alpha, mesurera les vagues que cette démission soulèverait. Sans parler de l'inacceptable misère de nos populations en ce saint mois de carême. Parmi ces vagues, il faut compter hélas, avec les capacités de reflux de la machine mandingo-familiale qui mettra des pressions dignes d’un tsunami pour calmer la fièvre du neveu du Président. Le plus cultivé, si tant est que les autres.. Bref on s’apprêterait à nous faire avaler des « raisons de santé » du démissionnaire.
Alors qu’il s’agit d’un désaccord profond à propos des conséquences qu’il faut tirer des horreurs du Stade, commises le 28 septembre 2009. Il faut appeler un chat un chat ou des fauves meurtriers par leurs noms.
La gestion du dossier Pivi-Tiegboro.
Bon appétit et Wa Salam,
El Hajj Saïdou Nour Bokoum
www.nrgui.com (Nouvelle République de Guinée)
Alpha Condé : la Nation abandonnée à l'affairisme (Bah Oury)
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- Mis à jour le vendredi 20 juillet 2012 08:23
- Publié le vendredi 20 juillet 2012 08:19
- Écrit par Bah Oury
M. Alpha CONDE, le Chef de l’État guinéen n'a pas jugé utile d'être présent au 19émme sommet de l'Union Africaine à Addis-Abeba. Les crises au Sahel, notamment au Nord du Mali et en République Démocratique du Congo et l'élection du Président de la Commission de l'UA étaient les principaux sujets à l'ordre du jour. L'avenir de la paix dans le continent et celui de l'organisation panafricaine ont occupé les débats. La diplomatie guinéenne sous la férule d'Alpha CONDE a brillé par son absence, traduisant ainsi peu ou prou un désintérêt pour les sujets majeurs qui interpellent tous les États africains ou pis encore une application de la politique de l'autruche pour camoufler ses actes sur le plan extérieur.
Pour celui, qui ,au début de l'année a voulu se présenter à la candidature pour présider l'organisation et dont le pays a fourni en 1963 le premier secrétaire général de l'OUA , feu DIALLO Telli, cette attitude ravale la Guinée a un nain politique sur l'échiquier continental. En réalité, le Président guinéen a préféré la politique de la chaise vide alors qu'il est empêtré dans des contradictions diplomatiques à savoir honorer l'engagement de l'Afrique de l'Ouest de soutenir Jean PING, le Gabonais et assumer son choix en faveur de Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission de l'UA.
Le 19éme sommet de l'UA n'est pas un sommet comme les autres. Des problèmes essentiels qui auront une forte influence pour très longtemps sur la paix et l’unité politique du continent sont débattus et des décisions sont prises sans que la voix de la Guinée ne se fasse entendre. En s'abstenant d'être présent pour assumer au vu et au su de tous ses choix diplomatiques, M. Alpha CONDE affiche une grande désinvolture sur la scène internationale et dégrade ainsi la fonction de « Président de la République de Guinée ». Avouons que pour un ancien dirigeant de la FEANF (Fédération des Étudiants d'Afrique Noire en France » c'est un renoncement de plus si ce n'est pas un reniement de ses engagements panafricains de sa période estudiantine.
Le fiasco de la médiation guinéenne dans la crise politique à Bissau
M.Alpha CONDE s'est hasardé, malencontreusement à jouer la médiation dans la crise bissau-guinéenne. M.Kumba Yala, qui avait refusé de se présenter au second tour des présidentielles contre Carlos Junior rejeta catégoriquement les bons offices du Chef de l’État guinéen arguant que ce dernier a appuyé la présence des troupes angolaises sur le territoire bissau-guinéen dans le cadre d'une neutralisation progressive de l'armée nationale. En plus la collision des intérêts Alpha CONDE -Carlos Junior GOMEZ était manifeste. Les chefs d’État de la Cédéao à juste titre, ont vite fait de lui retirer dans les faits le dossier de la gestion de la crise bissau-guinéenne, de ses mains peu expertes. En effet M.CONDE apparaît aux yeux des observateurs avertis comme un instrument de la diplomatie angolaise en Afrique de l'Ouest. Lagos, Abidjan et Dakar ont su neutralisé les effets pervers et déstabilisants d'une tentative « d'internationaliser » la crise de gouvernance à Bissau. Les pays lusophones ont pu ainsi obtenir sans grave conséquence, du Conseil de Sécurité des Nations Unies un désaveu des démarches consensuelles et pragmatiques des pays de la Cédéao. Fait rare et précédent inquiétant pour la cohésion et la cohérence des décisions de ce qui tient lieu de communauté internationale.
Tout au long de ce bras de fer diplomatique, Conakry s'est trouvé complètement isolé par rapport aux autres États de la région.
Désinvolture face à la tragédie malienne
Selon l'ancien Président de la Commission de l'UA, M.Jean PING ,lors de la dernière session du Conseil de Paix et de la Sécurité de l'UA « il ne fait guère de doute que la situation au Mali est certainement une des crises les plus graves à laquelle est confrontée notre continent » . Si pour les autres régions d'Afrique, le Sahel semble être une zone éloignée ,il en est autrement pour l'Afrique de l'Ouest. Aujourd'hui, il existe un réel danger sur la viabilité de l’État unitaire malien, ainsi que sur la stabilité et la sécurité régionales. Pays limitrophes du Mali, les États riverains du fleuve Sénégal à savoir la Mauritanie, le Sénégal et la Guinée seront directement affectés par la désintégration et l'in gouvernabilité qui menace le territoire malien. D'ores et déjà les États riverains du fleuve Niger ( Mali, Niger, Nigeria ) sont en proie avec plus ou moins d'intensité à la nébuleuse terroriste de mouvements djihadistes. Le danger qui guette la région est si grave, qu'il est incompréhensible et inadmissible que le Chef de l’État guinéen ait boudé la plupart des réunions de sommet des Chefs d’État de la Cédéao consacrés à l'endiguement et à la résolution de la crise au cœur du Sahel. Les multiples concertations régionales initiées conjointement par le Président en exercice de la Cédéao , l'ivoirien M. OUATTARA et le médiateur ,le burkinabé , M.COMPAORE n'ont pas enregistré la présence du Chef de l’État guinéen.
Comment interpréter l'attitude de la diplomatie guinéenne ? Un manque de vision? Une absence d'intérêt stratégique ? Ou plus grave encore une démission politique ?....
Quoiqu'il en soit le Chef de l’État guinéen a montré qu'il préfère « faire du tourisme diplomatique » à travers le monde que d'être là où sa responsabilité de Chef de l’État commande qu'il soit. C'est ainsi avec une certaine désinvolture, de retour d'un périple de vingt jours qui l'a conduit du Brésil, à la France en passant par la Thaïlande et la Malaisie, qu'il décide sans aucune concertation au préalable d'envoyer un corps expéditionnaire de 150 militaires au Sénégal pour constituer la force en attente de la Cédéao dans le cadre d'une éventuelle intervention au Nord du Mali. Ainsi la Guinée sans avoir participé à aucune concertation majeure pour le règlement de la crise malienne, s'implique avec beaucoup de légèretés dans un des points les plus chauds du continent. La vie des militaires guinéens et les répercussions pour la sécurité nationale d'un tel engagement contre « des belligérants d'un autre type » n'ont pas pesé pour amener M. Alpha CONDE à s'interroger à priori sur les conséquences à court et moyen terme de sa décision. En effet ,il convient bien entendu d'apporter un soutien efficace pour une sortie de crise au Mali ,toutefois au préalable il est indispensable de définir à Bamako une commune identité politique susceptible de fédérer et d'engager le peuple malien pour des négociations et d'explorer s'il y a lieu d'autres pistes de sortie de crise qui n’exclurait pas une intervention militaire . Celle ci doit être acceptée, concertée, avec un mandat précis et une feuille de route claire . Le corps expéditionnaire de la Cédéao doit épauler l'armée nationale malienne et ne pas chercher à se substituer à celle-ci.
Autant de préalables qui n'existent pas aujourd'hui. C'est pourquoi, l'attitude désinvolte du Chef de l’État guinéen face à la crise au Sahel est une aventure dangereuse pour la vie de nos soldats et aussi pour notre sécurité nationale. Cette attitude fait écho à celle des autorités guinéennes lors de la guerre civile au Liberia au début des années 90 avec comme conséquence l'élimination physique de milliers de guinéens installés au Liberia.
Devant les risques de guerre en Afrique de l'Ouest ,insouciance et irresponsabilité rivalisent à Conakry
La paix est de nouveau menacée en Afrique de l'Ouest. Le danger actuel est sans commune mesure avec les guerres civiles du Liberia et de la Sierra Léone des années 90,car en définitive il s'agit de la viabilité de nos États en tant qu'entité stable, gouvernable, assurant le respect des droits de l'homme et du citoyen et tournée vers la modernité. Un leadership clairvoyant et responsable est indispensable pour pouvoir empêcher le chaos de s'installer mais malheureusement le gouvernement guinéen est à contre-courant de l'évolution des autres États de la région pour les raisons suivantes :
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la politique diplomatique du gouvernement guinéen est gérée selon les humeurs de M. Alpha CONDE.
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Les imprévisions et les oukases inutiles caractérisent la gestion des relations extérieures.
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Les relations traditionnelles de bon voisinage et la primauté de la solidarité inter-pays de la Cédéao ont été abandonnées au profit d'un axe autour de Conakry et Luanda.
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Les intérêts stratégiques de la Guinée sont abandonnés au profit de la satisfaction d'intérêts affairistes d'un réseau ayant des ramifications sur l'international et où les ressources minières guinéennes servent d’appât à des intérêts mafieux .Dans ce cadre, de mémoire, nous pouvons rappeler le prêt de 25 millions de dollars US contracté auprès d'un investisseur Sud-africain ,le crédit de 150 millions de dollars US alloué à La Guinée par l'Angola et d'autres prêts que le Congo-Brazzaville a concédé à notre pays.
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Enfin, la gouvernance d'Alpha CONDE est un facteur supplémentaire de crise en Afrique de l'Ouest.
Il n'est pas encore tard pour agir, mais hélas le compte à rebours a commencé.
Le 19 juillet 2012
BAH Oury
1er Vice-Président de l' UFDG
Déconstruire la mythologie de l’unité nationale (Ourourou Bah)
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- Mis à jour le samedi 21 juillet 2012 13:57
- Publié le samedi 21 juillet 2012 13:53
- Écrit par Ourouro Bah
Partie I - Nations aux fondations incohérentes
Introduction
Depuis les indépendances on a assisté à plusieurs mouvements, contradictoires pour la plupart, sur la question nationale. D’un côté les dirigeants et intellectuels africains prônent l’union Africaine et l’intégration régionale. De l’autre, dans la pratique et à l’intérieur des frontières héritées du colonialisme, ces mêmes dirigeants exaltent le micro-nationalisme et des identités nationales précaires. En même temps, la plupart des régimes africains entretiennent des systèmes de ségrégation ethnique qui étouffent les diversités nationales, les cultures régionales à l’intérieur de leurs dominions. Cet écheveau masque mal les tabous qui entourent les luttes pour le contrôle du pouvoir par les élites africaines. En dépit des slogans pathétiques pour l’unité Africaine, les dirigeants africains ont développé un véritable fétichisme autour de l’idée de nation dans le but de contrôler et étouffer les différences et se prémunir de toute critique. Ce fétichisme est incompatible avec les pratiques démocratiques dont les dirigeants africains se font chantres dans la mesure où il se traduit par des répressions économiques et politiques sévères sur les citoyens. Les potentats de tout bord se sont abondamment servis de la mythologie de l’unité nationale pour masquer leur incurie et étouffer l’émergence citoyenne. Cette mythologie délibérément simpliste et ignorante des complexités et des richesses des sociétés africaines, explique largement les échecs et tragédies de la période postcoloniale du continent.
Une réflexion honnête sur la question ontologique des nations africaines postcoloniales est nécessaire pour déconstruire la mythologie et, par ce biais, non seulement éclairer les raisons de la faillite de leur quasi-totalité mais aussi pour dégager des perspectives plus cohérentes de renaissance. La série de papier ici soumis ne prétend en rien autre que d’être un pavé dans la mare où sont immergées les charpentes précaires d’appartenance collectives qui jusqu'à présent ont servi de support aux dictatures. La récente réapparition sur la scène politique de bottes militaires et la lutte de sécession au Mali sont illustratives de cette précarité des nations africaines. Après avoir stoppé l’émergence d’un totalitarisme à la Sékou Touré et triomphé dans le sang de la dictature militaire qui suivit, le Mali était cité comme modèle de démocratie électorale par les ONG de la bonne gouvernance. Mais voilà que l’illusion de l’hirondelle des élections annonçant le printemps démocratique s’effondre face aux vicissitudes de la construction nationale et de la fragilité congénitale des nations africaines.
Serait-il le moment de la remise en question de la sacro-sainte intangibilité des frontières tracées par les colons ? La Somalie, le génocide au Soudan et sa subséquente partition, le Mali, les conflits ethniques du Rwanda, tribalisme larvé en Guinée etc. doivent être inclus dans toute analyse globale des fondements des nations, dans la perspective de la recomposition nécessaire des frontières africaine. A défaut, des soubresauts irrationnels continueront à surprendre les mauvais élèves de l’histoire. Le coup d’état au Mali contre un gouvernement qui expirait en un mois, restera une énigme, si encore une fois, le focus demeure sur des questions conjoncturelles de bonne gouvernance ou s’il y a refus de poser la question du bien-fondé et de la validité de l’entité Mali, voire de toutes les nations africaines. A plusieurs égards, la tragédie de la Guinée qui a des similarités remarquables avec le Mali, est un épitomé de l’aveuglement des élites sur la question nationale.
La présente série de papiers se veut un questionnement des prémisses et du processus de la construction nationale avec pour exemple la Guinée. C’est aussi une interrogation sur la question plus générale, plus large et plus complexe de la viabilité et du devenir des nations africaines et une spéculation sur l’avenir, étant donné la faillite actuelle.
La question de la viabilité des nations africaines est constante, en filigrane, dans l’histoire postcoloniale du continent. La création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et de multitudes d’organisations régionales et internationales qui consacra l’intangibilité des frontières des colons en fut la première mauvaise réponse. Les élites des indépendances avaient pourtant bien compris les dangers de la balkanisation de l’Afrique. En Afrique de l’Ouest ces élites relativement homogènes appartenaient à des ensembles supra-territoriaux (AOF, AEF, Commonwealth etc.). L’histoire du processus qui poussa ces dirigeants à déconstruire ces entités au profit de l’indépendance des colonies individuelles reste à écrire. Fut-il le résultat de conflits ou d’ambitions personnelles ? De l’impréparation des partis et des dirigeants ? Des influences étrangères ? Ou une combinaison de tous ces facteurs ? En outre, il est essentiel d’explorer le processus sur lequel fut érigé le dogme de l’intangibilité des frontières malgré les dangers connus et dénoncés de la balkanisation du continent. La remise en question de ce dogme n’est pas un choix. Seul l’est le processus à mettre en œuvre. La déconstruction de la mythologie qui devra être suivie par celle des frontières au profit d’espaces géopolitiques plus viables se fera soit de façon graduelle et ordonnée ou elle sera le produit des affrontements qui continueront à secouer le continent.
L’embrigadement national en Guinée
En Guinée, c’est au nom de la mythologie de la construction et de l’unité nationale que le PDG entreprit, dès son accession au pouvoir, le démantèlement méthodique des structures traditionnelles et leur remplacement par un appareil centralisé et coercitif de sa création. Les circonscriptions traditionnelles, les royaumes, les principautés, les aristocraties, le clergé, les associations de classes d’âges et de métiers etc. furent gommés au profit du parti unique et de ses organisations satellites : Jeunesse de la Révolution Africaine (J.R.D.A), Organisation des femmes, Syndicat unique, Pouvoir Révolutionnaire Local (PRL- au niveau des villages et quartiers), Conseil d’Administration dans les écoles rebaptisées Centres d’Enseignement Révolutionnaire, Conseils Islamiques au niveau des mosquées, Comités d’Unité de Production dans les entreprises et les casernes militaires etc. L’objectif proclamé était la « décolonisation des mentalités et des structures héritées de la France » même si les élites du nouvel état usaient et abusaient de tout l’héritage colonial, sans rien entreprendre pour la valorisation des cultures, au-delà d’un folklore de rue. Ensuite, changeant le fusil d’épaule pour tirer sur la même cible, le PDG se lança dans une campagne qui consistait à créer de toute pièce une identité nationale, qui fut plus tard remplacée par l’archétype de l’«Homme Nouveau ». En réalité, l’entreprise était une fragilisation préméditée du tissu social à travers une uniformisation de la société et la destruction de conventions et institutions qui avaient régulé la vie des populations et les rapports entre groupes sociaux. Paradoxalement aussi – et plutôt comme une corroboration du hiatus entre la mythologie et la pratique de la politique de l’unité nationale - cette stratégie s’accompagna de « l’ethnicisation » de l’administration et de l’armée ainsi que l’ostracisme envers certaines communautés nationales, notamment les peuls.
Cependant, les dégâts de la mythologie de l'unicité nationale qui prit racine avec la vogue des nationalismes africains des années de l’indépendance, sont plus profonds. Dans l’enthousiasme juvénile de la décolonisation, le PDG réussit à priver ses opposants de leurs assises régionales. En plus de l’élimination des particularités et des pouvoirs régionaux, la sacro-sainte notion d’unité nationale se traduisit par l’élimination des creusets autour desquels les oppositions politiques pouvaient se consolider et les courants de la résistance sociale se coaguler. La dissolution graduelle des institutions traditionnelles et régionales ruina la possibilité de création de contrepouvoirs dans la nation naissante. L’opposition, emportée par le romantisme de l’unité se saborda au profit du parti majoritaire à l’assemblée territoriale. La notion de fief politique devint caduque quand le PDG se proclama incarnation de la sacralité de la nation, une et indivisible, tout en ruinant les spécificités des régions qui en réalité constituent la vraie substance de toute nation. L’histoire fut ravalée à une réalité bucolique précoloniale et réduite à un appendice de l’hagiographie sur la prétendue lutte contre le colonialisme.
Les populations guinéennes, privées des repères traditionnels et subitement plongées dans une rhétorique indépendantiste et nationaliste, devinrent des proies faciles du parti unique. Sous le prétexte de la consolidation et de la préservation de l’unité nationale, le PDG jeta les bases du totalitarisme, décrétant l’élimination de toutes formes de contradictions internes et privilégiant la psychose de« l’ennemi de l’étranger ». Le régime mit en place un système politique qui n’épargna aucun secteur social et, de ce fait, se prémunit de toute résistance organisée.
Par comparaison, plusieurs régimes totalitaires de l’ancien pacte de Varsovie tolérèrent des institutions sociales qui furent le levain du changement. Dans certains de ces pays communistes, le clergé, les syndicats, les organisations de jeunesse et l’intelligentsia furent épargnés, ne fut-ce que de façon marginale. Ils jouèrent un rôle essentiel dans la chute du communisme et l’émergence de la démocratie. En Guinée et avec le PDG rien de tel. Au nom de l’unité nationale marinée dans la rhétorique de la lutte anticoloniale, le pays fut quadrillé par les structures du parti et les populations embrigadées dans ses instances. La religion fut récupérée et utilisée comme forme d’anathème contre les ennemis supposés ou réels du régime. La culture et ses folklores populaires furent transformés en outils de culte de la personnalité pour finalement perdre, dans le processus, leur vitalité en tant que miroir et reflet de la vie. Par réaction à la dévalorisation de la culture, les guinéens exaltèrent tout ce qui est étranger ; que cela vienne des pays voisins ou de l’occident (musique, habillement, journaux etc.).
Le processus d’enfermement culturel culmina en 1968 avec la « révolution culturelle » et l’introduction de l’enseignement de masse. Cette « révolution» fut suivie par la vague de répression de 1971 et de la collectivisation agricole de 1975. L’exode massif des étudiants et des forces valides s’accéléra. Les conséquences de cette tabula-rasa opèrent encore dans la psyché sociale. L’héritage de la politique réductrice de l’unité nationale et du totalitarisme du PDG se perpétue en dépit des changements de régimes. Le terrain politique reste imprégné de manichéismes simplistes qui fonde le clientélisme ethnique, d’un conformisme social qui, dans un climat de nécessité économique, entretient le nivellement des comportements par le bas et le maintien à l’étranger d’une frange importante de la population à travers une diaspora grandissante.
Le pathos de l’unité nationale qui assura la mainmise du PDG sur le pays survécut à son géniteur pour servir de paravent à la dictature de Lansana Conté. Aujourd’hui il sert d’alibi au crypto-totalitarisme d’Alpha Condé. L’unité nationale érigée en sacro-sainte mythologie fait fi des règles de vie commune des citoyens et des mécanismes de cohabitation des différentes nationalités du pays. Son architecture boiteuse n’est basée ni sur le consensus, ni sur l’adhésion des groupes constitutifs, ni sur des règles de socialisation qui devraient intégrer les appartenances ethniques, nationales et régionales des citoyens dans une construction respectueuse des diversités. La nation est de fait un dogme dépourvu de protocoles d’adhésion et du substrat d’un minimum de contrat social. Ne répondant à aucune exigence historique ou à aucune rationalité économique, la mythologie de l’unité nationale fonctionne par le pur miracle des inerties de l’arbitraire du découpage colonial. Elle démontre par son échec de promotion économique, chaque jour qui passe, son inadéquation, sa précarité et son avenir incertain.
En questionnant les paradigmes de l’unité nationale et la notion de « l’état moderne » sur lequel s’appuie la mythologie, il faudra se demander si sa fortune est seulement un produit de la frénésie de la lutte anticoloniale. Son inspiration qui dégrade arbitrairement la « tribu »,l’ethnie et la région en entités politiquement inferieures vis-à-vis du concept de nation a-t-elle une quelconque validité ? Son postulat de « terre brulée »qui consista à ruiner frénétiquement les institutions existantes au profit de la virtualité de la nation moderne se résout aujourd’hui dans un échec retentissant. Le processus de sa construction, sans plan cohérent ou une analyse minimale des risques et des avantages, est-il la source ou seulement la conséquence de la prévalence de dictatures médiocres en l’Afrique des cinq dernières décennies ?
Les faits en Guinée et ailleurs montrent en toute évidence que la mythologie de l’unité nationale n’aura servi qu’à assurer la suprématie des partis au pouvoir avec leur cortège de caudillos qui, même en accédant au pouvoir par les urnes ne dépassent guère la mentalité grégaire de la famille. La mythologie de l’unité nationale aura mené à la destruction des pépinières des forces vives et de la diversité qui auraient soutenu l’enracinement des pratiques démocratiques des nations naissantes. On n’est pas quitte après ce constat. Il faut remonter de façon systématique aux sources des maux et diagnostiquer les politiques qui auront permis la négation des nations multiséculaires d’avant la colonisation avec leurs institutions et leurs pratiques politiques qui avaient subi le test du temps.
Dans la mémoire collective, en dépit de l’effort de destruction mené par les gouvernements, ces pratiques sont encore bien vivaces. Ces vitalités internes ne peuvent et ne doivent pas être abolies ; c’est d’elles qu’il faudra s’inspirer pour soigner la fragilité chronique des états qui secrètent comme par nécessité de piètres dictateurs. Pour arrêter la descente vers le chaos de la Guinée et des nations africaines en général, il faudrait questionner leur bien-fondé ; les ajuster aux contraintes du temps et si nécessaire passer à leur liquidation ordonnée.
De l’oubli des institutions du passé et de la négation des réalités sur lesquelles devraient s’appuyer toute entité viable, procède la mise en place de formes de nations et d’institutions inadéquates qui ne sont qu’une mimique de la métropole. Un président élu au suffrage universel sans égards à la pluralité des cultures et des régions ; un parti au pouvoir, une assemblée, un drapeau tricolore, une devise triptyque etc. tout cet arsenal politique et institutionnel n’est qu’une singerie des pratiques des anciens colonisateurs. Au lendemain des indépendances, on pouvait expliquer ce mimétisme par la faiblesse numérique du personnel politique et administratif. De nos jours cette situation est une tragique négation de soi, doublée d’une méprise inadmissible des réalités historiques et des institutions multimillénaires de nos pays.
Qu’ils procèdent de l’aveuglement de la part des dirigeants africains ou de la paresse légendaire des intellectuels, le micro-nationalisme et la mythologie de l’unité nationale doivent être perçus pour ce qu’ils sont : la raison constitutive de la précarité des nations africaines ne survivant que grâce au cordon ombilical avec les métropoles étrangères et le biberon de l’aide internationale. La réticence à réviser – même sur le plan conceptuel - les fondements de ces nations en panne chronique explique la propension des élites africaines à imputer à l’occident leur faillite et la tentation d’utiliser le cocon de l’ethnie pour masquer leur incurie et leurs crimes. Par paresse intellectuelle les élites africaines nient la nécessité de refondre les nations actuelles en la ravalant à une perte de temps ou à une entreprise vouée à l’échec. Ce défaitisme oublie qu’il y à peine 50 ans, les deux ensembles de colonies françaises d’Afrique relevaient d’un gouverneur général dont les percepts étaient appliqués partout, sans les moyens de communication dont on dispose aujourd’hui.
Le refus des élites à reconsidérer le tracé colonial est l’admission implicite que des régions de l’Afrique ne pourraient être unies que sous les auspices des puissances étrangères. Ce qui participe au renforcement des micro-nationalismes qui ruinent les flux économiques régionaux ainsi que les soubassements culturels et linguistiques, levains des économies autocentrées et durables. Et enfin, ce refus contribue à la fragilisation des espaces culturels, souvent à cheval sur les frontières et fragmentés aujourd’hui par les contours de nations en faillite.
Ourouro Bah
A suivre –Partie II – Dans le carcan de l’unité nationale
Le Président de la République transforme un mariage en "Bal poussière"
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- Catégorie : Focales
- Mis à jour le lundi 16 juillet 2012 20:46
- Publié le lundi 16 juillet 2012 20:46
- Écrit par ASB
A bamba n’fari Alpha Bamban N’fari haa Sekhoutoureya.
Donc Son Excellence le Président de la République, Commandant en chef des Armées (sans oublier la Gendarmerie, le « Professeur » Alpha Condé bat campagne dans les mariages.
Le 14 juillet, le Président de la République aurait fait parler de lui lors d’un mariage d’une fille dont la maman milite à l’UFDG, le Parti rival du chef de l’Etat. L’histoire a commencé lorsque Madame Ramatoulaye Camara mère de la mariée a invité l’UFDG au mariage, et l’UFDG qui la considère comme une de ses meilleures militantes a tenu à imprimer un caractère particulier au mariage de Mlle Maimouna Camara. Hadja Halimatou Diallo, épouse de M. Cellou Dalein Diallo, accompagnée d’une forte délégation du Bureau Exécutif de l’UFDG escortée par la Section motards a débarqué au Boulevard Telly Diallo, lieu du mariage. Bonjour l’ambiance dans le coin et cela attire les voisins ! M Biriki Momo aurait appelé le Président Alpha Condé pour lui dire que l’UFDG serait en train de reprendre les militants de Kaloum à un mariage.
Le « Professeur » qui dit-on, était quelque part à Coléah, a tenu lui aussi à débarquer sur le lieu de mariage. Hadja Halimatou Diallo aurait apporté de nombreux cadeaux et une forte somme d’argent pour marquer sa présence. Après avoir « chauffé le coin », la délégation de l’UFDG quitte le Boulevard Telly Diallo. Quelques minutes après, le cortège présidentiel arrive. Alpha Condé, entouré de la garde présidentielle, apparait près de l’Immeuble Cherif, marchant sur le Boulevard, droit vers la foule. Il avance et s’engouffre au lieu du mariage. Le déploiement impressionnant des agents de la sécurité présidentielle effraie ceux qui assistaient au mariage.
« C’est lorsque je donnais à manger aux invités qu’on m’a appelé pour me dire que le Président de la République est entré dans « la danse du mariage » de ma fille. L’orchestre animait et lorsqu’il est venu, il lui a dédié le morceau :
A bamba n’fari Alpha Bamban N’fari haa Sekhoutoureya.
Il a été bien accueilli. Dans le quartier, les gens disaient que ce mariage a été formidable, le « Président de la République est là » nous a dit Madame Ramatoulaye Camara dite Rama Dalein, maman de la mariée.
Un témoin oculaire de l’arrivée au mariage d’Alpha-Bamba Condé, décrit l’événement autrement :
« Nous avons vu le Président de la République venir avec ses gardes armés jusqu’aux dents. Ce fut la débandade. Les militaires ont jeté les chaises pour frayer le chemin pour le Président. Tout cela semblait irréel. Nous avons quitté les lieux ».
Madame Rama Dalein est tombée des nues en voyant le Chef de l’Etat au mariage de sa fille. Selon des témoins, arrivé à hauteur de l’orchestre, Alpha-Bamba Condé a fait un « big up » (démonstration disent les Anciens, ndlr) à l’orchestre qui lui a dédié la chanson « A bamban N’fari, Alpha Condé bamban n’fari han sekoutoureya » (porte-le sur mon dos, porte Alpha Condé sur mon dos jusqu’à Sekhoutoureya). Le Président Bamba...euh. (pardon Henri Duparc) Alpha Condé a aussi chauffé le coin. Ambiance au top niveau. Il quitte les lieux et continue sa marche, entourée de ses gardes vers l’immeuble Briki Momo ».
L’incroyable nouvelle fait couler beaucoup de salive et donne une connotation politique à ce mariage. Le Conseil de quartier invite le papa de la mariée pour des explications.
« Je leur ai dit que si ma femme est dans un sérè, elle allait inviter ses copines à venir assister au mariage. Elle est militante fervente de l’UFDG, les personnalités du Parti sont venues nous honorer. Donc, je crois avoir donné ma fille à un compatriote, la cérémonie n’est pas politique », explique le père de la mariée.
Mme Rama Dalein revient sur les détails des préparatifs:
« Je suis allée informer le bureau fédéral de l’UFDG du mariage de ma fille. Je leur ai dit que ce mariage n’a rien de politique, c’est social et je souhaite la participation du Parti. Ça n’a rien de politique. La section moto du Parti fait des fêtes pour tous les responsables et militants qui ont des cérémonies, cela n’a pas débuté par moi, et ça ne finira pas par moi. Hadja Halimatou se déplace pour tout le monde et fait du bien à tout le monde. Donc, le mariage de ma fille n’est pas un affront à Alpha Condé ».
Hadja Halimatou Dalein Diallo, par laquelle tout est arrivé se souvient :
« Je venais de quitter à peine lorsque j’ai eu des coups de fils me disant : ah le Président Alpha Condé est venu au mariage, il danse là-bas. La section motards, les responsables du Parti qui m’ont accompagnée et moi nous avions quitté Kaloum ».
Selon des sources proches de l’UFDG, le marié a été invité à se rendre au Palais « où il aurait eu un entretien avec M. Alpha Condé ». Toujours selon des sources proches de l’UFDG, de retour du Palais présidentiel, le marié a déclaré qu’il ne veut plus de la mariée. Qui aurait été embarquée et déposée à sa famille. Son père Almamy Camara déclare qu’il prend acte. Mais, les sages du quartier Sandervalia auraient entamé des démarches pour calmer les ardeurs. Ils auraient demandé aux mariés, s’ils s’aiment toujours. Ils confirment. Les sages ont alors rendu visite à la famille de la mariée. Ils ont sollicité le retour de la fille chez son mari. Après moult négociations et beaucoup de tractations renforcées par une implication personnelle de Hadja Halimatou Diallo, la mariée a été ramenée chez son mari. Et l’incident est déclaré clos.
ASB
