Camp Boiro Memorial (Première partie)

Chapitre Troisième
A vous la parole !

       1. Opinion publique !

Liberté de parole ! En Guinée ! pas possible ! mais si, Pourtant ! l'armée, dans un de ses communiqués radiodiffusés le 3 avril 1984, a décidé le changement. Le grand éléphant (Syli en soussou) est mort de dilatation aortique il paraît, aux Etats-Unis d'Amérique.
— Mort de quoi dis-tu ?
— Oh ! tu sais ! Les médecins ne sont pas comme nous, hommes ordinaires ! Ils n'ont pas les pieds sur terre, ni la tête sur les épaules ! lis créent des mots tellement bizarres qu'ils sont les seuls à pouvoir lire et comprendre ! Tu as raison mon cher Diallo ! D'ailleurs, occupons-nous du mort et non de la maladie qui l'a tué !
— C'est vrai ! Au juste, ce n'est même pas certain qu'il soit mort ! Tu sais, les tyrans ont la vie dure ils ne meurent pas facilement : je ne pense pas qu'Hitlême soit mort. Tu as vu Bokassa ! L'Afrique entière le maudit et souhaite sa mort ! Mais hélas ! Rappelle-toi les propos prophétiques de Sékou Touré, qui disait que personne ne verrait sa tombe et que jamais il ne vivrait ancien Chef d'État et indexé comme tel par ses ennemis ! Donc il n'est pas mort ! Il est allé se cacher quelque part en Amérique pour voir la réaction du monde à l'annonce de sa mort.
— C'est fort possible mon cher ami ! Seulement il y a un aspect de ce problème qu'il faut considérer : quelle figure feraient les Etats-Unis en acceptant de jouer ce jeu de celui qui, 26 ans durant, les a insultés et boycottés ?
— Oh ! tu sais, la politique, c'est une affaire de balance ! Chacun ira du côté de ses intérêts ! Et, puis, n'oublie pas que Sékou n'a jamais été, dans les faits, un homme de gauche, c'était un homme de droîte ! Ses meilleurs alliés étaient donc ceux, justement, qu'il insultait tous les jours !
— Quelle duplicité ! Quelle vérité amère ! Le Vatican l'a toujours considéré comme un homme de droite et à juste raison ! Mort ou pas mort, en attendant que la lumière soit faite sur cette situation, le Comité Militaire de Redressement National libère la « bouche » de tout le monde. Et, les choses étant ce qu'elles sont, à tout seigneur tout honneur, donne la parole aux anciens détenus politiques, rescapés des camps de concentration créés et animés par une équipe de tortionnaires sans cœur et sans foi.

2. Mon premier témoignage

Facély II Mara, Radio Télévision Guinéenne (RTG) : Voudriez-vous décliner votre identité à l'intention de nos auditeurs ?
Almamy Fodé Sylla : Almamy Fodé Sylla, professeur de Langues et Littératures, ex-Secrétaire général de l'ex-section du 5e arrondissement, ex-fédération de Conakry II.
RTG : Indiquez les circonstances de votre arrestation et les conditions de votre détention au Camp Boiro.
Almamy Fodé Sylla : Il y a exactement deux mois, nous vivions sous une dictature noire, impitoyable, injuste et sanglante qui a maintenu notre peuple martyr dans la plus effroyable terreur où chaque citoyen était en liberté provisoire, attendant chaque jour qui passe, son tour d'être pris pour l'un des trois principaux camps de concentration du pays. C'est dans cette logique sékoutouréenne que se situe mon arrestation survenue voici comment :
De retour de Kassa où j'avais passé la nuit du vendredi 16 septembre 1977, arrivé au petit matin par bateau, j'aperçus de loin, sur le pont, un de mes jeunes frères, Aboubacar Barath, actuel président de la Cour d'Appel de Faranah. Mais si je distinguai bien ce frère, je vis en même temps, et de tous côtés, de nombreux policiers et gendarmes dont la présence insolite et inaccoutumée au port avait attiré beaucoup de curieux. «
— Madame Sylla m'envoie te recevoir ce matin, te porter la triste nouvelle de la situation inquiétante qui prévaut chez nous depuis hier soir , devait m'annoncer Aboubacar, qui me réclama également ma fouille, notamment les clés si j'en avais sur moi.
Malgré la prise d'assaut du bateau par une vingtaine d'agents royalement ridicules — car aucun ne me connaissait je pus franchir tous les barrages, du bateau jusqu'à la porte où, réalisant l'éventuel scandale qui se produirait si je devais êtreêté en famille, je revins sur mes pas et, me rendant compte du désarroi général de ces nombreux sbires, venus pour arrêter un homme, un seul — ils étaient plus de cent cinquante — je demandai à l'un d'eux ce qu'il faisait là et, en mauvais policier, il répondit : «
— Nous sommes venus arrêter un certain Sylla, Secrétaire général de la section du 5e arrondissement.
A ma question de savoir s'il connaissait physiquement l'intéressé, il répondit négativement. Après l'avoir mis en scène, je me présentai à lui en exhibant ma pièce d'identité. Convaincu qu'il s'agit bien de moi, il s'exclama et donna un coup de sifflet. «
— Arrêtez les recherches, l'intéressé est retrouvé.
Je ne manquai pas l'occasion de redresser l'erreur qu'il commet en disant « l'intéressé est retrouvé .
— Il faut dire « l'intéressé, se rendant compte de la trop grande intelligence pratique de ceux qui nous ont envoyés, s'est présenté à nous.
Conduit donc au commissariat de police du Port, je fus déchaussé sans autre forme de procès et jeté dans une cellule sordide jusqu'à 11 h… Scandalisé par l'énormité de l'acte, car citoyen théoriquement protégé par toutes les prescriptions et lois de la démocratie, qu'on arrête sans aucune formule, et qu'on enferme sans interrogatoire ni jugement.
Vers 11 h 10, je vis la porte de la cellule s'ouvrir sur un homme élancé d'environ 1,90 in, les yeux injectés de sang, les lèvres pendantes rougies par l'excès d'alcool. Je reconnus le Commissaire Diallo dit « criminel » qui m'intima l'ordre de me lever et de le suivre. Ce que je fis sans résistance et, dehors, je voulus prendre ma moto, mais Diallo m'en empêcha, toujours sans scène de rue.
Monté à bord d'une jeep bâchée, je devais me retrouver quelques minutes plus tard dans un bureau situé dans un domaine et un milieu totalement inconnus de moi. Mais l'allure toute particulière des gens de cette planète, l'odeur des drogues qu'ils laissaient exhaler, le bruit de leurs chaussures, le cliquetis des armes m'indiquèrent tout le sérieux du nouveau monde d'accueil.
Trois violents coups de crosse devaient d'ailleurs compléter ma formation de base. Déshabillé à coups de poing, je fus conduit par quatre grands gaillards, les armes avec baïonnette au canon jusqu'à la porte de la cellule no. 71 où je fus enfermé avec mon innocence. A 0 h, je reçus la visite de quatre autres agents qui me sortirent et m'escortèrent devant la commission d'enquête du fameux Comité révolutionnaire que préside le très célèbre et très honorable Béria de Guinée, Son Excellence Ismaël Touré (astakh firllah al azime.
Allahoumma rabbana amanna fakh firlana Djounoubana wa akhina adia ban nari). (Mon Dieu ! pardonne-moi, puisque j'ai cru en toi ! Pardonne-moi les péchés et évite-moi les tourments de l'enfer). Son altesse, roi du feu et du fer, Ismaël Touré, me recevant au nom de sa sagesse, le très vénéré père spirituel, propagateur émérite du « Saint-Esprit », sa sainteté Ahmed Sékou Touré. (Allahou akbarou ! Allahou Akbarou ! Allahou Akbarou soub hanalladji sakhara lana haza wama koun na lahou moukhrinina wa in na ila rabbinal moukha liboune). (Verset de protection contre la malédiction qui peut s'abattre sur toute personne prononçant le nom de Sékou Touré).
— Mon cher Sylla, tu te croyais malin pour avoir trompé la Révolution pendant 24 ans. Où es-tu ce soir ?
— Eh ! bien, pris dans l'engrenage infernal du filet infaillible, tu n'as aucune chance de t'en sortir. Cependant, pour limiter tes souffrances avant la potence, tu as intérêt à tout avouer. Préparez donc 20 feuilles pour lui, j'espère qu'il a compris !
C'est par ces propos que le président de la commission m'a reçu pour la première fois.
Cela se passe de tout commentaire. Tout semble préparé avant mon arrivée ! Il est facile de s'en rendre compte. Tous les cadres sont fichés par le Parti, mais c'est à tour de rôle que chacun sera arrêté.
Entre l'étonnement et la surprise, la tension nerveuse faillit me vaincre devant cette mascarade de juges techniquement incompétents dont les maîtres à penser, les directeurs de conscience, ignorent totalement les notions les plus élémentaires de l'histoire des sociétés humaines. Il faut être Sékou Touré, « Alcapone » 1 (c'est le nom que lui ont donné les détenus), pour organiser à la fin du XXe siècle, des tribunaux d'exception, dont l'histoire a enregistré la disparition il y a bien longtemps. Je continue donc à rêver, ête chargée d'idées noires.
C'est à ces instants insupportables, lourdement chargés de cauchemars que viendra s'ajouter la suite du programme : la cabine technique. «
— Oularé, envoyez-le et mettez-le en "condition" » (terme ironique pour voiler l'opération de tortures).
La cabine technique est dirigée par un officier de la gendarmerie du nom de Cisse surnommé « Ministre ». Les différentes tortures sont exécutées par des « hommes » qui n'ont d'humain que de constitution. Drogués pour tuer, ils ont plaisir à fouetter jusqu'au sang, à casser des membres, à plonger la tête du détenu dans un fût rempli d'excréments humains, à électrocuter, à mettre le pied du prisonnier dans du goudron chaud, à installer le détenu dans le pneu destiné à le torturer, etc.
Il est inutile d'insister sur cet aspect des atrocités du Camp Boiro qui, trop minutieusement racontées, donnent la chair de poule aux uns, envie de rendre aux autres alors que les plus délicats piquent une crise cardiaque qui peut leur être fatale. Sur ce chapitre, le livre « La vérité du Ministre » de M. Diallo Alpha Abdoulaye est suffisamment explicite !
Nous laissons le soin au CMRN (nouvelles autorités guinéennes) d'indiquer, pour l'opinion guinéenne en général et celle africaine et internationale en particulier, le véritable dessous de la carte du pouvoir, de l'autorité, de la singularité de la mobilisation dite « populaire » du P.D.G., surtout la petite histoire de celui que la plupart des peuples considèrent, à tort, comme un géant parmi les plus grands patriotes qui ont défendu les nobles idéaux de liberté, de justice, le « lion » de l'Afrique, le « champion » de l'Indépendance africaine, le « père fondateur » de l'OUA, l'infatigable pèlerin de la cessation de la guerre et du maintien de la paix entre l'Iran et l'Irak, l'éminent coprésident du Comité « Al Quods » chargé, au nom de la communauté musulmane toute entière, de déclencher une vaste campagne dans le monde en vue de préserver la propriété collective des religions révélées sur Jérusalem, le tribun capable des plus violentes diatribes, homme à mémoire d'éléphant, toujours prêt à rappeler, en vue d'humilier, les plus petits faits indigestes des personnalités qu'il a connues dont il est resté farouchement jaloux du rayonnement politique, intellectuel ou socio-humain. Sékou Touré a eu malheureusement beaucoup de complices dont nous sommes obligés de parler, car l'histoire est le rappel des faits et de leurs auteurs ainsi que les circonstances qui ont motivé les différents actes. Comme Hitler, le Parti social-démocrate, les généraux et commandants nazis, Sékou, le P.D.G. et les dirigeants du régime dictatorial et sanguinaire, tous à des degrés différents, portent le poids de la responsabilité d'assassinats massifs de populations paisibles et de cadres innocents. Les nombreux livres en chantier et les films historiques qui s'en inspireront, immortaliseront la mémoire de ceux et celles qui ont laissé leur innocente vie dans ces ghettos tristement célèbres. Aussi, le Comité Militaire de Redressement National, soucieux de réhabiliter ces dignes filles et fils du pays, s'est-il engagé à ouvrir les dossiers de ces camps de la honte.

  • Arrestation arbitraire

  • Accusation gratuite

  • Intimidation

  • Intoxication

  • Humiliation par des injures grossières

  • Tortures physique et morale

  • Privation de nourritures, d'eau et de soins médicaux

  • Réclusion totale

  • Actes de banditisme, de terrorisme

  • Assassinats individuels et collectifs

  • Destruction de cellules familiales par toutes sortes d'abus immoraux à l'endroit des épouses et filles des détenus

  • Vols crapuleux des biens du peuple en général et ceux des prisonniers en particulier

    voilà en gros ce dont le régime de Sékou « Alcapone », le guinéo-mauritano-malien, a été capable pendant 26 ans d'un règne totalitaire, sanguinaire et inhumain.

    Que dire des traits de caractère des principaux dirigeants du P.D.G. nazi ? Sékou a trahi les Guinéens, l'Afrique et les autres peuples qui l'accueillaient en héros, en véritable champion de la liberté et de la démocratie. Il a essayé de tromper Dieu, mais celui-ci avait déjà révélé avant lui dans le Saint Coran, le verset 13 de la Souratoul Moulkou : « Je sais ce que chacun de vous trame dans les méandres de sa pensée profonde ».

    Sékou était un véritable ennemi du peuple de Guinée, un politicien réactionnaire qui n'a dit la vérité qu'une seule fois de sa vie , ce jour-là, agonisant dans son lit de mort, il laissera échapper la seule expression de vérité dont il a été capable : « l'homme propose, Dieu dispose, aujourd'hui c'est fini pour Sékou ».

    Sékou était également méchant, très méchant, extrêmement méchant, mais aussi, il était petit, très petit, un lilliputien, qu'opposés ces deux traits de caractère ont limité certains dégâts de l'illuminé. Tous ces proches collaborateurs qu'il a fini par tuer ou mettre en prison pour de longues années ont été plus ou moins victimes de haine résultant de la jalousie née de cette petitesse. Constatant un jour la finesse des motifs de broderie du grand boubou d'un de ses Ministres, il s'exclama comme un bambin : « Oh là ! là ! quelle bourgeoisie. » Il n'oublie pas de faire à un autre Ministre, la remarque suivante : « Moi je suis un Président malheureux, tous mes Ministres ont de jolis salons. Chez moi, c'est une honte ».

    Dès qu'il a arrêté un Ministre aisé, membre de la Direction Nationale du P.D.G., il s'est aussitôt jeté sur son bureau en marbre qu'il a immédiatement fait envoyer à la case de Belle-Vue, une de ses résidences officielles.

    Tous les anciens détenus de Boiro conviendront avec moi quIsmaël Touré est un sadique né, un criminel né pour tuer. Il n'est pas entièrement satisfait de l'exécution de ses ordres par les « cabinards » (cabine technique) : il doit faire du mal lui-même pour jouir du bonheur qui en résulte pour un sadique comme lui. C'est ainsi qu'il torturera personnellement certains détenus. Momo Soloma-nâni en sait long sur ce chapitre. Il porte de visibles séquelles de la brûlure d'un morceau de caoutchouc allumé sur son corps. D'autres détenus ont eu le « privilège » de recevoir sur leurs joues pour être éteints plus d'un mégot de cigarettes allumées.

    Quand ses bourreaux de la cabine technique sont venus lui annoncer la mort, survenue des suites de tortures, du Commandant Sylla Théoury, Ismaël a répondu : «C'est bien ! il est cuit dans son jus ».

    Siaka Touré, lui, est un personnage singulier. Il n'est pas facile de rencontrer un bourreau au comportement doux et affable de l'acabit de cet homme qui a trompé tous les Guinéens, surtout les jolies filles guinéennes par cette nature innocente.
    Grand spécialiste du montage, de la mise en scène et de l'exécution de tant de complots imaginaires, Siaka est un homme qui a su tromper par ses sourires et ses envolées sentimentales presque affectueuses, pas comme Néron d'Agrippine qui était cruel sans malice.
    Siaka vient ramasser une dizaine de détenus pour les mener au « poum-poum » (fusillade) et revenir les mains. ensanglantées auprès des autres détenus qui attendent leur tour et, caressant l'épaule décharnue d'un malheureux, lui demander : « Et le moral, il est bon ? ».
    Quel caractère monstrueux !
    Keira Karim, Saïdou Keita, Cherif Sékou, Moussa Diakité, analphabètes opportunistes, sont, avec Mamadi Keita, Siké Camara, Mamadi Kaba, les meilleurs apprentis-sorciers, anthropophages. Responsables d'assassinats de cadres, ils étaient, comme leur maître Sékou, passionnément jaloux des qualités techniques, morales et intellectuelles de leurs victimes. Sékou Touré ne s'était entouré, pour la plupart, que de tristes individus, assoiffés de sang, qui l'ont aidé à saccager la Guinée, pour laisser ce beau pays dans une parfaite incurie, une totale désolation. Conakry, cette « perte de l'AOF » est une ville qui semble dévastée et abandonnée par des croisés.
    Les crimes sont nombreux et de tous ordres. Peut-on payer le sang par le sang, comme le conseillent certaines religions ?
    Le Comité Militaire de Redressement National a demandé au peuple de pardonner pour tout ce qui est arrivé et de regarder l'avenir avec optimisme. C'est bien beau de pardonner mais d'abord la justice !
    Pour empêcher les rescapés des geôles de se rendre justice, il y a lieu de créer un tribunal spécial chargé de juger des crimes et criminels qui ont agi en temps de paix comme en temps de guerre.
    Non pas en spécialiste, en magistrat, mais en qualité de victime, constituée en partie civile, voici l'accusation principale que je porte contre Sékou Touré et ses complices : convaincus de crimes et complicité de crimes.

    1er groupe.

    Ils sont accusés d'avoir apporté au dictateur :

  1. L'aide nécessaire requise pour la naissance, le développement et l'entretien d'un pouvoir personnel, dictatorl al par le culte de la personnalité du tyran, « Responsable Suprême de la Révolution, Stratège infaillible »

  2. Le concours opportun et nécessaire au tyran dans l'exécution de son plan machiavélique d'élimination systématique de tous les patriotes guinéens

  3. Le soutien politique et moral au cupide, insatiable dans ses nombreux vols d'argent et de pierres précieuses

    les complices actifs suivants :

  1. Destruction physique et morale de paisibles et innocentes personnes au nombre incalculable.
    En effet, personne ne sait le nombre de citoyens guinéens et africains innocemment tués dans les « célèbres » camps de concentration sous le régime de Sékou Touré.
    Témoin, ces trois camions remplis de « Mamadou Diallo », tous raflés à Labé et déposés au Camp Boiro sur instruction du Comité Révolutionnaire dont une section avait signalé l'entrée clandestine en Guinée d'un mercenaire du nom de « Mamadou Diallo ».
    — Il faut prendre dans la zone où le mercenaire a disparu après sa pénétration illégale, tous ceux qui portaient les mêmes noms et prénoms que lui.
    Cela cadre parfaitement avec le système mis en place par Sékou qui préférait les défauts de ses amis aux qualités de ses adversaires, et qui disait qu'il vaut mieux sacrifier de nombreux innocents que de laisser échapper un cadre longtemps visé, lui-même un parfait innocent.
    Après trois ans de séjour, tous les Mamadou sont morts sauf cinq sur le contenu des trois camions. Quelle justice !
    Sékou Touré devra rendre compte devant les hommes et dans l'autre monde, de tous ces cas de massacres de marginaux raflés aux frontières ou dans les centres urbains. Il y sera aidé par certaines personnalités qui occupent encore aujourd'hui les premiers rangs des dignitaires du nouveau régime.
    Le cas d'un pauvre paysan, victime de l'arbitraire et de l'injustice mérite d'être porté à la connaissance du public. De passage devant le Camp Boiro, un vieux paysan fraîchement débarqué des montagnes de l'intérieur du pays, demande des renseignements au sujet d'un certain Abou, fils de son voisin, arrêté à Conakry et conduit au Camp Boiro, selon les informations reçues au village : «
    — Est-ce ici le Camp Boiro ? si oui, je vous prie de dire à votre chef de libérer « Abou ». C'est le fils de mon ami du village , son père est très bon. Lui-même, un garçon sérieux. Il est marié avec enfants. Pardon, libérez-le, car son champ de riz est en maturité et n'attend que des bras valides pour être récolté. Vous lui remettrez ces 20 sylis pour qu'il s'achète des cigarettes. N'oubliez pas ma commission, je compte sur vous et nous attendons Abou.
    — Approche un peu vieux et assieds-toi, ordonne le garde portier.
    Entre-temps arrive le « Tout-Puissant » Siaka Touré, maître-sorcier, tortionnaire en chef, commandant en chef des « forces occultes », célèbre gardien des « loques humaines », l'homme-caméléon : « monstre » à Boiro, « ange » ailleurs.
    — Voici, mon Commandant, un vieux qui demande des nouvelles d'un agent de la 5e colonne.
    — Bon, envoyez-le.
    Et voilà le pauvre vieux qui s'en va pour une destination inconnue. Il y fera trois ans pour sortir avec trois maladies qui ne tarderont pas à l'emporter à trois mois de sa libération… Ces quelques exemples suffisent, je crois pour appuyer ma première accusation contre « Alcapone » que j'accuse encore de :

  2. Haute trahison du peuple en hypothéquant son avenir politique, économique, culturel et social.
    En effet, en donnant au socialisme guinéen une figure de fantôme, synonyme de violence, de dictature, d'injustice, il a délibérément détruit les bases morales du socialisme qui s'en remettra difficilement en Guinée. En 30 ans du règne du Parti unique, Sékou a sacrifié le développement économique aux discours creux, insensés, ennuyeux, auxquels il a habitué les Guinéens qui ont abandonné l'essentiel au profit du superflu : plus de productions industrielles, pourtant source de devises ; créer la rareté en tout pour rendre le Parti indispensable à la vie car c'est lui seul qui peut satisfaire le centième des besoins du peuple qui doit se contenter du minimum car la « Révolution est exigence » selon Sékou Tôrè (Tôrè signifie souffrance en langue soussou).
    Quant à l'aspect culturel hypothéqué, le commentaire n'est pas nécessaire car c'est une honte nationale dont le peuple de Guinée portera encore longtemps le poids. Les centres d'enseignement révolutionnaire (C.E.R.) créés pour saboter l'enseignement et l'éducation en République de Guinée, avaient pleinement joué leur rôle.
    En effet, jusqu'au 3 avril 1984, le niveau général moyen de l'élève guinéen était le plus bas de toute l'Afrique, comme le revenu par tête d'habitant en Guinée.
    Que voulait Sékou pour ce beau pays de Guinée ? Un pays dont tous les habitants seraient des abrutis, des aveugles, prêts à applaudir le tyran, à rapporter au Parti le moindre propos malveillant de la part de n'importe qui, car seule la délation permet d'avoir un bon d'achat de quelques mètres de percale ou d'imprimés à Sonatex. Une population affamée, soumise au dictateur dont le bonheur fait la joie du peuple. Ne jamais laisser au peuple le moindre temps de réfléchir sur sa propre condition. Au plan social, un peuple divisé aux mœurs corrompues : menteur, tricheur, fainéant, cupide voilà la réalité que Sékou a voulu créer en Guinée pour garantir deux choses
    - son pouvoir personnel
    - après lui, le déluge, le chaos où se noierait immanquablement son successeur que le peuple qualifierait d'incapable, regrettant ainsi le règne tyrannique de notre brave tyran. Sékou a-t-il réussi dans cette entreprise destructrice ? A chacun d'y répondre !

  3. Vol de sommes fabuleuses d'argent et de pierres précieuses.

  4. Division du peuple pour préparer une guerre civile qui serait au passif du successeur. Comme Hitler, Sékou a construit une poudrière et mis à côté un fût d'essence avec une boîte d'allumettes pour qu'après lui la bombe éclate par la moindre imprudence de la part des nouvelles autorités en place.

  5. Abus de confiance, escroquerie politique et morale tout au début. (Alabè, Annabibè, de grâce, venez à moi, je ne vous décevrai pas).

  6. Incitation et appel à peine voilé à la débauche : toutes les structures du Parti et des organismes parallèles, des travailleurs, des jeunes, des femmes favorisent ce contact très délicat de l'essence et du feu, de la jeunesse, masculine et féminine. La plupart des enfants nés entre 1958 et 1984 portent les tares très graves de cette licence insupportable.

  7. Dictature politique imposée à un peuple doux résigné parce que profondément religieux.

  8. Propos délateurs et mensongers, injurieux et alarmistes, méthode cynique de tenir le peuple sous tension permanente et de créer en lui des sentiments d'éternelle suspicion et de haine.

  9. Charlatanisme et assassinat de personnes comme sacrifices humains.

  10. Attentat à la pudeur par de nombreux viols de mineures et d'épouses de détenus politiques.

  11. Exploitation scandaleuse des initiatives et aptitudes du peuple dans des activités inutiles, ruineuses et nuisibles (manifestations artistiques populaires).

  12. Fausse déclaration d'identité pour tromper l'opinion publique sur ses origines authentiques.

    3e groupe

    Ce groupe est composé de toutes celles et de tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à la tragédie guinéenne : agents secrets, parents ou alliés du tyran, les nombreux marabouts complices du pouvoir tyrannique. Responsables de la plupart des sacrifices humains, qu'ils indiquaient personnellement, avec le rituel, au Chef de la Loge maçonnique de l'Ouest africain, les sacrificateurs portent la lourde responsabilité d'avoir mis le couteau à la gorge d'êtres humains, comme eux, et de l'avoir tranchée, froidement, salis frémir.
    Sur ce chapitre, rappelons avec amertume le résultat d'une amitié.
    Oh ! Dieu de la Clémence ! Pardonnez aux innocents ! Mais condamnez les coupables !
    Ayez l'âme d'Elhadj Sidiki que l'amitié d'un fils pour un tyran a entraîné sur la voie très périlleuse de « Cheytane », du Satan trompeur. En effet, Sékou et son ami Béa (Premier Ministre) se concertent, discutent, arrêtent un plan satanique, auquel ils associent malheureusement un homme respectable, le père du Premier Ministre. Si Sékou a, 30 ans durant, choisi, adopté et gardé Béavogui Lansana comme fidèle compagnon, c'est parce qu'il le sait capable d'accepter de jouer n'importe quel rôle dans son théâtre infernal. Assis dans un coin, les deux hommes complices convoquent Elhadj Sidiki Béavogui, qui arrive précipitamment, sans savoir qu'il venait se souiller les mains dans des circonstances imprévisibles pour un fervent musulman. «
    — Tiens, égorge-le ! telle est la volonté de Dieu.
    Les deux hommes d'État suivent avec un réel plaisir « l'exécution froide » qu'ils viennent d'ordonner. Crime parfait ! Certainement pas ! La chose, bien tenue au secret pendant un certain temps, va « filtrer ». Et, finalement, c'est dans un livre que l'humanité entière sera informée. Elhadj Sidiki Béavogui en voudra éternellement à son fils pour ce crime odieux qu'il lui a fait commettre. Toutes celles et tous ceux qui ont approché Elhadj Sidiki Béavogui peuvent témoigner de l'authenticité de cette révélation. Car le « vieux » l'a dit à tout son entourage. Et c'est pour cette raison que, très « adroitement », « ce père indiscret que l'âge fait délirer », est mis en réclusion quelque part jusqu'à sa mort. Mais comme il n'y a pas de crime parfait, c'est bien dans cette réclusion que le « Tout Guéckédou » a appris tout ce qui s'est passé.
    « Je refuserai de commettre un tel crime », diront certains lecteurs.
    Attention ! Sékou n'était plus un homme à partir de 1964. C'était un monstre si effrayant que tous les Guinéens craignaient plus que Dieu, parce qu'on avait fini par accréditer l'idée d'immortalité d'Ahmed Sékou Touré, qualifié de « Cheick Mahady », le sauveur de l'humanité, le dernier prophète et le plus grand de tous les envoyés.
    Si un musulman intègre, à conviction inébranlable préfère la mort à un tel crime, ce n'est sûrement pas le cas chez un « musulman de circonstance », illettré par surcroît, récemment baptisé, peut être par conviction légère, ou par amour de certains rites, très certainement par honneur d'être dans ême « société » religieuse que Sékou le musulman de « parade », l'excellent commentateur du Saint Coran, mais qui s'est interrogé pour trouver, dans sa vie, le crime qu'il n'a pas encore commis, pour qu'il le fasse allègrement avant que la mort ne le surprenne.
    Si l'on peut trouver des circonstances atténuantes pour le père de Béa, le seul fait d'avoir accepté la mission de tuer pour un salaire est une circonstance très aggravante pour les tueurs a gage. Quant aux dignitaires du P.D.G. qui, par excès de zèle, se sont rendus coupables de crime de toutes sortes, ils doivent être jugés et condamnés comme tels. Par exemple, Sékou n'a dit à aucun responsable de Conakry d'aller saccager la concession de Lancéï Keita, père de Tidiane, l'agresseur du Président.

    3. Une séance d'interrogatoire par la commission présidée par Ismaël Touré, demi-frère de Sékou Touré

    Frappés de cécité politique et morale, grisés par le pouvoir, aveuglés par la cupidité, ces hommes incultes n'ont, un seul jour imaginé le revers de la médaille. Puisqu'ils ne croyaient pas en Dieu, ils ne pouvaient pas prévoir le changement auquel s'attend tout croyant. C'est pourquoi, par la foi, la patience et le courage, nous, détenus politiques, étions sûrs qu'un jour la vérité serait connue et sa victoire proclamée. A ce titre prophétique, j'ai dit à Ismaël Beria : « Soub-hanallah, wal-ham doulillah, wa la i laha illallah wallahou akbarou. Wa la hawla, wa la quwatan, illa billahi al a liyoul azime» (Sainteté et Hommage à Dieu, unique divinité ! impuissant est l'humain, omnipotent est le Seigneur.)

    Voici les onze questions qui m'ont été posées par la Commission d'enquête :

  1. A partir de quelle période avez-vous collaboré à l'utilisation de la Commission d'assainissement du marché MBalia contre la police économique ?

  2. Quels étaient les thèmes et les moyens utilisés pour opposer systématiquement la Commission d'assainissement et la police économique ?

  3. Quels sont les thèmes et autres moyens utilisés pour exciter les vendeuses et les annoncer par étape à s'insurger non seulement contre la police économique, mais aussi et surtout contre toute autorité se réclamant du Parti-État en les amenant dans une attitude de rébellion caractérisée ?

  4. Quels sont les principaux responsables mêlés de près ou de loin, directement ou indirectement, à cette action de sabotage et de rébellion ?
    a) parmi les militants et cadres du Parti à tous les échelons ?
    b) parmi les agents et cadres de l'administration régionale et centrale ?
    c) parmi les anciens commerçants aigris ?
    d) parmi les transporteurs, chauffeurs et apprentis ?

  5. Développez en détail, dans le cadre de cette organisation contre-révolutionnaire, présentant tous les traits caractéristiques d'une séquence du complot anti-guinéen, le rôle qui vous a été confié et dans quelle mesure vous iivez accompli ce rôle ? a) dans la phase préparatoire d'intoxication. b) dans la phase d'exécution au cours des graves incidents des 27 et 28 août 1977, en mettant l'accent sur votre participation aux phases principales de la rébellion ? (marche sur la Présidence, désordres au Palais du Peuple attaque des locaux de la police économique et des commissariats, vol des armes, munitions et autres mobiliers dans les locaux saccagés, attaque des personnes aux barrages, chant subversif, tentative de camouflage, complicité dans la fuite du comploteur Ibrahima Sory Barry).

  6. Quelles sont les raisons qui vous ont amené et depuis quand, à agir contre le Parti-État ?

  7. Qui vous a recruté dans la contre-révolution ?

  8. Quels sont les objectifs qui vous ont été présentés au moment de votre recrutement et quelles promesses vous ont été faites en cas de succès du complot ?

  9. Quels sont les complices que vous avez entraînés dans ce complot ?

  10. Rôle de Ibrahima Sory Barry à la tête du groupe des collecteurs dans la subversion ? Moyens et méthodes d'action du groupe des collecteurs ?

  11. Rôle de Sény « la presse» à la tête du soi-disant syndicat des transporteurs ? Moyens et méthodes d'actions de ce syndicat en dîrection des transporteurs d'une part et des voyous d'autre part ?

    « Prêt pour la révolution ! »

    De toutes ces questions, celle qui a la plus retenu l'attention de la commission est la 7e « qui t'a recruté ? ».
    Je répondis en disant que c'est une grave injure à mon endroit car, cadre conscient, suffisamment responsable, on ne peut pas me recruter pour servir de 5e roue dans une affaire où il est question des destinées du pays. Moi je peux recruter mais ne suis « recrutable » par personne. Très satisfait de cette réponse, Ismaël saisit la balle au bond, en me demandant : «
    — Alors dis-nous, cadre conscient, quels sont ceux que tu as recrutés dans la contre-révolution.
    A cette autre question, je répliquai que c'est là encore une injure, car c'est minimiser mes capacités de destruction d'un édifice fragile, parce que fondé sur le mensonge et le sang des innocents. Pour démonstration, que le P.D.G. convoque un grand meeting populaire comprenant les délégués de toutes les communautés villageoises ; mais attention, pas « d'élus du P.D.G. », en réalité des hommes imposés par le Secrétaire Général du Parti dont la volonté est souveraine dans les élections guinéennes. A ce meeting, je laisserai le Bureau Politique National du P.D.G. parler pendant deux heures de son propre bilan, de ses perspectives et moi, en cinq minutes de dissection du P.D.G. et de ses dirigeants, tout le peuple de Guinée, debout comme un seul homme, les écrasera comme une punaise. Je n'aurai donc pas besoin de me faire aider à la liquidation d'un régime dictatorial sans assises populaires.
    Après cet échange d'idées, Ismaël me promit ce meeting qui choisirait entre le P.D.G. et moi. En attendant la réalisation de cette promesse, j'adressai au « Camarade Responsable Suprême de la Révolution », une lettre ouverte de plusieurs pages, dans laquelle je lui fis le récit substantiel de l'histoire de plusieurs princes tant temporels que spirituels, dont : Auguste le Clément, Alexandre le Grand de Macédoine, Abraham, David, Salomon, Ramsès 11, Noé, Namrod, Nabuchodonosor, Annibal, Pyrrus, Mithridate (qui parlait 22 langues et avait régné 61 ans), Hector, Assourbanipal, Képhren, Néron, Moïse, Jésus, Mahomet, Charlemagne, François ler, les rois bourbons, les empereurs Cisse du Ghana, ceux du Mali, de Gao, Hitler, Mussolini, Samory, Lénine, Staline, Mao.
    Je précisais dans ma lettre la fin misérable de tous les mauvais princes et l'heureuse fin des autres dont l'histoire immortalisera la mémoire à cause de leur œuvre faite de générosité et de droiture.
    Cette lettre, véritable document historique, a été très salutaire pour moi car, le « Responsable Suprême de la Révolution » qui ne s'attendait pas à une telle explosion de courageuses vérités, a été si surpris de cette attitude d'un détenu politique, qu'il a aussitôt ordonné de lever ma « diète », qui comptait déjà 7 jours. Convoqué une dernière fois par la commission, je devais préciser ma pensée à travers de nombreuses expressions latines que j'ai employées dans ma lettre : « Amare velle bonum alicui », (Aimer quelqu'un c'est vouloir son bien).
    Sékou, dans tous ses discours chante le peuple mais il ne fait absolument rien pour le servir. « Homine imperito nunquam quidquam injustius », (Jamais rien n'est plus injuste qu'un ignorant). Par ce dicton je m'adressais encore à Sékou, qui n'a rien appris de l'histoire des peuples. Le peuple applaudit ses discours, chante ses louanges ; il se croit « aimé pour rien », il pense le demeurer éternellement. Il croit tromper le peuple, qui l'a cependant découvert depuis longtemps mais, qui continue à le louer espérant, par ce procédé, adoucir le coeur insensible du leader-charmeur, distributeur de beaux sourires. Si seulement Sékou avait appris l'histoire d'autres dictateurs qui ont régné en maîtres absolus, il aurait su que le « pouvoir absolu corrompt absolument » comme l'a dit Karl Marx. Si seulement le « père de l'indépendance guinéenne » savait que les politiciens comme Danton et Robespierre, des orateurs comme Cicéron, des dictateurs, malades de pouvoir et de sang comme Hitler, ont été chacun, en un moment donné, sous un ciel donné, noyés dans des bains de foule où ils étaient considérés comme des êtres spéciaux, extraordinaires, à qui l'histoire a réservé quelquefois une triste fin après bien des tournants périlleux, il comprendrait que seule la bonté, la justice et la droiture ont un prix de bonheur et d'honneur. Mais hélas !
    « Urbe direpta, hostis discessit ». (« Après qu'il eût pillé la ville, l'ennemi partit »). Ceci s'adressait à Béhanzin, un béninois, traître à l'Afrique, adopté par Sékou, qui en fait un « grand Ministre » très écouté. Mathématicien, idéologue, « socialiste », Béhanzin a été le champion de toutes les réformes de l'enseignement en République de Guinée. C'est lui, avec d'autres, qui a institué les fameux C.E.R. Centres d'Enseignements Révolutionnaires, que la jeunesse scolaire et universitaire a vite fait d'appeler « Centre d'enseignement des enfants râtés, C.E.R. ». Pour avoir donc mis le feu à l'enseignement, et à l'éducation en Guinée, sa terre d'asile, il ne mérite ni pardon ni clémence.
    « Brutus avait libéré la ville de Rome de la tyrannie des rois ; mais les Romains ne jouissaient point de la liberté ainsi acquise ». Là encore je m'adressais à Sékou. Citus avait provoqué la colère d'Alexandre par son insolence et ses libertés excessives. Menacé par lui, il sortit d'abord de la salle du festin, mais rentra bientôt par une autre porte, récitant ce vers dAndromaque d'Euripide. « Hélas, qu'il règne en Grèce un triste état d'esprit ». Alors Alexandre s'empara de la lance d'un de ses soldats, et comme Citus s'avançait vers lui, il l'en transperça. Citus s'écroula avec un gémissement de douleur. Aussitôt la colère du roi se calma. Voyant ses amis muets et immobiles, il eut honte de son crime et, tirant la lance du corps de Citus, il voulut s'en transpercer. Mais ses gardes lui saisirent le bras et le conduisirent dans sa chambre. Il y passa toute la nuit à pleurer et, immobile, il demeura toute la journée du lendemain, brisé de remords. Du vestibule de sa chambre, on pouvait entendre ses soupirs.
    Cette petite anecdote signifie que tout chef est capable de commettre des crimes, mais lorsqu'il se ressaisit, s'il n'est pas un monstre à la face humaine, comme Sékou, il pleure son acte, le regrette et s'en repentit. Il est par ailleurs intéressant de savoir que le P.D.G. et son leader étaient des ennemis de classe de certaines couches sociales, dont Sékou a juré d'éliminer tous les éléments. C'est ce que j'eus la témérité d'évoquer dans ma déposition en précisant que trois conditions m'opposaient systématiquement au P.D.G. et à son leader.

  • Ma naissance : issu d'une féodalité comptant 12 chefs de canton et de nombreux chefs guerriers. L'administration coloniale française ne collabora qu'avec la moitié de ces princes : Almamy Mory, Almamy Salémodou, Almamy Amadou Yombo, Almamy Ousmane, Almamy David.

  • Mon éducation : très contrôlée par une famille rangée, conservatrice des traditions, a été complétée par un administrateur français, M. Laurent Labour, 90 bis, avenue Henri-Martin Paris XVIe.

  • Ma formation intellectuelle : dispensant l'enseignement de la langue française, je défends les intérêts de la culture française. Ces réalités m'opposaient dialectiquement au P.D.G. dont le leader reconnut aussitôt le bien-fondé de ma position de classe.

    Je lui fis également comprendre que Samory, Alpha Yaya, Bocar Biro Barry en Guinée, Lat Dior au Sénégal, Ba Bemba au Mali, Guillaume Tell en France, et tant d'autres à travers le monde, symbolisèrent le refus de se plier aux exigences avilissantes de la domination étrangère. Lavoisier, André Chénier, flétrirent la violence de la convention, et durent payer de leur vie leur courageuse conduite. Vercingétorix vaincu inspire plus d'admiration que César triomphant. L'Almamy Bocar Biro de l'Empire théocratique du Fouta-Djalon a plus de mérite vaincu que le Commandant de Beckmann, vainqueur de l'armée indigène fortement éprouvée par d'incessantes guerres provoquées et entretenues par l'envahisseur, qui « vainc sans péril et triomphe sans gloire ».

    Il ne fut pas seul.

    Sékou agissait exactement comme son maître Iblis ou Satan (Tel maître, tel élève ; tel prophète, tel apôtre). Iblis refusa d'exécuter l'ordre donné à tous les anges de se soumettre à Adam, reconnaissant ainsi l'hégémonie et la supériorité de celui-ci sur toutes les créatures. Dieu, pour le punir, le renvoya du ciel et, lui, pour se venger de l'homme (Adam) prit la décision « satanique » d'induire en erreur tous ceux et toutes celles des fils et filles d'Adam qui se laisseraient corrompre par sa tentation. «
    — A cause de toi, fils d'Adam, j'ai été maudit, tu me le paieras cher, car nombreux seront mes adeptes parmi tes enfants, qui m'accompagneront dans la géhenne aux tourments éternels.
    Ah, dit Cheytâne.
    Cependant, Cheytâne a été plus sérieux, plus honnête, plus droit, que « certain leader », dont l'intention non affirmée ne pouvait filtrer qu'à travers ses actes quotidiens. Il s'est entouré de tous les cadres capables de sortir ce pays de l'ornière non pas par amour du peuple mais simplement pour les avoir à portée de main, les liquider au fur et à mesure par trahison, en les accusant de complots. C'est à cette seule fin qu' il a amadoué bon nombre de hauts cadres en « fouettant » leur conscience patriotique, avec des propos très flatteurs, au lendemain de l'indépendance nationale.
    — Rentrez dans votre pays nouvellement indépendant ; il a besoin de cadres valables comme vous pour sa reconstruction. J'en appelle donc à votre foi patriotique.
    Quel cadre pouvait-il résister à une telle vérité, surtout qui s'inscrit dans le sens de l'histoire ? C'est à ce piège que furent pris la plupart de nos cadres, qui avaient à « manger et à boire » en Europe et ailleurs.
    Fodéba Keita, Alhassane Diop, Balla Camara, Naby Youla, occupent, parmi tant d'autres, une place de choix au sein de ces victimes de la perfidie et de la haineuse jalousie d'un politicien véreux, dont l'amitié ou l'estime, la confiance ou la foi, ne signifient rien d'autre qu'un moyen circonstanciel pour atteindre un but. Et, puisqu'il faut se servir des hommes pour atteindre tous les buts, il gardera donc autour de lui des gens « bons à rien », des « beni-oui-oui », qu'il a « travaillés » et déshumanisés, en en faisant des complices très actifs. C'est dans ce cadre qu'il a crée quatre grandes commissions permanentes d'enquêtes du Comité Révolutionnaire :

  • Commission des hauts cadres présidée par Ismaël Touré, qui a la mission d'éliminer tous les cadres intellectuels du pays, ayant certaine assise populaire (responsables politiques).

  • Commission chargée des commerçants, présidée par Moussa Diakité.

  • Commission des intellectuels, ennemis potentiels du P.D.G. présidée par Mamadi Keita.

  • Commission des femmes populaires, élèves et étudiants « lumineux », présidée par Keira Karim.

    Supposons qu'un cadre, professeur, administrateur, médecin en même temps Secrétaire général de section ou Secrétaire fédéral, soit impliqué dans un « complot » et arrêté. Il ne sera pas interrogé par la commission des intellectuels, mais par celle des hauts cadres. L'on peut donc se demander si, de ce « tourbillon » infernal, de cette obscurité « noire », est sorti indemne, au moins un cadre pour servir de témoin aux générations montantes.
    Dieu de sagesse soit loué pour avoir donné l'occasion à certains cadres de témoigner aujourd'hui de la triste réalité du Camp Boiro et d'être aux côtés du CMRN pour la gigantesque entreprise de redressement national. Ce livre est un simple recueil de témoignages. Il n'a pas la prétention d'orienter la commission nationale d'enquête chargée du dossier des complices de Sékou, mais aura le mérite, nous l'espérons, de donner des conseils d'ordre pratique. Ainsi, nous souhaiterions du CMRN et du gouvernement autant de rigueur pour les criminels endurcis que d'indulgence pour tous ceux qui ont évité de pactiser avec le tyran. Tous les citoyens, les cadres surtout, ont adopté la politique de « sauve-qui-peut » dans le régime de terreur de l'éléphant emballé, pendant que quelques assassins-nés conseillaient à Sékou sa dangereuse politique sanglante. Ceuxlà doivent être jugés et condamnés comme criminels et comme complices.
    Par ailleurs, pour aider le musée national, les historiens et artistes, nous conseillons de mettre en sécurité les six principaux tortionnaires des camps de concentration :

  • Lt. Fadama Conde, chef de poste central au bloc Boiro à Conakry, fidèle exécutant des décisions du Comité révolutionnaire. Il a plaisir à faire du mal ; il jouit en tuant froidement un détenu. Sékou et Siaka sont ses dieux qu'il craint et vénère plus que le Tout-Puissant, en qui il ne croit pas du tout.

  • Douty Oularé, grand complice d'Ismaël Touré.

  • Lt. Amara Kourouma Bembeya, le « parfait secrétaire » du Comité Révolutionnaire.

  • Lt. Cissé, « Ministre de la cabine technique » au Camp Boiro.

  • Lt. Leno, sage commis-voyageur, spécialiste d'intoxication.

  • Lt. Cissé, l'éminent tortionnaire au bloc du Camp de Kindia.

    Sans de tels exécutants fidèles, et d'autres encore, très nombreux, qui se recrutent dans tous les milieux, le dictateur n'aurait pas tué ces milliers d'innocents, tous accusés de complots.
    Que la justice veille donc, désormais, sur l'exécutif ! Que Dieu, le juge infaillible, veille sur le peuple.
    Un citoyen de bonne foi n'a-t-il pas lancé à ma figure, la question suivante : « Pourquoi aviez-vous gardé pour vous tout ce que vous saviez sur Sékou et sur le P.D.G. et, que vous êtes en train de révéler maintenant ? ».
    La réponse à cette question est très simple car, qui connaît Sékou, craindra sa main ensanglantée. Des personnes averties par le « 6è sens », capables d'appréhender les défauts majeurs chez leurs semblables, au moindre contact, avaient annoncé tout ce qui devait arriver avec le régime de Sékou, mais à l'époque c'est le mensonge et la violence qui faisaient la loi en Guinée. On ne les a donc pas prises au sérieux.
    Déjà à Tondon en 1954, où il venait de manger avec nous à table, Sékou a laissé une mauvaise impression au commandant. En effet, après la repas, l'administrateur et moi raccompagnons Sékou Touré et son ami Saïfoulaye Diallo, jusqu'à leur voiture. De retour au salon, le commandant me dit :
    — Tu vois l'homme-là, c'est un menteur.
    A l'époque je ne comprenais rien à cette affirmation de M. Labour. Il a fallu plusieurs années pour que les choses se précisent sans erreur.
    De même, une certaine étrangère vient pour rendre visite à une amie, épouse d'un Ministre guinéen. Les bonnes manières exigent que le couple hôte accompagne l'étrangère pour une visite de courtoisie au Président de la République.
    — Mais que vous êtes calme, Madame ! vouêtes donc pas heureuse en Guinée ! Elle n'a pas l'air d'aimer ce pays ! ». Voilà quelques propos-chahuts tenus par Sékou Touré, qui a vite constaté que l'étrangère était assise comme une statue, ne disant mot, observant seulement les moindres gestes du Président-charmeur.
    La causerie finit, faute d'interlocutrice. Les visiteurs rentrent et, à la maison, l'étrangère n'ouvrit la bouche que dans la chambre de Mme Diop Alhassane, son amie :
    — Ne lis-tu pas sur le visage de ton Président les nombreux signes indiquant sa criminalité ? Je te conseille de prendre ton mari et tes enfants et de mettre les « bouts », faute de quoi, nous allons perdre notre « cher mari », car il va le tuer. Si Diop ne te comprend pas, les enfants et toi, tout de suite à Dakar, c'est un ordre.
    Voici fidèlement rapportés les propos de deux personnes qui n'ont vu qu'une fois Sékou Touré, mais l'ont défini comme menteur et criminel. Le tout s'est vérifié plus tard.

    4. Quelques preuves

    Pourquoi Sékou envoie-t-il un message de satisfaction à Marien N'Gouabi, président du Congo-Brazzaville, pour le crime qu'il vient de commettre en tuant le grand artiste congolais Franklin Boukaka, pendu, sa guitare au cou ? C'est parce qu'il en sait long. Ses « diables » de Karamoko-féticheurs ne lui conseillèrent-ils pas de sacrifier un homme public, connu et aimé dans le monde ? Selon ces fameux prédicateurs, en mourant le pauvre condamné « lègue » par procédés occultes, au leader qui le sacrifie, les qualités qui font qu'il soit connu et aimé de tout le monde. L'Afrique est un mystère !
    De même, j'accuse Sékou Touré de la mort de l'artiste qui fut le plus populaire en Guinée dans les années 60-70, le compositeur-chanteur-animateur, danseur, le brillant Demba Camara, à qui il a remis son fameux mouchoir blanc ensorcelé, à la veille du départ de l'orchestre Bembeya-jazz pour Dakar, en 1973.
    Jean-Paul Alata est un Français qui a eu, pendant longtemps, ses entrées et sorties à la présidence de la République. Pour entrer définitivement dans les bonnes grâces de Sékou touré, Alata prend le nom de famille de son ami : il s'appelera désormais Jean-Paul Touré Alata . Et pourquoi pas ? Dans la vie, l'homme est guidé par ses intérêts. C'est en Afrique qu'on entend dire « même pour milliards et châteaux, je n'aliénerai pas mon « sacré nom de famille ». L'Afrique a ses valeurs !
    L'Europe et les autres parties du monde, ont aussi leurs civilisations ! Comprenons-nous, nous nous compléterons !
    Comme la plupart de ses pairs africains et même européens (pourquoi pas), Sékou était un « fieffé charlatan», animateur des « petites chambres noires », refuge d'adeptes de Cheytâne. Les marabouts lui prédisent que son successeur viendrait de la région administrative de Dubréka, 3e poste de la Guinée française. Pour cette raison, (aujourd'hui il faut avouer la vérité, car les événements ont prouvé que son marabout avait vu juste, son successeur est bien de cette région) il s'acharne contre cette localité côtière, dont il ordonne même, discrètement, de brûler toute la documentation monographique, ainsi que les documents historiques compulsés depuis la pénétration coloniale. Il réduit ainsi Dubréka à sa plus simple expression. Et, pour résoudre le douloureux problème de « Coyah », dont il a tué, arrêté ou fait exiler les plus éminents et valeureux fils tels que Karim Bangoura, Kassory Bangoura, Mouctar Bangoura, Naby Issa Soumah, il érige l'arrondissement de Coyah en région administrative pour l'opposer à Dubréka qui, non seulement perd sa qualité de chef-lieu de région, mais devient un simple arrondissement dont le sort n'est, désormais, plus enviable.

    5. Sékou était un ingrat

    L'ingratitude de Sékou Touré se passe de tout commentaire. Toutes celles et tous ceux qui l'ont vu grandir, lui ont tendu une main fraternelle en lu donnant asile et repas, secours et protection, ont regretté leur action et, en secret, demandé à Dieu la rémission de leur péché.
    De tous les groupes ethniques guinéens, ce sont les Soussous qui ont le plus soutenu Sékou Touré en combattant vigoureusement tous les cadres de l'opposition qui auraient certainement fait le bonheur de ce pays (Barry Diawadou, Bangoura Karim notamment). Il traînera les mêmes Soussous dans la boue, leur donnera l'occasion de « chanter et danser » à tous moments ; il dira sans hésitation ni retenue aux Soussous : «
    — Vous ne savez que chanter, danser et attendre le riz du port.
    Pourtant, s'il accède au pouvoir, s'il s'y est maintenu pendant si longtemps, c'est certainement grâce aux Soussous, qui ne font aucune réserve dans leur amitié. Ce sont eux dont il a exploité le dynamisme, la vivacité et le bon coeur, qui ont consolidé les bases du P.D.G., qui se serait miné par sa propre action négative, n'eût été le soutien désintéressé, inconditionnel et batailleur de « l'ethnie-choc ».
    Pour implanter le P.D.G. au sein des masses populaires, diffuser la fameuse idéologie de civilisation de masse, Sékou n'a épargné aucune force politique, économique, sociale ou culturelle :

  • Almamy Kala Soumah, chef du canton de Conakry

  • Amara Soumah, cet autre fils de chef

  • Moustapha Soumah

  • Almamy Ibrahima Sory Dara III, chef supérieur du Fouta (Mamou-Timbo)

  • Thierno Ibrahima Bah Dalaba

  • Koly Kourouma de N'Zérékoré

  • Zébéla et Kaly Zézé, de Macenta

  • des intellectuels, représentants politiques ou législatifs des cercles

  • Karim Bangoura

  • Barry Diawadou

  • Barry III

  • Abdoulaye Ghana Diallo

  • des grands marabouts dont la réputation dépasse les frontières guinéennes

  • les femmes de bonne naissance comme Loffo Camara, Mafory Bangoura

  • des marginaux toujours prêts à la bagarre comme Momo Joe et le groupe de choc appelé alpha

  • des grands bourgeois comme Elhadj Fofana Mamoudou, le protecteur, « l'habilleur » de l'équipe dirigeante du P.D.G. des années 1950, celui qui offrit à Sékou sa première et sa deuxième voitures

  • des comédiens artistes comme Tambadi, Fénabéré et Tamba Koupé

  • des fous comme celui de Kankan qui dénonçait à Sékou en les accusant de trahison, tous les responsables qui tombaient dans son collimateur, pendant ses moments de délire. C'est ce même fou qui a prédit la mort de Sékou en affirmant : « Hé ! gens de Kankan, votre Président va mourir dans une semaine, non je me trompe, il va mourir dans trois (3) jours ». Et, effectivement, il mourut trois jours plus tard comme l'a prédit le fou.

    L'on voit que pour atteindre le but, Sékou n'a épargné aucun effort, aucun sacrifice, aucun moyen. Il n'a négligé aucun secteur, aucune personne susceptible de garantir ses intérêts politiques. Il a su utiliser chaque moyen à bon escient. En véritable homme politique, il ne s'est jamais embarrassé de scrupules, tels que les sentiments fraternels, amicaux ou autres. Dès qu'il traverse un tournant, il met cap sur un autre en rangeant dans la poubelle de l'histoire tous les moyens (sous-entendu tous les hommes) devenus « caducs ».
    C'est ainsi que Sékou n'avait rien de fixe sur cette terre ; aucun contrat ne pouvait le lier indéfiniment à qui que ce soit. Toutes ses amitiés, solides pour les autres, « événementielles » pour lui s'envolaient avec la solution du problème politique qui étaient à la base de leur naissance. En décevant donc ses « amis », il croit cela si normal qu'il peut dormir les poings fermés à côté d'un cadavre d'un Elhadj Lamine Kaba de Coronthie ou de celui d'un Kassory Bangoura, d'un Tibou Tounkara ou d'un Saïfoulaye Diallo.
    Pour mobiliser les femmes guinéennes, Sékou crée de toutes pièces une héroïne nationale, MBalia Camara, en accusant de son 'assassinat', alors qu'elle était enceinte, l'un des chefs de canton les plus prestigieux de la Guinée française. Le peuple de Guinée doit savoir maintenant la vérité sur les émeutes de Tondon (février 1955). Un des nombreux témoins occulaires dont la plupart sont encore vivants, j'affirme avec force l'innocence d'Almamy David Sylla, accusé d'être l'assassin de M'Balia, l'héroïne du P.D.G. Citons quelques-uns des témoins qui peuvent confirmer l'authenticité de cette déclaration

  • Elhadj Daouda Sylla, infirmier principal de la trypano en retraite à Dubréka.

  • M. Conte Famara en service à Dubréka.

  • M. Chalhoub Moustapha, commerçant à Conakry III.

  • Elhadj Chalhoub Abdoulaye, commerçant à Ouassou.

  • Elhadj Mangué Aboubacar Camara, infirmier principal en retraite à Fria.

  • M. Naby Youssouf Camara, contre-maître à Entrat.

  • M. Saarasoukhou Fodé Camara, notable à Tondon.

  • M. Daouda Marin Camara, notable à Fria-Tabossy.

  • Elhadj Mamy Conté, notable à Khorira, Dubréka

  • M. Hady Sylla, domicilié à Dabondy, Conakry III.

    Facély II Mara, RTG : voulez-vous nous dire, à l'intention de nos auditeurs, ce qui s'est passé à la présidence, quand, libéré, vous vous y êtes rendu. Almamy Fodé Sylla : il est de coutume qu'après sa libération le détenu politique se rende à la Présidence, « remercier » le bourreau pour son acte « magnanime », sa « clémence ». Termes élogieux, profondément démagogiques que tout prisonnier entend de la bouche de Siaka Touré quelques instants avant sa libération :
    — Le « Responsable Suprême de la Révolution » me charge de vous annoncer, que de son droit de grâce, il outre-passe le peuple qui vous a condamné à mort, en vous redonnant votre liberté, espérant que vous êtes décidés à servir, désormais fidèlement la Révolution. Mais attention ! ici vous n'avez rien vu ni entendu. Si par malheur, un parmi vous est repris par la faute de sa bouche, il sait ce qui l'attend, car on ne lui donnera plus l'occasion d'en reparler…
    En dehors de quelques cas très rares de détenus de peu de foi, qui cherchent à entrer dans les bonnes grâces du tyran après leur libération, les prisonniers politiques éprouvent de l'amertume à se rendre auprès du bourreau dont tous les secrets sont désormais sus, lui serrer les mains ensanglantées. Chacun des détenus, suivant son degré de courage, met des semaines ou des mois à exécuter le dernier acte humiliant fermant la série des actes déshumanisants du camp, et ouvrant la voie à une nouvelle prison tout aussi dure moralement que le bloc central.
    Certains préfèrent leur retour à Boiro à cette visite à laquelle s'attend le bourreau de Conakry. «
    — Je refuse de le voir ! je n'ai pas à remercier mon bourreau parce que Dieu m'a sauvé de ses griffes empoisonnées. S'il faut le voir pour pouvoir vivre, je préfère mourir.
    Ce sont là quelques-unes des déclarations de M. Coumbassa Firmin après sa libération de Boiro. Ces propos ont été fidèlement rapportés au tyran qui attendait patiemment leur auteur incorrigible dans un nouveau tournant :
    — N'avais-tu pas juré de ne pas me voir Coumbassa, alors qu'as-tu à dire aujourd'hui ?
    — Plus qu'hier, je suis prêt pour la potence mais pas vous voir pour des remerciements insensés. Je viens vous demander un bon d'achat d'un camion Zil, s'il vous plaît !
    — C'est très courageux Coumbassa ! souviens-toi de tes propos ! je n'ai pas de Zil !
    Quelques jours plus tard, le grand syndicaliste africain Coumbassa Firmin se retrouvait pour la 3e fois au cœur même du bloc central du Camp Boiro.

    Facély II Mara : Il est veinard hein ! trois fois à Boiro, trois fois libéré ! De quel bois se chauffe-t-il ce Monsieur Coumbassa ?
    Almamy Fodé Sylla : Moi qui ne suis pas aussi téméraire que Coumbassa, n'ai attendu que six mois pour me décider à la grande et solennelle visite que le dictateur attend de chaque cadre libéré de ses géôles. Sur les instances de ma famille, ma femme et moi sommes rendus à la Présidence et, reçus en audience publique, nous avons eu l'entretien suivant :
    — Camarade Président, ma femme et moi-même sommes venus rendre hommage à Dieu pour notre libération et vous remercier pour tout ce que vous avez bien voulu faire pour nous. J'en profite pour vous réaffirmer que dans mes veines il ne coule pas de sang de la confusion ou de la trahison. Ma famille étendue, ma femme et moi-même vous rassurons de notre disponibilité permanente pour la cause sacrée du vaillant peuple de Guinée.
    — Mon cher Sylla, je t'ai compris et je te remercie ; je te souhaite beaucoup de chance. Et toi Madame Sylla, es-tu heureuse de la libération de ton mari ?
    — Dieu merci, camarade président.
    Depuis ce jour, commençait pour notre famille et celle de tous les anciens détenus une autre vie de difficultés de toutes sortes : biens saisis, pas réhabilités, démunis de tous moyens de subsistance, craints des uns, méprisés des autres, rejetés dans de nombreux cas par la tribu où la concorde, l'amour, l'affection, le pardon, la compréhension ont cédé la place à la méfiance, à la mesquinerie, aux complexes les plus divers.
    La plus dramatique des situations est l'incompréhension des conjoints dont la plupart ont fini par divorcer aux grands regrets de tout le monde. En effet, comment réussir à recréer cette atmosphère de confiance réciproque, de concorde et d'amour sincère rompue depuis plusieurs années ? La femme a joué le rôle de mari et d'épouse, a serré la ceinture autour du pagne pour valablement remplacer un père de famille dont l'absence est durement ressentie par les enfants surtout. Le détenu est revenu plein de complexes d'infériorité vis-à-vis d'une épouse qui le nourrit, l'habille et le loge. Viril sans virilité, homme sans moyens matériels et financiers. Incapable de jouer son véritable rôle, il doit choisir entre reprendre le combat pour la vie et laisser faire à sa place une femme déjà rompue à cette tâche.
    Les enfants, habitués à se passer du père, ne reconnaissent comme autorité que celle de leur mère. Discriminés au sein d'une société qui a renié leur famille, la plupart des enfants de détenus se sont exilés s'ils ne se sont pas adonnés à l'alcool.
    Père incapable, mère immunisée, enfants déséquilibrés = famille désunie !
    C'est pour toutes ces raisons que nous lançons un appel pathétique aux nouvelles autorités du pays pour qu'elles rétablissent bien vite la justice au sein de la société guinéenne, tout en restant fermes, car liberté n'est pas synonyme de libertinage. L'une des qualités de Sékou était l'organisation dans le programme d'action. Il avait réussi à mettre tout le peuple de Guinée dans une sorte de basse-cour, où l'oncle Sam décidait de la vie ou de la mort de chaque poulet. Il donnait à chaque citoyenne, à chaque citoyen, un programme d'activités qui l'occupait tout le temps, lui laissant l'impression d'être utile à son pays. Sa mort a donc laissé un grand vide qu'il importe de combler le plus vite possible.
    De même, il faut systématiquement démanteler l'organisation policière de Sékou, dont a longuement parlé M. Keita Koumandian, cet éminent syndicaliste, autre victime du tyran, arrêté en 1961 dans l'affaire des enseignants, qui m'a emporté moi-même pour les « 32 escaliers du Camp Alpha Yaya, autre camp de concentration.
    Confiant dans le communiqué no. 10 du 3 avril 1984, relatif à la réhabilitation des anciens détenus politiques, je souhaite que des médailles spéciales de fidélité soient frappées à l'intention de certaines épouses de détenus qui étaient aussi prisonnières que nous. Sans avoir la prétention de savoir ce qui s'est passé dans chaque famille de détenu, et fortement impartial, c'est en me fondant sur le jugement du public que je propose une petite liste très incomplète d'épouses à « médailler », avec mes sincères excuses à toutes les autres qui ne sont pas portées ici. Ne vous formalisez pas ! Ne vous croyez pas abandonnées ou rejetées, condamnées par le tribunal de l'histoire ! Je cite les camarades que vous connaissez mieux que moi. Il y a sûrement de très bonnes épouses dont je ne parle pas par ignorance, dans ce livre ! Que leur anonymat les conduise à la vie éternelle du beau paradis - Amen.

  • Mme Camara née Salématou Youla, aide de Santé au C.H.U. de Donka.

  • Mme Cissé née Aribot, Académie Conakry.

  • Mme Tounkara Cellou, sage-femme d'État.
    Mme Diallo Portos née Aïcha, professeur.

  • Mme Coumbassa Saliou, Secrétaire diplômée.

  • Mme Guinémangué, épouse d'Elhadj Aribot Soda.

  • Mme Bangoura née Esther, professeur à Conakry.

  • Mme Conde Émile née Esther, sage-femme d'État.

  • Mme Barry Kandia née Bah, institutrice Conakry.

  • Mme Fofana Almamy née Fatou Touré, secrétaire Conakry.

  • Mme Chaloub Moustapha née Ezzédine, directrice préfectorale Conakry III.

  • Mme Camara Oumar Deen, secrétaire Conakry I.

  • Mme Camara David, diplômée de hautes études hôtelières, Ministère de la Communication et du Tourisme.

  • Mme Sory Condé née Hadja Billy Diallo, Conakry.

    D'autre part, au départ de la 2e République, nous devons absolument faire attention à deux choses essentielles.
    Le naturel qui frise la naïveté chez le Guinéen peut nous conduire à nous « jeter littéralement dans la gueule du loup », car le nouveau gâteau guinéen est plus sucré que celui que les puissances européennes se sont partagé à Berlin en 1885.
    La recréation de l'atmosphère de plainte éternelle, de guerre froide contre l'impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme que les chantres du P.D.G. ont, près d'un demi siècle, accusés de tous les maux du monde :
    « Si ça ne va pas, c'est la faute à l'impérialisme,
    « Si nos sources d'eau tarissent, c'est l'impérialisme qui vient se désaltérer là ;
    « Si les paysans de Tondon, Benty, Kaïnté ont été brutalisés, certains tués, c'est l'impérialisme qui a agit à l'insu de notre leader bien-aimé, le père des « miskines », etc.
    Un pareil danger nous menace encore car Sékou risque de remplacer l'impérialisme — dont il était la véritable incarnation — dans les mentalités guinéennes. La vérité, quoique relative, est que Sékou a été, est et demeurera encore longtemps la référence de tous nos malheurs. Mais c'est inutile de continuer à perdre notre temps, à en parler à tout bout de champ.
    Laissons-le donc avec ses tonnes de péchés ; s'il a une mémoire (ou pas), que Dieu et ses anges règlent son compte comme il faut, pour que ses mânes ne poursuivent aucune guinéenne, aucun guinéen, qui ne demandent qu'à vivre maintenant heureux par le travail dans la joie de la dignité retrouvée.
    La Fontaine a eu raison de dire que « rien ne sert de courir, il faut partir à point ».
    Le CMRN est-il bien parti ? c'est le titre d'un roman.
    Un nouvel espoir vient de naître en Guinée.
    Une date : 3 avril 1984, à inscrire en lettres capitales dans le registre de l'histoire de notre pays. « Si le malheur est social, le malheur n'est pas la loi. » Comme les compagnons d'Épicure, jamais nous n'imaginions plus qu'il pût exister un bonheur collectif, car celui-là retrancha tout dans l'homme social. Il retrancha ce qui est sociable, mais les désirs de l'homme naturel, il ne les retrancha point, faute de le pouvoir en effet. Cependant ce retranchement n'est pas une perte réelle, mais seulement une mutation des apparences, une amputation de ce qui est dans l'homme comme un tissu cancéreux. Il reste un homme dont les bras atteignent les limites vraies de son destin, c'est Conté. Donc au pessimisme social doit succéder un optimisme naturaliste fondé sur le réel, le sage et le divin. Si tout le peuple de Guinée a porté le poids de la dictature sékoutouréenne, certaines familles ont cependant été plus martyrisées que d'autres :

  • les Bah et les Diallo, familles féodale et spirituelle de Labé et Dalaba

  • les Barry de Pita, Mamou et Dabola (dynastie régnante du Fouta Djallon depuis le Moyen Age)

  • les Baldé (rameau de Thierno Saliou Balla) de Tougué

  • les Diané, Kaba et Condé (familles régnantes et spirituelles) de Kankan

  • les Bangoura de Coyah

  • les Sylla de Basse Guinée à cause de l'Almamy David Sylla de Tondon

  • les Youla, Conté et Soumah pour la haine surtout de Naby Youla, Conté Saïdou et Soumah Abou.

    Facély II Mara, RTG : devant tout ce drame, quel message adressez-vous au glorieux peuple de Guinée ?
    Almamy Fodé Sylla : je vous remercie M. Facély II Mara, pour m'avoir posé cette question, car, malgré la nouvelle situation qui prévaut en Guinée depuis le 3 avril 1984, certaines gens n'ont pas encore retrouvé leur équilibre interne.
    D'honnêtes personnes pensent encore que le changement dont parlent les militaires n'est pas une réalité, mais un rêve, tellement elles ont été « mâtées » dans leur esprit et leur conscience. Les mots P.D.G., Syli, Sékou, Révolution, contre-Révolution sont si profondément ancrés en chaque guinéenne et en chaque guinéen, qu'il faut beaucoup de patience pour opérer le changement.
    Voici donc à ce propos le message que j'adresse au peuple de Guinée. Glorieux peuple de Guinée, Finie la terreur ! Finies la tyrannie et la barbarie ! Finis à jamais l'injustice et l'arbitraire ! Finis, finis pour toujours :

  • la délation et la démagogie !

  • le mensonge et la duperie !

  • le vol et les détournements !

  • la paresse et la résistance au travail !

  • les arrestations et assassinats politiques !

  • Finis, définitivement finis :

  • l'hésitation et le tâtonnement !

  • la vie facile des agents de renseignements à la solde d'un aventurier démesurément ambitieux, fanfaron et stupide, cruel et déloyal, menteur et flibustier, orgueilleux et laid, jaloux, cruellement jaloux, possédé par un diable, obsédé… profondément haineux et vindicatif !

  • Finis la cupidité et l'amas de millions de dollars dans des banques étrangères !

  • Fini, fini pour toujours le culte de la personnalité ! pour que vivent et s'épanouissent la démocratie et la justice dans la liberté recouvrée.

    Mon second témoignage

    Au peuple de Guinée ! Voici 37 ans, le P.D.G., son leader et tous les démagogues opportunistes t'ont intoxiqué, par le mensonge et la délation ! A la R.T.G., « l'Eléphant » de Guinée a crié pendant 26 ans et, un seul jour, il ne t'a enseigné la vérité !
    Maintenant qu'un changement total est intervenu, peuple, CMRN et gouvernement, accordez-nous le micro pour quelques semaines seulement. Nous désintoxiquerons l'ensemble du peuple par la vérité, rien que la vérité. Le vif désir de rendre un hommage sincère, profondément reconnaissant à toutes celles et à tous ceux qui nous ont encouragé par leurs douces paroles, ou par l'expression de leurs sentiments d'admiration et d'estime. Ce désir-là peut rendre notre style assez libéral et surtout entâcher notre élocution de quelque venin de vantardise. Car, comme Jacob, ce jeune paysan qui sut se faire aimer à Paris, je tire de mon premier témoignage une sorte de vanité secrète qui me condamne désormais à plus d'humilité et de sagesse, de rigueur et d'abnégation dans le travail, en vue de produire, à la dimension des espoirs, des oeuvres utiles et utilitaires, faites avec le cœur et la foi, le tout de bonté.Répétant avec La Rochefoucauld, la « beauté plaît, l'esprit amuse, la sensibilité passionne, la bonté seule attache ». Deo gratias ! Hommage au Tout-Puissant qui nous a permis de subir avec succès les dures mais très exaltantes épreuves de Boiro, et Hamdallâhi, Ham da-lasbâbi, notre reconnaissance va droit au seigneur des mondes, et nos remerciements aux hommes de bonne volonté dont l'œuvre de générosité et de bienfaisance a sauvé la vie de centaines d'innocents que les vampires assoiffés de sang auraient impitoyablement liquidés sans remords.
    Nous pensons :

  • à tous ces gouvernements qui refusèrent pour l'histoire de livrer au bourreau de Conakry, des victimes bipèdes pour sa boucherie humaine et,

  • à ces géôliers comme Chef Niassa, adjudant-chef Balla Touré de Kindia, adjudant-chef Keita actuellement en service à la brigade de ville de Gonakry I, à l'adjudant-chef dit Chinois, à l'adjudant Fodé Sidiki, au major Sako, au sergent « bien nourri » aux adjudants Mamadouba Bangoura, Demba Sylla, aux para-commandos Fodé Camara, Mohamed Camara, Mastamo (ce dernier a été obligé de déserter l'armée parce qu'ayant porté secours aux malheureux détenus du bloc central no. 1 de Boiro, a été menacé d'arrestation... et s'il avait été pris, il serait tout bonnement passé par les armes… ). Nous souhaitons de tout cœur, le retour de ce jeune homme dévoué et sa reprise dans l'armée guinéenne.

    Nous ne cesserons jamais d'adresser l'expression de nos vifs remerciements à tous ceux et à toutes celles qui ont joué un rôle bienveillant à l'endroit des détenus (dont certains doivent à d'autres. C'est le cas de M. Sékou Yalani Yansané. Il doit reconnaissance et gratitude à M. Benjamin Louis, autrement appelé Bejany, qui était récemment admis à l'hôpital Ignace Deen, au pavillon de Mme N'Diaye. Elle, qui s'était bien occupée, à l'instar des Médecins Sans Frontières, de ce pauvre rescapé fatigué par ses 72 ans d'âge et ses 8 ans de Camp Boiro. De même, il faut rendre hommage à tous les 15 détenus rescapés de Kindia, particulièrement à ceux qui s'occupaient de Faouly, l'une des plus malheureuses victimes des camps de concentration. En 8 ans de détention dans des conditions déjà décrites, M. Soumah Faouly, arrêté pour être jeune frère de Capitaine Abou Soumah, a perdu l'usage de la langue, des pieds, des yeux et des oreilles).
    Il n'est pas superflu de rappeler qu'à propos du capitaine Abou Soumah, l'opinion doit être instruite sur sa mort tragi-mystérieuse.
    En effet, après avoir vainement tenté de l'empoisonner à Abidjan comme il l'a fait à Alata, Sékou Touré envoie un de ses tueurs à gage faire le nécessaire en employant un procédé occulte qui devait malheureusement réussir et emporter l'âme précieuse de ce frère de combat, le capitaine Abou Soumah.
    La vengeance poursuivant le crime ! Non ! On ne se vengera pas ! Mais attention ! Nous demandons que justice soit faite ! Ahmed, Sékou, Touré poursuivait des familles jusqu'à leur extinction totale ou tout au moins l'élimination des principaux membres. De même, certaines équipes de Médecins sans frontières, des témoins ayant assisté au traitement médical à Paris du professeur Kapet de Bana, rescapé de Boiro, peuvent attester que cet ancien détenu politique, après 8 ans dans le très tristement célèbre camp de concentration Boiro, libéré sur les instances des organisations humanitaires internationales, a été empoisonné à bord de l'avion qui le transportait à Paris. Les vérifications sont possibles à son niveau car il n'en est heureusement pas mort.

    Mesdames et Messieurs, notre gratitude va encore au Tout-Puissant qui nous a libérés le 3 avril 1984 par la main fortifiée de l'armée nationale faisant renaître à la liberté, le vaillant peuple de Guinée et immortalisant les morts et les vivants, rescapés des tristes géôles : Camp Boiro, Camp Alpha Yaya, Camp Keme Bourema (Kindia), Camp Soundiata Keita (Kankan), et ailleurs.
    Hommage aux nombreux et fidèles auditeurs de la R.T.G. dont les critiques très constructives nous servent grandement. Nous ne saurons donner la liste très longue de ces nombreux amis ; que tous soient vivement remerciés. Il faut cependant mettre à l'aise ceux qui se demanderaient les raisons de ce 2e témoignage. La réponse est très simple ; c'est pour donner satisfaction à de nombreux auditeurs dont les questions pertinentes posées après le 1er témoignage méritent une attention particulière. Aussi, un second, pourquoi pas un troisième, un quatrième… témoignage, quand on sait qu'à Boiro, on pouvait faire faire plusieurs dépositions à un détenu de façon circonstanciée ! Mieux, il n'est pas possible à un détenu rescapé d'un camp de concentration de dire en une fois tout ce qu'il sait des hommes et des machines intimement insérés les uns dans les autres dans un mécanisme de destruction de l'homme par l'homme.

    M. Facély II Mara : comment vous étiez-vous arrangé pour allier la Révolution de M. Sékou Touré « Alcapone » et votre attitude naturelle d'opposant systématique au P.D.G. pour finalement vous faire élire Secrétaire général de la section du 5e arrondissement, surtout sans vous faire prendre par le Parti ?
    Almamy Fodé Sylla : pour commencer, j'ai été arrêté malgré le voile et, je crois avoir dit dans mon témoignage en soussou que tout opposant au régime dictatorial défunt devait être prudent, choisir entre partir (c'est le cas de beaucoup de cadres) et rester.
    Dans ce dernier cas, il faut accepter toute la dictature du Parti unique, se plier aux vexations, humiliations, provocations de l'enfant, du cadet face à l'aîné, de l'élève vis-à-vis de son éducateur, de l'apprenti contre son maître, surtout de la femme qui se dit mariée à l'égard de l'homme qui prétend être son mari.
    Entre partir et rester, j'ai choisi de demeurer sans cependant condamner ceux qui, pour préserver leur âme, ont été contraints de s'expatrier. Et quand on a choisi de rester, il faut adopter une attitude conciliante dans toutes les situations. Ne jamais perdre de vue que pour abattre un ennemi il faut l'approcher le plus près possible. Si c'est un homme normal, ces réflexes seront donc normaux. Cela implique que ses réactions, à quelques nuances près, sont prévisibles. Or, Sékou Touré était un paranoïaque, un malade inconscient de son état. Il souffrait de deux grands complexes : de naissance et de formation. Mégalomane par surcroît, complexé « social », il se croyait socialement persécuté par un entourage, pour lui constamment douteux, dont il faut se méfier, en avoir une peur démentielle, qui met une trouille agressive, inflexiblement tendue, comme une flèche empoisonnée, vers les autres hommes, cible permanente.
    Dans un tel cas, disons-nous, il n'y a que Dieu — pour les croyants —, le hasard — pour les autres — qui sauve quand on a choisi de demeurer à ses côtés. Ayant compris l'homme, j'ai adopté une attitude et un comportement tout de contestation, mais pratique, car le tyran se laisse tromper par des façons de faire « zélées ». Par exemple, j'ai vu un ancien chef de canton danser le folklore en battant le tam-tam à l'occasion de la visite de Sékou Touré dans sa fédération. Sékou, très enchanté, nomma immédiatement l'intéressé commandant d'arrondissement. Il faut être fou pour croire et accepter un féodal épousant la « révolution socialiste » jusqu'à devenir danseur « nyamakala » à la place de « Samba Yoro ». Sékou n'a pas compris le proverbe peuhl : « Suttude e sattude ko attyugol ko suttunoo bhuri sattande suttudho » (l'habitude est une seconde nature dont il est difficile de se défaire). Un chef de canton dont tous les ancêtres sont des féodaux, adhérer à l'idée d'égalité absolue de tous les hommes, relève de phénomènes plutôt économiques que socio-politiques. Mais en tant qu'homme, surtout de nature explosive, il m'arrivait très souvent d'adopter des attitudes qui trahissent le manteau, espèce de couche superficielle de couleur « révolutionnaire », pour montrer mon vrai moi.
    Sachez en passant que dans le régime policier et dictatorial de Sékou Touré l'équilibre interne était rompu tout le temps que durait votre vie en son sein. Ici, les choses sont compliquées car, en vous rendant illogique, le comportement de l'illuminé demeure parfaitement lucide et logique. C'est ainsi que le 27 août 1977, dans la matinée, je fus spontanément sorti de mon « fourreau » pour dire aux femmes du marché M'Balia :
    — Vous avez parfaitement raison de vous révolter, le comportement de la police économique est plus que révoltant. Au nom du Parti-État, dont j'incarne l'autorité et la vérité pratique au 5e arrondissement, je vous assure que la police économique partira définitivement du marché M'Balia, soyez-en sûres ! retournez au marché, continuez vos activités comme par le passé sans inquiétude.
    Voilà des propos compromettants que seul le « Responsable suprême de la Révolution » a le droit de tenir devant sa foule délirante. Rendons grâce à Dieu pour nous avoir libérés d'un grand malade. Alhamdu lil'Allâhi rabbil aalamina « Hommage au Seigneur de l'univers ».

    Facély II Mara : Pourquoi ne citez-vous pas tous les dignitaires du P.D.G. sur la liste des malfaiteurs ?
    Almamy Fodé Sylla : En effet, je n'ai pas cité tout le monde mais des spécimens, si vous voulez, de chaque groupe. Voyez par exemple les cas combien douloureux

  • d'un Siké Camara, docteur en carton, spécialiste de la propagande vénimeuse du P.D.G., auteur de toutes les lois déloyales prises ces derniers temps ;

  • d'un Mamadi Kaba, maître sorcier qui fut commis par Sékou à la sale besogne de destruction de la classe ouvrière par intoxication, endoctrinement et manipulation des hommes selon les idées d'un marxisme tronqué, mal assimilé, enseigné par un autodidacte insuffisant et ambitieux qui se croît aux sommités des connaissances universelles et entend être accepté comme tel.

    On ne saurait donc oublier aucun des collaborateurs du tyran dont la plupart sont criminels à leur façon.
    Il faut également savoir que Sékou Touré était si méchant, si profondément égoïste, si ennemi du peuple de Guinée, qu'il s'est toujours arrangé pour partager la responsabilité de ces nombreux crimes avec ses collaborateurs, dont il a sali les mains de la plupart.
    Quant au peuple qui condamnait avec lui (excité par lui, exalté par lui), des comploteurs sans complots (rendus traîtres par la bouche de Sékou Touré et tués après acclamations), Sékou l'a rendu responsable de nombreux crimes.
    Il faut préciser également que pour accéder à certains postes de responsabilités au niveau de l'État ou des entreprises, à un moment où Sékou, se moquant royalement du peuple dont il fait tout pour empêcher le bonheur. Le dictateur employait la tactique du plus requis, du plus disponible à tel niveau, à tel poste, pour agir conformément à sa seule volonté. Qui n'a pas prononcé au moins un discours démagogique et plein d'éloges « du tyran » ? Si le CMRN pouvait amuser le peuple de Guinée en faisant repasser certains discours des années 1960 et 1970, quel retournement cela ferait !
    C'est dans le même ordre d'idées que je demande avec insistance que le CMRN recherche la lettre ouverte que j'avais adressée à Sékou Touré ainsi que ma déposition sur bande magnétique que le peuple écouterait avec surprise, pour définitivement rassurer certaines gens qui pensent que nous n'osons « cracher » que sur des morts. Notre bande, qui date du 12 octobre 1977, donc 6 ans 5 mois avant la mort du tyran, est le meilleur témoin de notre position de toujours vis-à-vis du dictateur et de son régime. En rêvant sur le choix des cadres, pour nous, détenus politiques, nous supposions comme d'office acquis aux idées « machiavéliques » de Sékou Touré tous les hauts cadres, tous les cadres moyens, civils et militaires choisis après bien des tests pour assumer la haute et très délicate mission de torturer des innocents en vue de leur « arracher » des aveux.
    Ainsi, tout membre de la commission d'enquête du Comité révolutionnaire est potentiellement tortionnaire. « Cujus abdîtis ad huc vitiismire congruebat ». Néron, dit Tacite, porta impatiemment la mort de Narcisse, parce que cet affranchi avait une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés.

    Facély II Mara : que voulez-vous dire par bibliothèque vivante en parlant des tortionnaires ?
    Almamy Fodé Sylla : Une bibliothèque vivante ou une encyclopédie (c'est strictement pareil), est une image pour faire comprendre la somme de connaissances ou d'informations détenues par les tortionnaires du Camp Boiro.
    S'agissant de ces malfaiteurs toujours en liberté, complices exécutants de ceux qui sont déjà arrêtés, c'est-à-dire les Ministres, dignitaires de l'ancien régime, nous pensons qu'il faut les mettre en confiance, ne pas leur faire de mal, mais les mettre en sécurité à cause du rôle historique qu'ils sont appelés à jouer.
    Après la disparition brutale de Fadama Condé, notre inquiétude demeure : Ces tortionnaires ne vont-ils pas mourir un à un, paisiblement, sans donner ce qu'ils doivent obligatoirement livrer à l'histoire ? Pour vous donner une idée de la complémentarité des rôles, voici résumée la relation des bourreaux : Sékou — Ismaël — Siaka — Fadama — d'autres bras. Expliquons cette chaîne.
    Sékou dit : «
    — Je suis jaloux de tel cadre !
    Ismaël répond :
    — Laisse-moi m'occuper de lui.
    Siaka ajoute : «
    — J'ai de nombreux bras de fer pour l'assommer !
    Fadama conclut :
    — Je l'ai déjà tué !
    Et le cercle vicieux reprend par Sékou, qui conclut : «
    — De ce côté-là, je suis tranquille mais voilà un autre ennemi qui se dessine là-bas. »
    Et, infernal, le processus a duré jusqu'au 3 avril 1984.
    Cette brave équipe de tortionnaires encore en liberté doit aider non pas la « révolution », cette fois-ci, comme il nous avait été demandé, mais la patrie dont ils détiennent une importante séquence de l'histoire. Et, qui parlerait en poète, dirait : « Et la nuit noire engloba de son lourd manteau le quart de siècle tristement célèbre de M. Sékou Touré. Né en 1922, il a conquis et obtenu le pouvoir à 36 ans, a régné 26 ans pour mourir à 62 ans, laissant la grande réputation de premier grand dictateur de la République de Guinée. Mais en Guinée, nous ne voulons ni de 2e, ni de 3e dictateur, plus de dictateur tout court.

    Facély II Mara : Etes-vous en train d'écrire un livre ? Si oui, quels en sont les thèmes essentiels ?
    Almamy Fodé Sylla : c'est l'histoire qui condamne tous les intellectuels, témoins de l'histoire, rescapés des divers camps de concentration, d'écrire des livres et des mémoires pour contribuer ainsi à la dénonciation des crimes commis par la clique de la 1re République, mettant aussi l'humanité en garde contre toute velléité de dictature, toute manifestation de pouvoir tyrannique.
    Les divers écrits mettront en relief la duplicité de certains hommes et, s'ils sont chefs, les crimes dont ils seront coupables et, pire, s'ils sont tribuns, véritables savants en langage politique comme Sékou Touré, ils sont capables d'éliminer le genre humain. En effet, admettons que Sékou Touré ait vécu 1 000 ans dont 500 ans de pouvoir, voyons à peu près le nombre de personnes qu'il ferait voyager sans retour : soustraction faite de l'année 1958 où il était « Néron » dans ses trois premières années de règne, il reste 25 ans de pouvoir au cours desquels il a éliminé au moins 50 000 personnes dans 4 camps de la mort ; en 500 ans, 500 fois plus :

    soit 500 x 50 000 25 1 000 000 de personnes.

    S'il avait vécu 100 000 ans, il aurait éliminé une bonne partie de la population africaine. L'on sait surtout que le dictateur n'a pas d'idéal à défendre ; il n'a que des buts à atteindre. Quand on le loue, l'on fait ainsi le culte de sa personnalité. Devenu puissant, il se retourne non seulement contre tous ceux qui lui ont prêté une main forte, mais aussi tous ceux qui créent chez lui des complexes : il tuerait donc le plus bel homme, la plus belle femme, le plus riche, le plus instruit, le plus honnête... Tenez-vous bien ! le tyran fait toute comparaison par rapport à lui-même ! Imaginez voêmes, chers lecteurs, le nombre de Guinéens et Guinéennes que Sékou Touré aurait épargnés parce que ne présentant aucun danger pour lui, suivant sa logique implacable. Il n'y en aurait pas eu beaucoup hein ! La plupart des rescapés des tristes géôles sont donc en train d'écrire des mémoires et les nombreux livres déjà en chantier verront le Jour dans les très prochaines années « inchallâh » (s'il plaît à Dieu). En dehors de l'important travail réalisé par Jeune Afrique, J'invite toutes les Guinéennes, tous les Guinéens, les Africains et tous les hommes épris de justice, à lire le remarquable ouvrage de M. Alpha Abdoulaye Portos Diallo, cet autre illustre rescapé, diplômé de hautes études de résistance à Boiro.

    Facély II Mara : pourquoi avez-vous qualifié le Camp Boiro de 6e continent ?
    Almamy Fodé Sylla : les géographes, les historiens et autres spécialistes nous ont appris l'existence de cinq (5) continents mais, d'un commun avis, tous les détenus sont tombés d'accord sur cette appellation de Boiro « 6e continent ».
    Nous invitons topographes, cartographes, géographes et tous spécialistes intéressés par la question à réfléchir sur ce problème afin d'enrichir le patrimoine mondial de nouvelles données continentales. Les premiers historiens qui ont foulé le soi de Boiro, émerveillés, se sont écriés : Oh ! quel musée ! Il l'aurait effectivement été, n'eût été l'acte criminel du chef de poste central Fadama qui a malheureusement effacé tous les écriteaux, les dessins significatifs que comportaient les murs des cellules.
    Mais, malgré cela, Boiro demeure le 6e continent par l'esprit et les idées forces qui ont présidé à sa création, sa structure organisationnelle et fonctionnelle : terreur, horreur, crime, le tout entouré de mystère, et l'évocation du seul nom de Boiro fait sursauter d'émotion chaque Guinéen, chaque Guinéenne, sans compter l'impact négatif de cet austwich guinéen sur la politique extérieure guinéenne de Sékou, pendant tout le règne de l'hommeéléphant.
    Le peuple de Guinée est aujourd'hui révolté dans sa conscience patriotique, dans son humanisme et dans sa religiosité en apprenant que Sékou, en trahissant sa cause sacrée, a gravement abusé de sa vigilance, en organisant dans sa capitale, Conakry, à proximité du cimetière national (où reposent en silence des Guinéens et Guinéennes ayant incarné avec dignité et bonheur les nobles idéaux de liberté et de justice), la plus terrible tuerie dans le plus monstrueux camp de concentration, pour éteindre avec un cynisme incomparable, la plupart de ses meilleurs enfants. Sékou Touré croit entrer dans les bonnes grâces du Tout-Puissant Allah, en construisant (après avoir détourné ou volé les premiers budgets mis à notre disposition par un pays frère), à 150 m de ce tombeau ouvert de Boiro, la 4e mosquée du monde par sa capacité, véritable joyau, fierté de notre sainte religion.

    «A la ma ahadi ileykoun yâ bani âdama an la Ataaboudou chaytâneInnahou lakoun adoû-n moubbînn. Wa annouaboudouni haza ciratoun moustakhîm ! walakhad adalla minkoun djibilan kacîran Afalamtakoûnou taakhiloun hazihi djahannamoun lati kountoun touadoûne. »
    « Enfant d'Adam, fils d'Adam ! n'as-tu pas reçu notre message te mettant en garde contre la tentation de chaytâne ton pire ennemi ? celui-ci a déjà guidé nombre de personnes sur le chemin glissant de la perdition parce qu'elles n'ont pas tenu compte de ma mise en garde. L'enfer est votre juste salaire ! Malheur donc à toi Sékou, toi qui t'es détruit, as détruit ta famille et creusé la tombe pour recevoir toute ta descendance ?»

    Malheur à tous ceux qui continuent à sucer le sang du peuple de Guinée, ils sont tous connus parce qu'ils agissent au su et vu de tout le monde, de façon arrogante comme pour lancer un défi à l'esprit de redressement.
    L'arrestation des maîtres-voleurs ne met nullement fin à leurs activités criminelles. On sait que les nombreux complices receleurs des fonds et équipements volés au peuple continuent à fructifier les sommes déjà colossales et, impunément.
    Ils se sentent protégés par une trop grande tolérance du CMRN qui, cependant, en respectant et appliquant strictement la déclaration universelle des droits de l'homme, n'entend pas piétiner, même pour une seconde, la justice qui stipule la réparation de tout tort causé à un citoyen.
    Nous connaissons, le peuple aussi connaît, qui était qui, sous « Alcapone ». Quelques exemples nous édifieraient mieux.
    Nous sommes au Palais du peuple en conférence économique de 1976. Tous les PRL de Conakry, au nombre de 142 à l'époque, sont déclarés déficitaires des suites de la gestion économique en général et celle de la « commande spéciale » d'août 1975 en particulier. Tout le monde, tous les maires, tous les chefs de service des PRL doivent-ils aller en prison ? Doit-on tolérer tous ces agents plutôt politiques qu'économiques en sacrifiant les milliards de sylis théoriques disparus ? Quelle figure ferait le Parti face aux commerçants contre lesquels une guerre sainte a été déclarée en février 1975 ? Le « Responsable Suprême de la Révolution » est-il capable de déclarer l'échec de sa politique économique pour donner raison à ses soi-disant ennemis ? Pour répondre à toutes ces questions, voici comment Sékou stratège procéda. En pleine séance il dit :
    — "Window" est-il là ? Celui-ci répond par l'affirmative.
    Il reprend :
    — Mon compte spécial fait combien ?
    — 950 000 000 de Sylis, répond Window.
    — Je les mets à la disposition des PRL de Conakry pour résorber leurs déficits, conclut le patron créateur de la monnaie syli.
    Applaudissements prolongés.
    Chacun comprend le reste. Quel compte spécial ce Window gérait-il pour le « chef suprême de la Révolution » ? La question doit être posée à Kourouma Daouda dit Window, confident économique et financier de Sékou Touré.
    A l'ex-mairie de Conakry III, le Secrétaire fédéral Alkaly Bangoura (dont Sékou a difficilement validé l'élection), constate qu'un de ses agents, Traoré Faramoudou directeur de l'habitat, fait des malversations. Il condamne cette façon malhonnête de faire de l'intouchable Traoré ! Aussitôt le maire de la commune, secrétaire fédéral de Conakry III reçoit une convocation par l'ex-Ministre de l'intérieur, Son Excellence « Himmler » Moussa Diakité, qui, en trois mots, se démasque sans retenue ni hésitation :
    — Tu veux croiser les fers avec moi ? Eh ! bien touche à Traoré. Comme toi, c'est un chef de service dont tu ne saurais lier les mains. A bon entendeur salut. Vous pouvez disposer .
    On voit comment ces hommes se « respectaient en respectant » ceux qui incarnent l'autorité de leur parti.
    Je n'insiste pas outre-mesure sur le cas de l'ex-directeur de la Cotra qui continue avec la même insolence ses activités « made by me for my friend Siaka », c'est-à-dire : au service exclusif de son frère économique Siaka, bourreau de Boiro.
    Chaque cadre guinéen connaît le rôle de Chérif, l'ex-directeur de l'usine d'alumine de Fria, ou celui de Kamsar, et j'en passe.
    Ne vous croyez pas épargnés les autres ! La liste serait simplement trop longue. Et surtout, ne m'épargnez pas ! Dites aussi tout ce que vous connaissez sur moi, mais soyez objectifs ! Je vous apprends que je n'ai même pas un carnet de ravitaillement alimentaire à Conakry. C'est le marché MBalia et les autres marchés qui sont mes magasins d'achat. En 26 ans, le P.D.G. ne m'a donné qu'un « bon d'achat » — que je n'avais pas sollicité d'ailleurs — ; il s'agit d'une mobylette que le Ministère du Commerce avait attribuée à des « fonctions » (maire, secrétaire à l'économie). Or, par hasard, j'exerçais à l'époque dans un P.R.L. les fonctions de secrétaire à l'économie. J'eus donc cette motoconfort qui, malheureusement, devait être saisie en 1977 après ma 3e arrestation.
    Je dois donc peu de chose au P.D.G. en dehors des années de détention aux Camps Samory, Alpha Yaya et Boiro. Si vous croyez en Dieu et voulez échapper au sort de vos maîtres, un seul conseil : « rendez à César ce qui est à César ».
    Remettez au CMRN tous les fonds volés que vous gérez pour soutenir des familles qui ne méritent que la pendaison n'eût été la clémence du gouvernement de la 2e République. En tout cas, si vous ne vous exécutez pas après ce témoignage, je vais livrer au peuple la suite très sombre du dossier des receleurs dans leurs activités intérieures et extérieures.
    Amendez-vous ! Sinon, je suis prêt à livrer la liste de 52 agents de renseignements, dont 22 tueurs à gage qui étaient à la solde de Sékou Touré.
    L'un de ces tueurs habite le quartier Madina-École sur la corniche nord. Il a beaucoup de moyens matériels et financiers. Il a un passeport diplomatique et avait ses entrées et sorties à la Présidence d'alors et, sous le couvert du sport, il recrute ses adeptes au sein de la jeunesse. Élément très dangereux, voici la copie d'un télégramme qu'il envoie un jour de Londres, en langue Mandingue (malinké) à l'adresse du Président Sékou Touré. Le message était ainsi libellé : « N'nyako, n'daasörö » (Je le suis, je l'aurai). Cela signifie que la personne poursuivie est effectivement suivie et le tueur à gages rassure son patron du succès certain de sa mission.
    Le groupe de six (6) tueurs spécialistes de la piraterie, dépêchés de Conakry pour Bouaké via Monrovia où les éléments ont changé d'identité, et dont la mission consistait à tuer le professeur agrégé de médecine Dr Conté Saïdou, n'a-t-il pas été appréhendé quelque part dans un aéroport sans atteindre l'objectif ?
    Et les deux missions envoyées pour supprimer Dr Diané Charles à Monrovia ?
    Que dire des tueurs qui ont tenté l'enlèvement du professeur agrégé d'histoire Baba Ibrahima Kaké, lors de la visite de Sékou Touré à Paris ? Nous en passons !
    C'est un sursis que j'accorde à tous ces éléments « pendables » qui se promènent dans les rues de Conakry à bord des voitures marquées pour « prix de services rendus ». La commission d'enquête devra poser des questions à Saïdou Keita à propos de la mort de M. Noumoukè Kaba, à qui il a rendu visite à la veille de la disparition brutale de ce compagnon de lutte.
    En plus des nombreux cas de crimes qu'il a sur la conscience, Ismaël 'Béria' Touré devra spécialement expliquer comment ont été tuées et dans quelles conditions les 6 séries de frères que voici les :

  • 4 frères Diane de Kankan

  • 3 frères Bah de Dalaba

  • 2 frères Fofana de Forécariah (Karim et Almamy)

  • 8 frères Coumbassa de Boké arrêtés dont 3 tués

  • 3 frères Camara de Macenta

  • 3 frères Koivogui de Macenta.

    Par ailleurs, Mama Tounkara doit s'expliquer sur la mort d'un de ses frères à Boké et rendre compte des centaines de frontaliers qu'il expédiait de Dakar pour la boucherie de Boiro. Un grand commerçant, transporteur, homme d'affaires, Boubacar Walan doit expliquer l'arrestation du commerçant Demba Traoré résidant à Lomé, après avoir fait des largesses aux membres influents de la famille 'royale' : une mercédès à Amara Touré à Faranah une voiture Volvo à Kalagban de l'argent aux autres.
    Amara, le tyran de Faranah doit expliquer la mort de Sagno Mamadi qui lui a simplement dit que le P.D.G. n'était pas une affaire de famille (c'est ce qu'il croyait) et qu'en conséquence, s'il doit appartenir à un organisme dirigeant du Parti, il faut qu'il le mérite. C'est à la suite de cette vérité élémentaire que nous avons perdu ce vaillant fils du pays.

    Facély II Mara : pourquoi avez-vous demandé une médaille pour les rescapés de Boiro et leurs épouses ?
    Almamy Fodé Sylla : pour les détenus politiques, rescapés des camps de concentration, vétérans de la guerre 1958-1984, point n'est besoin de donner les raisons pour lesquelles la 2e République doit leur décerner la médaille de compagnons de la liberté et à leurs épouses (à certaines bien entendu), celles de fidélité au peuple.
    Comme les anciens combattants des deux guerres mondiales, médaille de l'ordre national, voyez les nombreuses cicatrices dans nos mains, sur les bras, le front, le dos, les pieds, les jambes, les séquelles de l'électrochoc, etc.
    Même à l'intérieur du Camp, au Bloc central no. 1, une fois passé le douloureux cap de diète d'accueil — 5 à 15 jours sans boire, ni manger, période d'isolement dans les étroites et sordides cellules métalliques, moment très dur —, de mémoire d'homme il n'en a existé nulle part ailleurs que dans les « célèbres » camps nazis. Lorsqu'un détenu (dont on a augmenté le nombre de jours de diète de 4 x 2 soit 8 jours supplémentaires) a, par la grâce de Dieu, réussi cette douloureuse épreuve en attendant d'être indiqué par les charlatans comme sacrifice nécessaire au maintien du pouvoir dictatorial de Sékou avide de sang, il a désormais droit à l'attente de son « jour » de départ soit pour la ville soit pour la tombe. A ce niveau-là, le détenu change de cellule et les géôliers qui nous torturaient hier, c'est-à-dire pendant les interrogatoires, ceux-là dont la seule présence devant la cellule faisait penser à la mort, ces tortionnaires endurcis, désormais éclairés par la résistance dont chaque détenu vivant a fait preuve, commencent à se ressaisir en pensant à la « possible possibilité » de retrouver dans les rues de la « liberté » leurs victimes d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'un tortionnaire du Camp de Labé, un adjudant para-commando, donna des conseils de sagesse à ses subordonnés qui brutalisent les hauts cadres arrêtés en 1961 : «
    — Méfiez-vous ! La politique c'est dangereux ! C'est le bas et le haut ! Faites attention à ces gens-là qui peuvent un jour sortir d'ici et occuper les mêmes fonctions importantes dans la vie sociale ! Contrôlez même vos propos ! Innalaha maa saabirine (Dieu est pour les patients) ! Nyallugol takkaade no bhuri dawgol yolaade, mieux vaut côtoyer patiemment une rivière que de se laisser noyer par empressement, dit le proverbe peul. » Cela veut dire qu'il vaut mieux, dans la vie, se hâter lentement comme a dit Boileau dans son Art Poétique.
    L'amorce faite par le CMRN en restituant aux détenus les maisons qui leur ont été arbitrairement retirées, est suffisamment significative et rassure les uns et les autres que la vérité et la justice seront réhabilitées, avec elles les heureux détenteurs.
    D'autre part, le peuple qui est, après Dieu, le meilleur juge, nous connaît, avant, pendant et après notre détention. Il a longuement observé le comportement de chacun des membres de nos familles. Il a constaté que certains étaient plus prisonniers que nous, notamment nos épouses, à la fois méprisées, torturées, humiliées mais aussi convoitées par nos ennemis communs. Pour asseoir l'idée qu'il faut récompenser le courage. la fidélité et la combativité de ces pauvres femmes qui se sont retrouvées un beau matin reniées par toute la société, y compris les siens, expropriées. démunies de tous les biens matériels, enfin jetées dans les rues leurs nombreux enfants entre les bras, il suffit de se remémorer les dates inoubliables de janvier 1971 (période de chasse à l'homme) de février 1975 (un autre épisode de la tension permanente, cette fois-ci spécialement dirigée contre tous les « nantis » (notamment les commerçants), et celle d'août 1977, avec le soulèvement des femmes à Macenta, Gueckédou, N'Zérékoré, Mamou, Labé, Fria, Kindia, Forécariah, Coyah et Conakry, où les épouses des « comploteurs » étaient encore les meilleures cibles après les marchandes insurgées.
    Les bourreaux ont poussé le scrupule jusqu'à prononcer, par un décret du Chef de l'État, le divorce d'entre les conjoints dont l'un était illégalement détenu ou tué, et l'autre (la femme) naturellement objet de convoitise aboutissant quelquefois à des scènes de rue, des duels de gladiateurs entre tortionnaires (pourtant tous mariés).
    Siaka Touré, bourreau et son « scribe », Bembeya, peuvent attester de l'authenticité de cette déclaration. Parmi ces nombreuses héroïnes dont nous avons déjà parlé dans notre premier témoignage, il faut insister sur le cas de Mme veuve Bangoura Karim. Cette dame, comme beaucoup de ses soeurs de mêmes conditions, a connu des moments terriblement durs. En effet, renvoyée de sa propre maison après l'arrestation de son mari, elle a été obligée d'accepter la condition inacceptable de locataire (et ce, après revendication de sa qualité de fonctionnaire qui a droit au logement) dans une maison qu'elle a proprement construite avec son mari. Quel scandale ! décidément on verra du tout en Guinée !
    Mme Kaba née Fatoumata Kôlè surnommée « Tout-passe » (c'était son auto-conseil après l'arrestation de son mari, répétant à tout ami qui la plaint « ça va passer, et effectivement « ça a passé ») a vu toutes les couleurs à Tougué, sa préfecture natale. Plusieurs fois arrêtée, emprisonnée, elle a toujours répété son calmant « ça va passer ». C'est l'occasion de remercier vivement toutes les personnes qui, comme M. Youla Almamy Oumar, Elhadj Aboubacar Lakhata Camara et tant d'autres, se sont chaleureusement occupées des familles des détenus.

    Facély II Mara : ne connaissez-vous aucune famille brimée en Forêt ?
    Almamy Fodé Sylla : Oh si ! je ne pouvais pas citer toutes les familles. Car en vérité c'est l'ensemble du peuple de Guinée qui a supporté le poids combien écrasant de la dictature noire de Sékou Touré. Il n'a épargné aucune famille, aucune couche sociale, aucune catégorie professionnelle, aucun homme, aucune femme.
    Il était aussi admiré que craint et, depuis qu'il a terrorisé les populations musulmanes de Guinée par 78 pendaisons publiques en 1971, acte malheureusement toléré par certains Chefs d'État sur qui nous comptions pourtant en raison de leur culture, leur longue expérience politique, leur sagesse, leur audience internationale.
    Et surtout, Sékou ayant obtenu l'effet recherché à l'intérieur, à savoir scandaliser le peuple par ce crime d'une horrible cruauté, s'est tout bonnement vu décerner le prix d'excellence en boucherie humaine. Quelle horreur ! quelle barbarie ! quelle laideur ! Quel peuple aurait résisté à une telle exhibition d'êtres humains empalés la tête en bas, regardant cette terre de Guinée, des corps inertes frappés pour la dernière fois par la brise marine de Conakry, la mousson du sud, l'harmattan du Centre et les alizés du nord ? (les pendaisons ont eu lieu sous forme de manifestation populaire dans chaque préfecture).
    Malgré lui, le peuple a chanté les louanges du tyran, qui a exigé cela comme preuve d'adhésion à ces crimes. Et, quant aux femmes et enfants des malheureuses victimes, « Alcapone » exigeait que chacun chantât et dansât sous le corps du mari ou du père. Quel cynisme que Ramsès II, Képhren, Sargon, Assourbanipal auraient qualifié de monstrueux et d'inimaginable !
    Il n'était pas donné à Sékou de se tailler une place d'honneur aussi bien dans les rangs du R.D.A. qu'au sein de sa section guinéenne sans l'appui total de certaines familles, de cadres politiques, administratifs, syndicaux et locaux dont le rayonnement et l'influence politico-sociale étaient déterminants à l'époque. C'est justement toutes ces familles, tous ces cadres, qui ont activement pris part à la création du mythe Sékou. Ce qui en fera l'homme politique de premier plan. Mais malheureusement toutes ces familles et tous ces hommes, toutes ces braves femmes ont été récompensés par la prison si ce n'est pas par la mort. Sékou Touré a donc été parfaitement régulier dans son caractère, rigoureusement identique à lui-même.
    Jamais, un seul jour, il n'a agi de façon désintéressée. Son génie semble avoir pour tabou (totem) la reconnaissance du bienfait : pour lui, il faut se servir de l'homme comme d'un instrument de travail et pour cela, utiliser tous les moyens, bons ou mauvais pour parvenir à ses fins. Sa vie durant, Sékou Touré a couru derrière trois choses qui ne l'ont cependant jamais rassasié jusqu'à sa mort. Ce sont : l'argent, la femme, l'honneur.
    Sa supériorité par rapport à tous les hommes de la terre réside dans son comportement amoral que n'accepte aucun homme normal : sans scrupule, sans pudeur, Sékou n'a jamais éprouvé le moindre frisson en trompant ses semblables par d'éternels mensonges. Il vous approche, vous met en confiance par un poste élevé dans son fameux Parti-Etat (afin que la chute soit plus violente, entraînant des brisures irréparables). Et, une fois qu'il sait un tel cadre sans méfiance, qui se dévoue entièrement à sa cause, n'a plus de réserve pour lui, puisqu'il le considère plus qu'un frère, il a plaisir à faire du mal en lui fauchant l'herbe sous les pieds.
    De Beyla à Conakry, de Dakar à Paris, que de chemin parcouru par Sékou Touré jetant dans la poubelle tous ses soutiens… L'on peut se demander comment un Sékou Touré de Faranah pouvait-il bien se faire élire conseiller territorial de la Guinée française sur la liste de Beyla ?
    En 1954, avec la bénédiction du Gouverneur général de l'A.O.F. Benard Cornut-Gentille, Sékou est lancé sur l'arène politique. Avec des idées et des intentions ignorées de tout le monde : c'est le louveteau, véritable monstre naissant. Il le prouvera quelques années plus tard tant à l'égard de Beyla que de Cornut-Gentille.
    Que dire de tous ces cadres qui l'ont accueilli à Conakry, en véritable fils pour les uns et frère pour les autres ? Où est le doyen Ibrahima Touré de Boulbinet ? Manè Dâti de Koundara, cet instituteur, fondateur du R.D.A. dans cette localité qui, après avoir été un jour violemment pris à partie par le commandant de cercle à propos du R.D.A., adresse au Gouverneur Ramadier à Conakry un rapport circonstancié dont l'étude aboutit au rapatriement immédiat du Commandant ? Ce grand combattant, comme tant d'autres, a été purement et simplement jeté dans la poubelle comme une peau d'orange — et cela, parce qu'il a la chance, car il aurait dû être tué au même titre que la plupart des cadres-fondateurs du Parti.
    Il faut préciser que seul Dieu a épargné certains cadres pour en faire des témoins. Que dire encore de M. Bangoura Kassory, fonctionnaire à l'époque à Dakar, et qui sauva de justesse une décisive situation de M. Sékou Touré ?
    En effet, après les élections législatives de 1951, Sékou n'est pas élu en Guinée. Il prépare donc précipitamment un voyage de revendication sur Paris, rue Oudinot. Mais comme il est fiché « élément dangereux, agitateur véhément, agent indiscipliné, politicien sans politique, etc. » les consignes le concernant sont données à tous les niveaux. On sait qu'après la publication des résultats électoraux, M. Sékou Touré voudra se rendre auprès de ses amis à Paris. Il faut donc tout faire pour l'en empêcher (sans enfreindre bien entendu à ses libertés fondamentales), mais agir de façon légale où les consignes n'apparaîtront pas. C'est ainsi qu'arrivé à Dakar, notre politicien de Conakry, avec son éternel chapeau anglais, se présente à Air France. Dès qu'il décline son identité, l'agent fait semblant de s'occuper de lui en allant dans le bureau voisin. Il revient quelques minutes plus tard s'excuser auprès de son « cher client ». Celui-ci, devenu plus noir que le charbon, sort de là pour se rendre à la Compagnie de transports maritimes Fabres & Fressinet, où il rencontre la même opposition, empreinte de courtoisie déférente : «
    — Nous sommes désolés M. Sékou, nous regrettons de ne pouvoir voyager avec vous, nous n'avons plus aucune place.
    Complètement atterré, ne sachant où donner de la tête, M. Sékou se souvient d'un ami M. Bangoura Kassory (17 ans de séjour à Dakar, très connu dans tous les milieux, aimé de tout le monde à cause de son amabilité et de sa sympathie). Après ses explications, M. Bangoura calme son ami, lui donne l'assurance de faire le nécessaire et, se prenant par la main les deux hommes se rendent à Air France où s'engage un véritable combat de coq :
    — Bonjour M. Roger !
    — Bonjour M. Bangoura
    — M. Roger, veuillez m'inscrire pour Paris, aller simple s'il vous plaît.
    — Il n'y a pas d'obstacle à cela M. Bangoura. Pour quel jour voudriezvous voyager ?
    — Par le premier avion, M. Roger s'il vous plaît
    — Alors, c'est réglé. Le nom, c'est M. Bangoura ? (M. Bangoura qui sait que le seul mot Sékou évoqué peut compromettre toute la situation, donne un nom composé, amalgame de deux noms plus deux prénoms)
    — Écrivez Bangoura Sékou Kassory Touré
    — Oh M. Bangoura, quelle longueur dans votre nom
    — Vous savez M. Roger, en Afrique, les prénoms sont très nombreux.
    — C'est enregistré, M. Bangoura.
    Et M. Sékou, coiffé de son chapeau noir et portant une paire de lunettes obtint un billet d'avion et put ainsi se rendre à Paris où des amis, les députés de la gauche, l'attendaient pour défendre ses intérêts politiques qui vêtre déterminants dans l'avenir du jeune leader.

    Astakhfiroullah ! Rabbana Zalamouna anfoussana wa illamtakhfirlana wa tarahamouna lanakoûnanna minalkhâcirina (Oh Dieu l'Éternel, pardonnenous à cause de notre ignorance ! Pardonne à tous ceux qui ont sincèrement aidé le dictateur à monter sur le trône ! Ils sont très nombreux et ils se recrutent dans tous les pays, dans toutes les races).

    En effet, de Moscou à Bucarest, de Sofia à Berlin Est, de Bruxelles à Paris, de Brazzaville à Tananarive, de Casablanca à Niamey, de Ouagadougou à Dakar, partout dans le monde, Sékou a eu de fervents admirateurs qui l'ont ardemment soutenu sans le connaître jusqu'à sa mort. « L'homme est un véritable inconnu connu ».
    Que n'ont-ils pas fait, MM.

  • Jean Faragué à Labé

  • Mamadi Traoré à Faranah

  • Salifou Sane à Boké

  • Ibrahima Touré à Boulbinet et à Coronthie

  • Amara Gasparis à Koba

  • Mory Camara à Macenta

  • Thiala Gobaye et Mané Dâti à Koundara

  • Mamadou Bâdy Baldé à Tougué

  • Amiata Madi Kaba et Sory Condé à Kankan

  • El Hadj Fofana trésorier du Parti à Conakry

  • Himy Touré à Forécarlah

  • Édouard Fernandez à Dubréka

  • Abdoulaye Chalhoub et Bembé Mamy à Ouassou

  • Doumbouya Kouramodou et Keita Fodéba à Siguiri, etc.

    Nous savons le sort que Sékou a réservé à chacun de ces fondateurs qui ont tout sacrifié pour que vivent et se consolident un Parti et un homme qui ne sont différents du Parti démocrate-social et d'Hitler Adolf que par leur refus systématique de souscrire à un programme de développement économique viable.
    Si César avait raison de dire « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu — veni, vidi, vici », Sékou n'aurait pas tort de dire « Je suis venu, j'ai vu, j'ai détruit le pays et ses meilleurs fils ».

    7. Des dessous de la carte du tyran

    Écoutez d'abord quelques déclarations de M. Sékou Touré, le tribun :

    « Nous avons, quant à nous, choisi la voie de la vérité. Nous mourrons dans cette voie. Nous ne sommes pas des chefs de canton, qui ne parlent qu'une ou deux fois dans l'année. Nous voulons construire la nation : pour cela, tous les jours, nous diffuserons à la radio l'idéologie de la justice et de la vérité.
    La valeur de l'homme dépend de son utilité pour le progrès de la société. La première richesse de l'homme c'est la vérité et la justice. Seule la vérité ne meurt pas. Quand on veut vivre éternellement, on doit choisir la vérité. Le P.D.G. c'est le Parti de la vérité et de la justice. Nous n'avons peur que de Dieu qui nous a créés. On ne peut pas vivre de vol et être ême temps un musulman. Il faut travailler ici-bas, pour qu'à la mort les gens vous pleurent ; mais si un homme ne fait que voler, mentir, s'il symbolise tout ce qui est mauvais, toute la famille aura honte de sa conduite, son titre de guinéen sera même contesté par les militants du P.D.G.
    A sa mort, est-ce que tout le monde ne sera pas content ? Nous voulons mettre fin au mensonge, au vol, à la fainéantise. Nous voulons, en un minimum de temps, être à même d'électrifier tous nos P.R.L., les équiper tous en matériel de travail, en petites usines, en fabriques pour pouvoir transformer sur place nos matières premières. Nous voulons construire l'avenir. Au rendez-vous de l'histoire, nous verrons qui a eu tort et qui a eu raison. Notre unique force c'est la vérité. Nous mourrons avec elle, car un homme qui ment à son pays c'est-à-dire au souvenir des morts, aux vieux, aux pères, aux mères, aux enfants pour son intérêt particulier, ne mérite que mépris et pitié. Descartes, en disant « Distinguons le vrai d'avec le faux pour voir clair en nos actions et marcher avec assurance en cette vie », a indiqué à tous les hommes, à tous les Peuples la manière scientifique de marcher en la vie sans erreur » (Unité nationale. pages 33-35, 37, 97-109-110, 113 -117, 129-148).

    Écoutons encore M. Sékou Touré en Juin 1949, contrecarrer les intérêts supérieur du peuple de Guinée :

    « A l'occasion des élections des Sénateurs, les masses de tous les groupements ethniques, jointes à celles du P.D.G., ont affirmé sans équivoque leur commune position quant à l'élection d'un africain authentique du 2e collège. Mais hélas ! excepté les élus du P.D.G. et certains élus honnêtes tel que Mamadou Camara, conseiller de la Haute-Guinée, les autres conseillers parmi lesquels deux députés de la Guinée française, ont voté contre la volonté du peuple et ont ainsi, dans un climat de trahison ignoble, contribué à l'élection d'un gouverneur des colonies, Saller, frère du chef de cabinet du gouverneur Roland Pré. Quel scandale ! Quelle trahison ! »

    Précisons que les conseillers, députés de la Guinée française que condamne M. Sékou Touré sont les mêmes qui ont approuvé le projet d'urbanisme de la ville de Conakry sous la bannière du gouverneur Roland Pré, dont tout le peuple de Guinée se souvient des efforts louables dans l'urbanisation systématique de Conakry. Le même Sékou qui prétendait faire le bonheur des guinéens, a écrit dans le journal « Réveil » no. 368 du 13 juin 1949.

    « Le projet d'urbanisme de la ville de Conakry n'est, à vrai dire, qu'un projet de déguerpissement des populations africaines. Il faut refuser ».

    Poussées par Sékou, les innocentes populations de Conakry ont opposé le refus « sékoutouréen », bien présenté mais cachant des intentions sataniques. Alors que le programme de construction de Roland Pré prévoyait l'édification en hauteur de la ville de Conakry des buildings à 3 étages sur toute l'île Tumbo. Tout le monde sait aujourd'hui celui qui avait raison entre les députés, conseillers de la Guinée française et M. Sékou Touré.

    8. Quelques faits historiques

    Au cours d'un grand meeting populaire tenu au palais du peuple en 1968, les militants du P.D.G. de la capitale s'indisciplinèrent notoirement. Ce qui n'enchanta pas le dictateur, qui aggrava la situation en menacant par de violents propos. Il n'obtint point le calme. C'est alors que M. Keita Fodéba, Ministre de la défense nationale 2, se leva, distribua des ordres impératifs à 4 officiers de se mettre en état d'alerte en prenant position aux portes d'entrée de la salle. Les populations voyant cette réaction de l'homme des militaires se tinrent tranquilles, permettant ainsi à M. Sékou de continuer ses jeux de mots. Ayant mis M. le dictateur en minorité, prouvant son incapacité à calmer ses auditeurs en début de révolte, M. Fodéba Keita venait de signer son propre acte de décès car, quelques jours plus tard, le tyran devait confier à un de ses intimes, un certain Fernand, en parlant de Fodéba : « il sera arrêté et liquidé car il se croit déjà trop fort et il ose le prouver ostensiblement ! ». Si le garde du corps surnommé De Gaulle a aidé Sékou à égorger une de ses sentinelles, ce n'est pas la seule victime dont M. Sékou Touré a recueilli le sang dans une calebasse blanche pour des fins occultes. Signalons entre autres, le cas de cette fillette que deux gendarmes complices ont envoyée à Sékou et qui n'est plus jamais ressortie du palais. M. Sékou Touré croyait éliminer tous les témoins, oubliant que « walâ hawlâ walâ quwa tan, illâ billâhi alhalyoul azîme » (l'homme ne peut rien en dehors de Dieu le Puissant).
    Et cette autre victime que M. Sékou a égorgée de sa propre main aidé d'un gendarme, qui s'est enfui dès le lendemain matin pour la Côte-d'Ivoire, d'où il peut témoigner s'il n'est pas prêt à rentrer en Guinée ?
    Assassins de tous les pays, apprenez cette vérité élémentaire : partout, l'homme vit en étroite compagnie de Dieu et, jamais un assassin n'a commis sont forfait que sous l'œil vigilant et attentif d'un chasseur à l'affût, ou d'un promeneur solitaire ou de toute autre personne à qui Dieu le Tout-Puissant montre la scène avec J'acteur du drame car, c'est toujours devant un homme-témoin qu'on tue un autre homme. Par ailleurs, c'est le moment d'interroger la vieille sorcière assoiffée de sang, la mère dAndrée, cette Hadja responsable de beaucoup de crimes, de nous dire où se trouvent cachés à Macenta la jeune fille momifiée et les autres produits macabres de l'ex-chambre secrète de son beau-fils Sékou Touré. Dans ce témoignage, nous ne dénonçons pas encore nommément les nombreux complices du dictateur qui, après avoir commis toutes sortes de crimes, continuent à jouir du produit de leurs sales besognes avec l'insolence et l'arrogance impardonnables. La plupart des femmes des anciens dignitaires font, avec leurs grands enfants, la pluie et le beau temps dans les rues de Conakry, dans les services et à l'extérieur de la Guinée. La femme de Ismaël 'Béria' Touré s'amuse impunément avec ses fonds volés, dont elle retire souvent des montants importants à la Banque.
    Certaines de ces femmes complices de leurs maris criminels ne sont-elles pas allées à Kindia faire du scandale ?
    C'est pourquoi il faut juger ces bandits et libérer la ville de Kindia où ils vivent grassement non pas en criminels endurcis, mais en véritables détenus politiques, alors qu'ils ne méritent pas ce statut.
    Les femmes d'Abdoulaye Touré, de Mouctar Diallo, de Moussa Diakité, de Mamadi Kaba, de Siké Camara, de Karim Keira, etc., ne provoquent-elles pas par de propos malveillants ? :
    — Nous n'avons plus peur nous aussi, nous nous préparons conséquemment.
    Voilà le propos qu'une de ces femmes dignitaires a tenu quelque part !
    Attention ! Que ces ennemis du peuple cessent de nous braver, hein ! Nous n'avons pas eu peur de leurs maris qui tenaient le canon contre nos poitrines nues. Cessez ! Vous en avez intérêt ! N'abusez pas de la trop grande liberté que vous laisse le CMRN.

    La libération, peu attendue, de vos maris ne doit point vous tranquilliser. Car le tribunal de l'histoire est impitoyable ! Mory Senkoun Kaba doit nous dire ce qu'il faisait auprès de l'ingénieur Noumouké Kaba, de jour et de nuit, quand celui-ci a été libéré de Boiro. S'il s'occupait fraternellement de lui, pourquoi ne continuerait-il pas à manifester les mêmes sentiments à l'égard de la famille de son « ami et frère » mort, ou plutôt tué selon l'avis du public ?

    9. Qui a tué Balla Camara ?

    La révélation vous donnera la chair de poule. M. Balla Camara, administrateur civil de la F.O.M. (France d'Outre-Mer), exerçait les fonctions très importantes de commandant de cercle en Haute-Volta (Burkina Faso). A l'accession de la Guinée à l'indépendance, il a cédé aux instances de ses amis, notamment M. Mory Camara, et aussi à l'appel incessant du destin, représenté par la famille, et surtout par « Syli-Sékou », qui l'invitait en patriote à tout abandonner pour le service du jeune état guinéen. Ce que Balla Camara fit avec plaisir en rentrant en Guinée, où la patrie, les amis et surtout le devoir à l'égard d'une vieille mère dont il est l'unique enfant l'attendaient impatiemment.

    Allahou Akbarou ! L'homme ne peut rien contre le destin.
    Soub hanallah wal hamdoulillâhwa la illâ ha illahâh wallâhou akbarou yafoua — Loû mâ youridou — innalâha yâ koumou ma youridou wallâhou alâkoullou chayn kha dîroun ! (Sainteté — Hommage à Dieu, seule divinité qui agit selon sa seule et irréversible volonté, parce que Suprême et absolu).

    Enthousiaste, farouchement déterminé à travailler pour son pays, prouver que la science, la technique, l'art, la technologie ne sont l'apanage d'aucun peuple, encore moins d'un homme, notre administrateur, expert financier, Balla Camara est venu rejoindre sa terre natale, qui devra bientôt le recevoir en son sein, sacrifié par la jalousie et la haine d'une famille réprouvée à jamais par tous ceux qui en apprendront la malheureuse histoire. En effet, en bon citoyen guinéen qui a son mot à dire sans démagogie, M. Balla Camara sera victime de sa franchise. C'est ce que penseront ses amis alors que, patiemment, méthodiquement Sékou avait depuis longtemps préparé sa perte, la famille Touré et son alliance, la famille Kourouma, le sacrifiant comme ce fut le cas de M. Diallo Ibrahima, El Hadj M. Lamine Kaba imam de Coronthie et tant d'autres fils de ce pays.
    Sékou arrête donc Balla Camara à la suite d'une explication répliquée de ce dernier au Palais du Peuple à Conakry. L'Almamy Ibrahima Sory de Mamou, ancien chef supérieur de la branche Alfaya du Fouta-Djallon, que Sékou avait choisi pour père adoptif, apprenant l'arrestation de Balla Camara, vient précipitamment à Conakry, rencontrer son illustre fils adoptif pour intercéder en faveur de l'inculpé. Sékou promet de le libérer très prochainement.
    L'Almamy, retourne, fier de lui-même et de son « fils ».
    Un instant plus tard, l'avion qui est allé chercher la mère de la première Dame, notre « belle-mère chérie », atterrit à l'aéroport de Conakry avec l'importante passagère à bord. Après les salutations d'usage, le beau-fils sans tarder, engage la conversation :
    — C'est à cause de vos liens avec Balla que je vous fais venir (la mère d'Andrée et celle de Balla sont en effet des soeurs), Pour vous apprendre l'insolence dont Balla s'est rendu coupable à mon endroit, publiquement au Palais du Peuple » devait déclarer Sékou Touré.
    La Hadja dont la « sagesse » se devait de sauver son neveu a malheureusement déclaré :
    — Dieu te livre l'ennemi qui cherche à te détruire, qu'attendras-tu pour le liquider » ?
    O ! vanité des vanités ! passion des passions ! Ca y est ! L'issue en est trouvée ! La belle-mère venait de sacrifier son propre neveu. Et, pour la première fois, il faut rendre témoignage à la vérité, Andrée n'a pas approuvé la position de sa mère, qui venait d'occuper cependant une nouvelle place de choix dans le coeur de son illustre beau-fils, qui a toujours cherché des complices pour ses crimes.
    Balla a donc été condamné suivant le verdict de sa propre tante.
    S'il est vrai que le comportement de Sékou était très déroutant, il n'a cependant trompé ses collaborateurs que pour un petit moment, jusqu'au séminaire de Foulaya (Kindia, décembre 1962) préparant le 6e congrès du P.D.G., où le masque du tyran est tombé, laissant apparaître nettement ses idées anti-démocratiques et son intention de dominer en véritable maître. En effet, quand il a été mis en minorité par les congressistes à Foulaya, il n'a pas pardonné à ceux qui en étaient les auteurs. Tous, un à un, ont été tués dans les différents pseudo-complots. L'on ne pouvait pas comprendre à l'époque, qu'en qualifiant, sa fameuse révolution de globale et multiforme, Sékou Touré s'adressait à lui-même mais dans un langage d'initiés inconnu des profanes.
    Tous ceux qui ont approché l'homme, savent que le lâche avait si peur qu'une feuille morte qui le surprenait par sa chute, pouvait le faire fuir. Et, lorsqu'il se sentait en sécurité, il criait à tue-tête ses slogans de bravade et d'intimidation.
    Pour illustrer cela, le voilà le jour de l'agression du 22 novembre 1970. Son garde du corps, le Commandant Zoumanigui, qui l'a servi fidèlement pendant 10 ans, après les premiers coups de feu, se fait accompagner de son aide de camp, le capitaine Doumbouya, pour venir assurer la sécurité du Chef de l'Etat. Blotti quelque part Sékou Touré ne s'attend qu'à des ennemis quand il voit arriver, l'air farouche, deux officiers supérieurs dont il ignore l'intention. Le « fier Syli-Sékou, le plus courageux des hommes, qui disait n'avoir peur que d'avoir peur », se met à trembler à la vue de ceux-là mêmes qu'il a toujours cherché à convaincre de son inébranlable courage et de son invincibilité physique et morale.
    — Ne me livrez pas à la colère du peuple, tuez-moi sur place je vous en supplie, fredonna le Commandant en chef des forces armées populaires et révolutionnaires, le timonier en « carton », de la Révolution guinéenne. Oubliant qu'il est musulman, Sékou se met à invoquer Dieu par la Sainte vierge Marie, mère des malheureux, « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni »…
    Zoumanigui sentant que son patron délire, et réalisant toute la gravité de la situation, se met au garde-à-vous en prononçant le mot d'ordre de soumission et d'obéissance militaires :
    — Commandant Zoumanigui Kékoura, chef d'État-major de la gendarmerie nationale, garde du corps du Chef de l'État, accompagné de l'aide de camp le capitaine Doumbouya ; après avoir entendu plusieurs coups de feu d'armes de guerre et détenant la preuve irréfutable d'une attaque extérieure, venons assurer votre sécurité personnelle et celle de votre famille ; à vos ordres pour toutes fins utiles.
    — Mettez-vous à l'aise, devait difficilement dire le « Responsable Suprême de la Révolution », qui venait de s'humilier devant deux de ses subordonnés. La balle est partie, trop tard ! on ne peut plus la rattraper !
    Zoumanigui et son compagnon, dans l'exercice de leurs fonctions, malheureusement venaient de signer, comme Fodéba, leurs actes de décès. Car Sékou Touré n'entendait laisser aucun témoin de ses malheureux moments de faiblesse.
    Sachant ce que nous venons de dire, l'on peut se demander comment Aly Bangoura, alors Chef du Protocole à la Présidence, Fily Cissoko Ministre des Affaires étrangères, plusieurs autres cadres dont Sény la presse et moi-même, avons échappé à la mort, alors que nous avons été témoins de la plus grave humiliation du dictateur le 28 août 1977 au Palais du Peuple où les femmes de Conakry III, déchaînées, ont voulu le lyncher n'eût été notre intercession. Là encore, la réponse est très simple.
    C'est Dieu le Tout-Puissant qui nous a sauvés, car il n'est pas toujours donné aux assassins d'éliminer tous les témoins.
    En continuant les éléments d'information, l'on se souvient du Coup d'État militaire de Mali en 1968. A l'annonce de cet événement, le « Responsable Suprême de la Révolution » réagit violemment en ces termes : «
    — C'est bien fait pour Modibo Keita, je le lui avais dit. A Bamako toutes les boutiques sont achalandées de marchandises, l'on ne manque de rien au Mali. Il s'est si bien occupé de son peuple que l'armée a fini par s'occuper de lui. Je lui avais conseillé d'utiliser le ventre comme arme politique. Il ne m'a pas cru. Tant pis pour lui. Tant que le peuple cherche de quoi manger et se vêtir, il ne s'occupera que de cela, vous laissant la paix qui durera tant que durera la situation de pénurie générale.
    Plusieurs de ses Ministres sont témoins de ces déclarations passionnelles, profondément inhumaines de M. Sékou Touré, ami personnel de M. Modibo Keita.
    D'autre part, il est très difficile d'épuiser le chapitre des crimes « d'Alcapone » de Guinée.
    C'est pourquoi nous proposons au CMRN la constitution d'une Commission nationale de recueil et de rencensement des crimes de Sékou, depuis ses crimes d'enfance jusqu'aux sacrifices humains, qu'il a immolés lui-même ou fait immoler par d'autres complices. Une telle œuvre constituerait l'un des monuments écrits les plus imposants de notre siècle, car si les hommes peuvent falsifier l'histoire dans une de ses toutes petites séquences, ils sont cependant incapables d'en modifier le cours.
    Les Nazis ont déclenché la 2e guerre mondiale en la soutenant par la science et la technique.
    Sékou et ses complices ont, en temps de paix et de manière paisible, déclenché la plus effroyable guerre, celle que sous-tendent le mensonge et la duperie et, par laquelle un seul a le canon et tire sur des gens non armés, sans bouche, les yeux également bandés. Il ne l'a réussi que par de gros mensonges, car, comme a dit Marx : plus le mensonge est gros, plus on y croit !
    Le choix de Nuremberg pour le procès des grands criminels de guerre nazis n'était pas l'effet du hasard. Cette ville existe depuis plus de 900 ans et, pendant des siècles, elle a symbolisé la politique de conquête, les diètes de l'empire y siégeaient souvent et c'est à partir de là quétaient gérées les affaires du Saint-Empire Romain.
    A partir de 1356, en vertu de la bulle d'or de Charles IV, tout nouvel Empereur devait réunir sa première Diète (Conseil) de l'Empire à Nuremberg.
    Pour les hitlériens, le « Saint-Empire Romain » était le 1er Reich (Domaine) Allemand, celui que Bismarck fonda en 1871 étant le second Reich. Ils se considéraient eux-mêmes comme les fondateurs du 3e Reich, millénaire. Nuremberg devint donc le symbole du Reich, la capitale du Parti nazi. C'est dans cette ville que se trouvait le lieu traditionnel des rassemblements fascistes.
    Pour démystifier ce qui la rendait célèbre, on décida d'organiser dans cette ville, le tribunal chargé de juger les criminels du nazisme.
    Pour de semblables raisons historiques je propose que le tribunal spécial chargé de juger les criminels du P.D.G. soit organisé au sein-même du tristement célèbre Camp Boiro.
    Pour indiquer toute l'importance d'un tel tribunal, je rappelle à l'intention des amateurs de l'histoire quelques éléments d'information sur les assises de Nuremberg :

  • Le procès a été ouvert le 20 novembre 1945 pour prendre fin le 1er octobre 1946.

  • Le tribunal, composé des magistrats des puissances alliées, a tenu 403 audiences publiques.

  • Les protocoles ont couvert 16 000 pages.

  • Les accusateurs ont présenté 2 630 documents,

  • les avocats 2 700

  • 240 témoins ont été entendus

  • 300 000 dépositions écrites faites sous prestation de serment ont été étudiées

  • 27 000 mètres de bande sonore

  • 7 000 disques ont été utilisés pour enregistrer tout le déroulement du procès.

    Ceci donne l'idée du sérieux avec lequel l'humanité, lasse de deux grandes guerres, qui ont tué plus d'hommes que la maladie et la faim ne l'ont fait en 500 ans, a préparé ce procès, unique exemple dans l'histoire, connu de moi, en vue de prévenir toute velléité d'ériger le racisme en système de gouvernement.
    Or, au su et au vu de ces mêmes puissances, cette fois-ci mieux organisées à l'O.N.U., et sous l'oeil complice de certains africains, qu'un homme infiniment supérieur à Hitler (qui ignorait une arme efficace, l'irrationnel) organise son peuple, et l'éduque dans une idéologie de peuple supérieur. La Guinée a un sous-sol extrêmement riche, cela s'entend, mais dire que c'est le pays le plus riche du monde relève de cette idéologie de superlatif absolu. Il pleut en Guinée, c'est vrai. Il tombe plus de pluie en Guinée que nulle part ailleurs (?). Cela signifie que la Guinée est un pays élu (?). Or croire que la vérité ne se trouve nécessairement nulle part ailleurs que dans son propre milieu racial ou national est une utopie et une insuffisance intellectuelle grave.
    Cet homme ondoyant crée un mythe autour de lui. Il se fait passer pour le plus grand défenseur des opprimés, des pauvres (parce qu'ils sont les plus nombreux partout dans le monde). Il affiche un amour tyrannique pour sa patrie alors que lui-même sait que s'il a une patrie, ce n'est en tout cas pas la Guinée, dont il se réclame. Il arrache, par ses tonitruantes élucubrations, l'admiration, l'estime et finalement l'amour des Guinéens, surtout des Guinéennes et des autres peuples qui ne le connaissent que par ses discours, aussi véridiques que vigoureusement engagés sur la voie théorique de la défense des intérêts supérieurs des hommes et des peuples.
    Assuré donc de tous côtés, le « Responsable Suprême de la Révolution » peut librement agir avec la bénédiction des uns et des autres.
    Les conditions de base ainsi créées. Sékou se fait appeler « Responsable Suprême de la Révolution », le seul et unique centre d'intérêt, l'élu du peuple-élu.
    Pour opérer le changement indispensable dans les mentalités du Guinéen qui se croit de bonne foi supérieur aux autres peuples, parce qu'on le lui a fait comprendre, il faut nécessairement commencer par détruire cette superstructure par une sérieuse préparation du tribunal dont le monde entier attend les assises avec force impatience.
    Toute négligence, toute faiblesse dans l'organisation et le déroulement d'un tel tribunal indiqueraient que nous avons insuffisamment réalisé la gravité et l'importance historique de notre rôle, le poids de la responsabilité que nous portons face à l'avenir. Les criminels de guerre nazis condamnés à Nuremberg ne sont-ils pas encore recherchés aujourd'hui, poursuivis pour pouvoir purger les peines de prison dûment méritées ? Malgré un argument de force qu'ont avancé certains généraux d'Hitler, à savoir à la guerre comme à la guerre, soldat, simple exécutant je n'ai fait que mon devoir (la discipline faisant la force principale des armées, il importe que le supérieur obtienne du subordonné une soumission et une obéissance de tous les instants. L'ordre doit être exécuté sans discussion, sans hésitation ni murmure. L'autorité qui le donne en est entièrement responsable et la réclamation n'est permise au subordonné que lorsqu'il a obéi) ; malgré un dicton populaire : le pays le plus puissant du monde serait un pays P. réunissant les conditions suivantes :

  1. avoir l'armement sophistiqué des U.S.A.

  2. avoir l'entraînement de l'armée égyptienne avoir la discipline militaire allemande.

    Malgré d'autres attitudes militaires défendables, les juges des puissances alliées, avec l'impartialité requise, et après avoir fait la part de toutes choses, ont cependant sévèrement condamné les criminels nazis pour prévenir la velléité d'un autre nazisme, dans le monde. Et ceux qui, en temps de paix et de façon délibérée et paisible ont agi comme en temps de guerre ? Allons-nous pardonner à cette myriade de complices conscients et actifs du tyran qui ont répandu pendant un quart de siècle la dangereuse idéologie de la race et du racisme en présentant le peuple de Guinée comme le plus courageux des peuples, le seul à voter non à la communauté franco-africaine en 1958 et, de ce fait, le seul parmi les anciennes colonies françaises d'Afrique de l'Ouest à être indépendant et souverain ?
    Il nous faut désormais avoir la tête sur les épaules, les pieds sur terre. C'est pourquoi je félicite le CMRN pour sa décision royale de ne pas le louer ! Car un tyran ne naît pas, on le crée ! Comment Sékou, cet homme d'une petite famille paysanne peut-il devenir l'un des plus grands dictateurs du monde ? C'est par la faute de ceux et celles qui par démagogie, lui ont fait comprendre qu'il était un ange, un demi-dieu, un être spécial, tel que les chantres du PDG, certains cadres politiques, les artistes, les journalistes l'ont présenté ; allant chaque semaine, chaque mois, chaque année, d'éloge en éloge… Sékou a donc fini par se voir exactement tel qu'il se souhaite, c'est-à-dire le super-homme que l'ex-Premier Ministre Beavogui qualifiait de petit-fils de Chelck Abdoul Khâdr de Bagdad.

    10. Le ridicule ne tue pas !

    Voici le secrétaire général de la section de Baranama devant le micro de la commission d'enquête en vue de l'enregistrement de sa déposition. L'homme n'est pas lettré en français. Il ne peut donc pas lire la déposition imaginaire qu'on a faite nour lui. Il faut lui apprendre ce qu'il ne sait pas, à savoir sa propre participation au complot. Les gens sont patients :
    — Enquêteur : Kè ! itulumalôn kôsôbè
    — Secrétaire général : Nho ! nho !
    — Enquêteur : iyé a folalé : Kaba Laye léka afônyè Kon'nvè bara n'né nin Sébold (Tu dois dire : c'est Kaba Laye qui m'a dit de travailler avec Sébold).
    — Secrétaire général : nho - nho - m'bara anyâyé !
    — Enquêteur : awa wa ama (donc vas-y). Il déclenche le système d'enregistrement.
    — Secrétaire général : Al ko ko n'nyaafô (on m'a dit le dire).
    — Enquêteur : non - wotê ! atefôlaté ! (Non ! ne dis pas : on m'a dit de dire).
    L'apprentissage reprend et le secrétaire général dit encore :
    Mbara nyâyé (J'ai compris). Le technicien déclenche encore son appareil :
    Awa, afô
    — Secrétaire général : Alko ! ko n'nyâfô (On m'a dit de dire...)
    — Enquêteur : non ! non ! Oh là là, mais qu'il est bête !
    — Secrétaire général : N'té bèti di ! Alkolé kon'nyafô ko Kaba Laye koninyè… (Je ne suis pas bête ! vous m'avez dit de dire que c'est…)
    — Enquêteur : A to té… arrête tes koko là !
    Les deux se brouillent et le secrétaire général est renvoyé dans sa cellule. Ismaël Touré, le tout-puissant président de la Commission d'enquête, ordonne de faire signer au secrétaire général de Baranama sa propre déposition, qu'il a été incapable de traduire en malinké. Quel jeu ! quelle comédie ! quelle tragédie incroyable !
    Un coup de téléphone :
    — Allo ! Président, bonsoir !
    — Oui Touré, comment vas-tu ?
    — Ça va Camarade Président. J'ai appris par la radio le communiqué du B.P.N. (Bureau Politique National) relatif à la convocation du C.N.R. (Conseil National de la Révolution). C'est pour t'exprimer ma surprise puisqu'on n'en a pas parlé à notre dernière réunion.
    — C'est exact, mais en tant que « Responsable Suprême de la Révolution », je me suis réuni seul !
    — C'est compris, nous en reparlerons Camarade « Responsable Suprême de la Révolution ».
    — D'ailleurs, viens vite à mon bureau signer mon « acte de condamnation » Ça y est ! ce Ministre a dit ce qu'il ne devait pas dire ! Il quittera le B.P.N. (organisme suprême du Parti) au cours des très prochaines assises du Conseil National de la Révolution (C.N.R.).
    Nous sommes en 1962, un Ministre, très heureux des progrès que réalisent les populations de Conakry dans l'habitat, l'annonce fièrement au Président qui répond en ces termes : « On va tout prendre après, qu'ils construisent partout : laissez-les faire ». Surpris, le camarade Ministre regrette son indiscrétion En octobre 1964, à une réunion du B.P.N. ; le « R.S.R. » prend la parole : — Voici une démarche nouvelle qu'exige la Révolution populaire, transcroissante, transtemporelle et multidimensionnelle. En effet, pour pouvoir lutter efficacement contre la bourgeoisie, je vous propose une loi-cadre en 12 points dont voici le texte que j'ai rédigé en votre nom. Adoptez-le et, demain nous le promulgons.
    Belle démocratie sékoutouréenne ! Le texte est effectivement adopté sans amendement, à l'unanimité. Dehors, avant de s'installer dans sa voiture, un Ministre membre du B.P.N. lance à un collègue la réflexion suivante : Vois-tu mon cher Diallo, le peuple ne sait pas ce qui se passe ici, s'il le savait, il nous pendrait tous… Oh mon ami ! Tu ne comprends donc rien à notre organisation ! Tu n'apprécies pas encore à sa juste valeur la chance exceptionnelle du peuple de Guinée, d'avoir comme guide Ahmed Sékou Touré, grand idéologue, homme de culture de réputation mondiale, fierté de l'Afrique et de l'humanité progressiste. As-tu suivi les nouvelles créations qu'il a faites aujourd'hui ? transcroisante, transtemporelle, etc. ? L'on comprendra par la suite l'arrestation de l'un de ces deux Ministres qui ont échangé ces propos. Quelle délation partout, même au sein du B.P.N. Savez-vous l'époque à laquelle la confusion a commencé chez Sékou ? C'est quand il a créé les slogans : l'école vers la vie, pour la vie, dans la vie, Parti-Etat, État-Peuple, homme-peuple, mathématique sociale 2+2=5 ; 6 millions = 1, pour dire dans ce dernier cas que lui, le leader incarnant toutes les vertus du Peuple de Guinée, peut valablement décider en lieu et place de celui-ci : donc 1 c'est lui, 6 millions c'est le peuple.
    Décidément, le ridicule ne tue pas ! Écoutez le général en chef des forces sataniques de Faranah s'adresser aux lycéens grévistes de novembre 1961, fraîchement débarqués de Conakry :
    Alu radja hein ! Faransilu ko: kan dé verbu se sui le segon sémédé infinitifu ! mômô ba cé faranayan fo iba fèrè kè kabila n'nèko ! ni i mabila n'ko m'bîbila inflnitula Conakry pérésidan Sékou tésé ka ibo woro… môfu u lu ! agba ! ko indépendan manyin ba? Paki ! (Vous écoliers, apprenez le proverbe français « lorsque deux verbes se suivent le second se met à l'infinitif ». Quiconque ne s'aligne pas derrière moi à Faranah, je le mets à l'infinitif d'où personne ne le tirerait (l'infinitif signifie prison dans l'entendement de Amara Touré).
    — Le jury, après délibération, vous proclame admis avec mention honorable. «
    — Wo bara bèn ! Çà c'est bien ! Faranah bèh dâmeh ! Tout Faranah l'apprendra ! —
    — Mais quesqué vous parlez Honorable ? C'est quoi ? C'est bon ou mauvais ? —
    — Le jury vous déclare le meilleur des meilleurs, car depuis la création de l'université guinéenne, aucun étudiant n'a aussi brillamment réussi son sujet de mémoire que vous. Recevez les vives félicitations du père de la Nation dont vous venez de donner la meilleure démonstration de l'enseignement. La Révolution est globale, multiforme, transcroissante, multidimensionnelle et transtemporelle. Votre brillante réussite, en donnant raison au « Responsable Suprême de la Révolution » à propos de la « perfectibilité infinie de l'homme », est le meilleur défi à l'impérialisme, au colonialisme, au néo-colonialisme, au fantochisme et aux aliénés culturels ».
    — J'ai compris tout léparole que vous avez parlé, la Guinée a dit non à De Gaulle, maintenant il faut beaucoup de vizilancie lé énémi il dorpas ! pérécidan Sékou Touré il est bravo. C'est pourquoi quand il parlé il faut écouter complètement ! Il y a pas de foula, il y a pas de malinké, il y a pas de kissi, il y a pas de sosso ! tout le monde sont égals.
    Voici prise sur le vif la conversation d'un intellectuel opportuniste avec Amara Touré, grand demi-frère de Sékoucomédien. Décidément le ridicule ne tue pas ! Sékou Touré a voulu épargner à son frère, le tyran de Faranah, les critiques de l'opinion car, il aurait tout bonnement signé un décret faisant de l'analphabète Amara, « ingénieur agronome ». Mais, il a préféré demander à l'illustre paysan de Faranah de traiter comme sujet de mémoire « les feux de brousse ». Un étudiant de polytechnique peut être ajourné mais pas le Secrétaire fédéral de Faranah, grand frère de Sékou Touré. Le jury de soutenance comprend aussi bien des professeurs d'université que des paysans, tous, réformés pour être déformés à l'École du Parti.

  • Sékou Touré

  • Amara Touré

  • Ismaël Touré

  • Siaka Touré

  • Andrée Touré

  • Abdoulaye Touré

  • Mohamed Touré

  • Mouloukou Souleymane Touré

  • Almamy Samory Touré

  • Alpha Touré

  • Mory Touré

  • Kadialiou Touré

  • Mamourou Touré

    Et d'autres Touré encore, sans oublier leurs alliances les Keita, Kourouma, Sangaré, Diakite, Cherif, leurs griots et ceux qui avaient vendu leur conscience et leur dignité. Voilà l'équipe qui, pendant 26 ans a tyrannisé le malheureux peuple de Guinée, l'a traîné dans la boue, le dédaignant, le toisant, le ridiculisant à longueur de journée, alors « qu'on était rassasié du fruit de son labeur.»
    Mais Dieu ne dort pas ! Monseigneur Robert Sarah, archevêque de Conakry, à qui je rends hommage pour son courage, a enseigné à Sékou Touré, citation : « que personne ne s'arroge la place de Dieu pour faire du destin des autres une propriété privée »... « Aussi, le pouvoir use » devait conclure le saint homme. (A suivre)

     

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