Affaire des 22 Kg de cocaïne

Que s'est-il réellement passé à l'aéroport ?

La semaine dernière, selon des informations largement diffusées sur les ondes de la RTG, la douane aurait saisi une importante quantité de cocaïne

à l'aéroport de Conakry. Mais, aux dires des mêmes sources, entre autres le patron du secrétariat général chargé de la lutte anti-drogue, le présumé passeur se serait volatilisé à partir du bureau du commandant de la gendarmerie où on l'aurait ''confié''. Pour toute justification, ce dernier, un certain Salifou Soumah, avoue s'être assoupi un moment …

Après le coup médiatique des limiers de l'office chargé de la lutte contre les stupéfiants (OCAD), avec des explications plus ou moins convaincantes, c'est la famille d'Alsény Barry, la personne avec laquelle on aurait saisi la cocaïne, qui sort de son mutisme. Elle réfute de bout en bout la version donnée par les éléments de la sécurité aéroportuaire et de l'OCAD. Ce qui risque d'épaissir davantage la brume qui entoure cette affaire.

Dans la version de la famille du fugitif le film des événements est, comme il fallait s'y attendre, nettement différent.

Alsény Barry dont la femme travaille à Air France, mais pas à l'aéroport Charles De Gaulle de Roissy comme l'ont allégué certains, bénéficie d'avantages liés à sa situation matrimoniale et à sa double nationalité. Ce qui lui permet, grâce notamment à des réductions sur le billet, d'effectuer de fréquents voyages entre Conakry et Paris où, faut-il le rappeler, réside son épouse. C'est ainsi que ce lundi 30 janvier, il se rend à l'aéroport où il devait emprunter un vol pour Paris afin d'assister à un mariage. A l'occasion, son beau frère lui avait donné une importante somme en euros qu'il devait remettre à un autre de ses parents en France. Au moment de la fouille, les douaniers découvrent l'argent et lui demandent s'il détient des documents pour justifier la sortie d'un tel montant. Puisqu'il n'avait rien de tel, on lui demande d'aller chercher lesdits papiers. A son grand étonnement, lorsqu'il revient à l'aéroport, on l'accuse de transporter de la drogue avant de l'installer dans le bureau de la gendarmerie où un certain commandant était censé le garder. Pris de peur, il profite du fait que son gardien était en train de somnoler (ou feindre de somnoler), pour quitter précipitamment les lieux, rejoindre son domicile avant de quitter le pays. C'est bien après que des gendarmes viendront mettre son domicile sans dessus-dessous, d'où ils iront ensuite au night-club de son jumeau à Landréah pour appréhender quelques employés.

Comme on voit, les témoignages sont loin d'être concordants et de nombreuses interrogations restent sans réponse. Dans une interview accordée à nos confrères de L'Indépendant, le secrétaire général chargé de la lutte anti-drogue, le colonel Tiégboro Camara, reconnaît qu'effectivement Alsény Barry a affirmé, un moment, détenir de l'argent. Selon d'ailleurs le Cl Camara, c'est pour cette raison qu'il a été plutôt conduit vers les services de douanes :

« Si c'est de l'argent, de l'or ou du diamant c'est automatiquement la douane qui s'en occupe ».

Pourquoi alors l'on n'a pas vérifié au moment de la fouille la nature du contenu de la sacoche du suspect ? Existent-ils des documents pour justifier le transport de drogue ? Quand on a dit aux éléments de Tiégboro que c'est de l'argent que détenait le suspect, pourquoi ces derniers n'ont pas cherché à s'assurer de la véracité de cette affirmation ? Est-ce vraiment courant de la part d'un passeur expérimenté de se présenter tout de go devant le scanner avec de la drogue dans son sac à main ? Après que la douane l'a relâché, pour quelle raison le suspect est revenu de son plein gré tout en sachant que c'est de la cocaïne qu'on a trouvée sur lui, et ce que cela pouvait lui en coûter ? Comment dans une affaire aussi grave, a-t-on pu ''confier'' le suspect dans un bureau sans même prendre le soin de révéler à son gardien la nature des faits ? Autre question non moins importante, est-ce qu'un sac pour ordinateur portable pouvait contenir  les 22 Kg de cocaïne  ?

Faut-il désespérer d'avoir un jour des réponses fiables à toutes ces questions ? En attendant, le moins que l'on puisse dire, c'est que les zones d'ombre persistent.

Macky Daff

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir