Justice : les assises de Conakry
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- Catégorie : Société
- Mis à jour le samedi 10 mars 2012 01:06
- Publié le samedi 10 mars 2012 00:49
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Ouvertes le 17 février, les assises se poursuivent à la Cour d’appel de Conakry, qui, exceptionnellement, fait office de Cour d’assises. La salle d’audience ne fait, pour l’instant pas le plein.
Le peuple s’impatiente de voir le dossier sur l’attaque du domicile du Président de la République le 19 juillet 2011 devant le juge. Ce qui ne va plus perdurer, semble-t-il. Dix-sept des soixante-quatre poursuivis dans cette affaire ont recouvré leur liberté, suite à une ordonnance de non-lieu partielle, émise par le pool de juges d’instruction du Tribunal de première instance de Dixinn. Tandis que les autres sont attendus devant la barre de la Cour d’assises dans les prochains jours. Mais pour l’instant, des dossiers non moins intéressants sont devant le juge. Et les condamnations, comme un couperet, tombent tous les trois jours (mercredi, jeudi et vendredi) de la semaine.
Le 7 février, deux affaires ont été jugées. Un cas de vol à main armée et un autre de viol. Les accusées sont respectivement Ibrahima Baba Bangoura et Thierno Diao Camara. Le premier, récidiviste, préalablement condamné à cinq ans, a partiellement reconnu les faits. Celui-ci avoue avoir volé à sa sortie de prison, mais sans arme. Et n’entend plus reprendre son acte. Il a demandé l’indulgence du juge Charles Victor Maka. Demande réitérée par ses avocats, qui ont déploré la non-comparution des 14 coaccusés d’Ibrahima Baba Bangoura. La défense a plaidé pour l’application d’une peine assortie de sursis. Peine perdue. Le parquet a requis 20 ans de prison contre l’accusé. Le juge retiendra 15 ans de réclusion criminelle.
Contrairement à Ibrahima Baba Bangoura, l’accusé Thierno Diao Camara (bègue) a été acquitté, faute de preuves suffisantes. Celui-ci a été extrait de la Maison centrale de Coronthie (commune de Kaloum) où il était incarcéré pour consommation de chanvre indien.
« Je ne fume pas la cigarette, je ne fume que de la drogue », affirmé l’accusé. Tout en niant avoir commis le viol sur Kadiatou Diallo. Il ignorerait même la prétendue victime, confusément présentée par l’acte d’accusation comme âgée tantôt de 12 ans, tantôt de 18 ans ou encore de 19 ans. Ces confusions, l’absence à l’audience de l’unique témoin de la partie civile et l’intervention du parquet qui a requis l’acquittement de Thierno Diao Camara, ont réjoui la défense :
« Ne dit-on pas qu’il vaut mieux libérer mille fois un coupable que condamner une fois un innocent », a rappelé l’un des avocats. Le doute a persisté durant l’audience et ce fut au bénéfice de l’accusé. Le juge n’étant lié que par son intime conviction, le suspens a néanmoins duré jusqu’à la délibération. Dès le prononcé de l’arrêt, l’accusé a dit :
« Merci, la Cour ».
Sans bégayer, cette fois-ci.
Prison à vie pour Mamadou Diouma Diallo
Accusé de vol à main armée et de meurtre, Mamadou Diouma Diallo passera le reste de sa vie derrière les barreaux, à moins qu’il ne soit gracié. Il a comparu et a été condamné le 8 mars. Né en 1989 à Dalaba, l’accusé est maçon de profession, domicilié à Matoto. Il appartient à une bande de malfrats dont le leader (en fuite) serait un certain Tanou alias Crazy. Les autres membres du groupe (aussi en fuite) seraient : Barry, Soumah et Kadhafi (Soubhanallah ! ndlr).
Courant septembre 2008, le groupe a opéré nuitamment dans la boutique d’un certain Mamadou Lamarana Danédjo Bah, à Lambandji (Ratoma). Le propriétaire qui a voulu s’interposer, a été abattu par Tanou à l’aide d’une kalachnikov, selon Mamadou Diouma Diallo. Celui-ci a librement reconnu les faits, tout en précisant que c’est le leader, propriétaire de l’arme, qui est l’auteur du meurtre. L’accusé affirme n’être pas un habitué de faits et aurait été entraîné exceptionnellement ce jour-là pour pouvoir venir en aide à sa maman alitée.
Mamadou Diouma Diallo déclare aussi avoir été engagé comme volontaire lors de l’agression rebelle aux frontières sud-est de la Guinée en 2000, alors qu’il était âgé de 20 ans. Cette déclaration rend erronée son année de naissance (1989). Même bien bâti, il n’a pas l’air d’avoir 32 ans. Néanmoins, le fait que l’accusé ait pu mettre au respect, à l’aide d’une arme, ses gardes dans la gendarmerie où il était préventivement détenu, renforce sa version selon laquelle il a subi une formation militaire.
La défense considère son client comme victime de l’Etat guinéen. Qui n’aurait pas tenu sa promesse de l’incorporer dans l’Armée nationale. Et a espéré vainement une peine qui ne dépasse pas dix ans, Mamadou Diouma n’étant pas selon elle, l’auteur du meurtre. Un avis non partagé par le parquet qui, n’eût été la considération de certaines circonstances atténuantes, aurait requis la peine capitale contre l’accusé.
Sept ans de prison contre Sékou Hafi Cissé
9 mars, dernier jour des audiences des assises de la semaine.
Sékou Hafi Cissé a été condamné pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le meurtre a eu lieu en février 2006, à Forécariah. La victime, Mohamed Lamine Touré et frère de la petite amie de l’accusé, aurait donné un coup de poing (trois dents en l’air) à ce dernier, pour venger sa sœur. Suite à un petit incident entre Sékou Hafi Cissé et la fille. Pour riposter, l’accusé a poignardé mortellement Mohamed Lamine Touré.
La défense estime que leur client a agi en légitime défense. Elle a invoqué l’excuse de provocation et plaidé pour la libération de l’accusé. Celui-ci, en détention préventive depuis 2006, a purgé sa peine, selon la défense.
Le parquet a rappelé que la légitime défense suppose la proportionnalité entre la provocation et la riposte. Néanmoins, il a requis cinq ans de prison contre l’accusé, qui aurait facilité le procès en avouant les faits. La Cour en rajoutera deux. C’est la première fois que le juge fixe une peine excédantt celle requise par le Ministère public cette semaine.
