L'espoir d'un traitement contre Ebola conforté par de nouvelles études

Pulvérisation de produits chimiques pour tenter d’empêcher la propagation du virus Ebola, à Monrovia, vendredi 29 août.

Course contre la montre pour mettre au point traitements et vaccins, la lutte contre l'épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest est aussi une course aux publications. Elle donne lieu à une compétition féroce entre les grandes revues pour publier en un temps record les résultats des travaux des chercheurs.

Le rythme des articles, témoignages et autres éditoriaux s'accélère dans les journaux médicaux et scientifiques les plus prestigieux (Nature, Science, New England Journal of Medicine, The Lancet…), tandis que l'urgence sanitaire se fait de plus en plus pressante. Désormais présente dans cinq pays (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Nigeria et Sénégal, où un premier cas a été identifié le 29 août chez un jeune ressortissant guinéen), l'infection au virus Ebola a touché au moins 3 000 personnes, dont la moitié est décédée. Et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit plus de 20 000 cas.

Il y a quelques jours, une équipe a annoncé dans la revue Science Translational Medicine les résultats prometteurs d'un traitement expérimental chez des macaques infectés par le virus de Marburg, très proche de celui d'Ebola.

EFFICACITÉ DIFFICILE À APPRÉCIER

Vendredi 29 août, l'hebdomadaire Nature a répliqué en publiant en ligne les effets spectaculaires d'un autre médicament, le ZMapp, également chez des macaques. Le cocktail de trois anticorps, élaboré en partie à partir d'extraits de tabac, a permis de guérir 100 % des 18 singes infectés expérimentalement par un virus Ebola, y compris lorsque le traitement était commencé tardivement, cinq jours après le début des symptômes.

Développé par le laboratoire californien Mapp Pharmaceuticals, le ZMapp a été récemment administré à titre compassionnel à sept malades. Mais son efficacité est difficile à apprécier. Deux des patients – un prêtre espagnol et un médecin libérien – n'ont pas survécu, tandis que quatre sontguéris, les médecins ne se prononçant pas encore sur le dernier cas.

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Gary Kobinger (Agence de santé publique du Canada), l'un des principaux auteurs de l'article, et ses collègues ont administré une dose létale de virus Ebola à trois groupes de six macaques. Chaque groupe a ensuite reçu trois injections intraveineuses de ZMapp, à trois jours d'intervalle. Le traitement était commencé au troisième jour de l'infection dans le premier groupe, au quatrième jour dans le deuxième groupe et au cinquième jour – ce qui correspond à un stade avancé de la maladie – dans le dernier.

Tous les macaques ont survécu, et le virus était indétectable dans leur sang au bout de trois semaines. Des animaux témoins non traités ont, eux, succombé en moins de huit jours. Les auteurs précisent que la souche de virus Ebola utilisée pour ces expériences n'est pas celle de l'épidémie actuelle, qui n'était pas disponible quand ils ont commencé leur étude. L'efficacité du ZMapp sur cette dernière a toutefois été vérifiée sur des cultures cellulaires.

« SUCCÈS MONUMENTAL »

Précédemment, les chercheurs avaient obtenu des résultats encourageants chez des singes avec un cocktail proche du ZMapp, injecté à des doses plus faibles. Mais les animaux avaient été traités plus précocement, et ils n'avaient pas tous guéri.

« Nous avons été surpris par le niveau insoupçonné de protection obtenu », a déclaré Gary Kobinger lors d'une conférence de presse. « C'est un succès monumental », estime dans un éditorial associé à l'article Thomas Geisbert. Un hommage plutôt fair-play de la part de ce chercheur américain qui teste un autre traitement expérimental, celui-là même dont les résultats viennent d'être publiés dans Science Translational Medicine.

Reste à savoir si les résultats « parfaits » du ZMapp obtenus chez le macaque pourront être reproduits chez l'homme, et quelle sera la tolérance de l'association d'anticorps à forte dose. Pour l'heure, les stocks du médicament sont épuisés.

Parallèlement, un collectif d'une soixantaine de chercheurs a publié le 28 août, dans la revue Science, les résultats du séquençage des génomes d'une centaine de virus Ebola, prélevés chez 78 malades en Sierra Leone au début de l'épidémie. La souche Zaïre, en cause actuellement, présente plus de 300 mutations par rapport à celles des épidémies précédentes, notent les scientifiques. Les analyses génétiques permettent aussi de retracer l'histoire de cette épidémie, qui aurait commencé par une seule contamination humaine à partir d'un réservoir animal, suivie d'une propagation de personne à personne.

Mais ces travaux pionniers marqueront aussi les mémoires parce que cinq des auteurs, qui travaillaient en Sierra Leone, ont succombé au virus Ebola avant même la publication.

 
  

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