« Plusieurs fuites m'ont fait savoir que l'objectif du pouvoir était de me mettre en prison, même un court moment, pour m'administrer un poison qui aurait des effets trois mois après, ou en me maintenant dans une situation où ma santé allait se dégrader jusqu'à ma mort », avance Hama Amadou, en exil à Paris depuis la fin août. « C'est grotesque, complètement ridicule. C'est la troisième fois qu'il dit qu'on veut le tuer et jamais il n'apporte la moindre preuve. Tout le monde en rigole à Niamey », rétorque Hassoumi Massaoudou, le ministre de l'intérieur.
Le chef des députés nigériens, qui fait aujourd'hui figure de principal opposant, avait dénoncé en février des tirs sur son domicile puis, en mai, une première tentative d'empoisonnement.
« USINE À BÉBÉS »
Mais, désormais, sa carrière politique est hypothéquée par une affaire privée. Sa seconde épouse, Hadiza Hama, est sous les verrous depuis fin juin. Comme onze autres femmes placées en détention provisoire, la justice la suspecte d'avoir acheté ses deux jumeaux dans « une usine à bébés » du Nigeria. Un trafic présumé où des couples stériles payent pour obtenir des nouveau-nés dans des « cliniques » spécialisées. Les ramifications de ce sinistre commerce s'étendraient au Bénin et au Burkina Faso.
Révélé en janvier par L'Evénement, un bihebdomadaire nigérien, le scandale a depuis éclaboussé le ministre de l'agriculture, un ancien directeur de banque, un inspecteur de police… Dix-sept personnes ont jusque-là été interpellées à Niamey et cinq à Cotonou, la capitale économique béninoise, où de faux certificats de naissance auraient été délivrés dans une clinique de la place. « Les investigations se poursuivent et d'autres arrestations sont attendues prochainement », raconte Moussa Aksar, le directeur de publication de L'Evénement.
Hama Amadou a préféré quitter le Niger avant de courir ce risque. Aucun juge ne l'a convoqué mais, lorsque le bureau de l'Assemblée nationale s'est réuni le 26 août pour autoriser son audition, il a pris, dans les heures qui ont suivi, la fuite pour le Burkina Faso avant de s'envoler pour Bruxelles, puis Paris.
« Je veux que la justice nigérienne lance un mandat d'arrêt international et une demande d'extradition. Ma stratégie est de contraindre mes adversaires à internationaliser le dossier pour qu'ils transmettent à la justice française, qui ne peut être ni manipulée, ni influencée, les preuves des accusations portées contre moi et ma femme. Leurs efforts pour discréditer ma personne seront alors anéantis », dit-il.
« PAS LE DROIT DE METTRE EN DOUTE, NI DE VÉRIFIER »
Selon lui, le dossier monté pour l'éliminer de la course à la future présidentielle ne comporte que « des interrogatoires et des photos d'une émission télé sur des usines à bébés au Nigeria en 2011, alors que mes enfants sont nés un an plus tard à Lagos [la capitale économique du Nigeria] . »
Pourquoi alors ne pas pratiquer des tests ADN pour lever toute ambiguïté ? « Devant le juge d'instruction, ma femme s'est spontanément dite prête à le faire. Le juge a répondu que ce n'était pas le moment et il l'a placée en prison. Nos avocats nous disent : “Vous courez un risque. Ne le faites pas car il n'y a aucun encadrement juridique au Niger !” C'est à l'accusation d'apporter des preuves de ce qu'elle affirme et non à mon épouse de prouver son innocence », répond Hama Amadou. Il avance également une justification religieuse. « L'islam dit que les enfants nés dans les liens du mariage sont réputés être les enfants du mari. Point. Vous n'avez pas le droit de mettre ça en doute, ni de vérifier. Un homme politique de mon envergure aurait des problèmes s'il viole ces prescriptions. »
Des explications qui ne convainquent guère le ministre de la justice, Marou Amadou : « Tous ceux qui veulent se disculper peuvent faire des tests ADN dans l'institut de leur choix, mais la femme de Hama Amadou, comme toutes les autres, a refusé. »
