Depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1958, Tokpapa, relevant de la sous-préfecture de Yalenzou et riverain du fleuve Mano, n’a connu aucune action de Développement. Ni de la part du gouvernement encore moins des partenaires au développement.
Essentiellement peuplé par des Manons, et faisant frontière avec le Liberia voisin, Tokpapa est un village oublié, difficilement accessible par voiture. Pour accéder au village, nous étions obligés d’emprunter une moto pour trois heures de parcours sur 15 Km.
Déjà, à la principale porte d’entrée du village, on nous a conseillés de confier la moto quelque part puisqu’il fallait forcément traverser le fleuve, sur un vieux pont, apparemment construit depuis le temps colonial et aujourd’hui se trouvant dans un état vétuste.
Pour la traversée, certains comme les plus jeunes, préfèrent marcher dans l’eau, alors que les plus âgés préfèrent emprunter le pont en bois, malgré les risques.
« Nous sommes en train de souffrir ici à cause de ce fleuve Mano. Parfois s’il y a inondation, on est obligé d’attendre longtemps avant d’emprunter cette vieille pirogue. Nous souffrons énormément, il faut que le gouvernement (nous) vienne en aide. Nous vivons ici comme si nous ne sommes pas des Guinéens. Même pour envoyer du ciments, des pileuses, c’est difficile. Vous êtes obligés de faire appel à tous les jeunes du village ou de les transporter sur la tête. Très sincèrement, nous les habitants de Tokpapa vivons encore dans la préhistoire », a confié Nissan Mamy, un jeune du village
Images du pont en bois et la traversée sur le fleuve
Pendant que nous cherchions ainsi à traverser le fleuve, nous avons aperçu un groupe de jeunes portant une femme enceinte, dans un hamac, vers le centre de santé de la sous-préfecture de Yalenzou (situé à quelques kilomètres du village). Cette scène a sans nul doutefrappé notre attention.
« A cause de l’enclavement du village, les femmes en grossesse et en difficulté sont transportées dans le hamac vers le chef lieu de la sous-préfecture. Pas de poste de santé ici. Aussi, ce village n’a jamais bénéficié d’action de développement de la part du gouvernement et autres partenaires depuis l’indépendance», dira Pauline Gbonimy, présidente des femmes.
Images des jeunes transportant une femme enceinte sur les hamacs
Aujourd’hui, Tokpapa est en manque de tout : infrastructures routières et sanitaires, écoles, eau…bref, tous les services sociaux de base. Dans cette localité, nombreux sont des enfants qui ne sont pas scolarisés. Les parents ont aussi peur d’inscrire leurs enfants dans une école de la sous-préfecture à cause non seulement de la distance mais aussi de peur qu’ils ne se noient lors de la traversée du fleuve. L’année dernière, des jeunes ont décidé de transformer une maison en classe pour apprendre aux enfants à lire, écrire et compter. Cette formation était assurée par le président de district. Mais selon nos informations, les parents se sont découragés cette année à cause, dit-on, des frais de « scolarité » jugés exorbitants. Conséquence : les enfants n’ont pas étudié.
Image de salle de classe
L’autre problème et non des moindres, du village de Tokpapa, c’est bien le manque d’eau potable. A ce jour, il n’existe aucune source d’approvisionnement en eau potable. Les villageois vont à la rivière pour s’approvisionner en eau destinée à la boisson, la cuisine, la lessive ou encore pour d’autres besoins. Pourtant, c’est dans ce village que se trouvent les installations de l’Agence régionale de la Société des Eaux de Guinée (SEG). Une situation que regrette Mme Pauline Gbonimy, présidente des femmes de Tokpapa.
« Ce fleuve est un véritable problème pour la ville de Tokpapa. Sachant que notre santé dépend de la qualité de l’eau que nous utilisons, ce village a un manque criard d’eau potable depuis tout le temps. Nous avons tenté à trois reprises de creuser des puits mais impossible. La quatrième fois, c’était à l’initiative des missionnaires de l’église protestante mais toujours en vain», déplore t-elle.
Et d’ajouter : « Au moment où tous les villages boivent aujourd’hui au moins l’eau de forage, Tokpapa continue de boire l’eau de rivière malgré le fait que c’est le fleuve Mano qui ravitaille tout N’zérékoré en eau potable. »
Image de femmes puisant à la rivière
Aujourd’hui, ce village qui, sans nul doute, n’est pas le seul à vivre une telle situation en Guinée, sollicite l’aide du gouvernement guinéen et de ses partenaires. Ces doléances se résument entre autres par :
– La construction d’un pont à béton sur le fleuve Mano
– La construction d’un ouvrage de franchissement pour le village
– Le ravitaillement du village en eau potable par la Société des Eaux de Guinée (SEG)
– La construction d’une école « pour ces enfants qui ont toujours été oubliés »
– La construction d’un poste de santé pour la prise en charge médicale
– La construction et l’équipement d’une maison des jeunes digne de nom pour l’épanouissement de la jeunesse…
En attendant donc qu’une solution soit trouvée à ces problèmes, les habitants de Tokpapa se sentent frustrés et abandonnés.
source : guineenews
