Note à propos de l'article d'Yrom : Obama, l"Afrique et le Monde".(Par Lougira)
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- Catégorie : LIbérez votre génie
- Mis à jour le mardi 21 février 2012 00:50
- Publié le lundi 20 février 2012 10:59
- Écrit par Lougira
Ma critique porte sur la fin de son article intitulée : "Communication : Le Visible et l’Invisible"
La thèse d'Yrom est paradoxale :
« Tous les maux dont l’humanité a souffert pendant près de quatre siècles de civilisation industrielle ... sont des effets insoupçonnés de l’écriture et non le fait des hommes »
Mais on pourrait dire aussi que tous les progrès de l'humanité sont dus à l'écriture. L'écriture étant le médium privilégié de la science, du droit, de la littérature, ainsi que des grandes religions dites du Livre (La Bible, le Coran).
Evidemment ces écritures peuvent servir au bonheur de l'humanité ou à son malheur en devenant des outils d'aliénation et de destruction. Il est difficile d'affirmer que l'action et la réflexion humaine n'y peuvent rien.
Selon Mac Luhan que l'auteur cite volontiers, le médium lui-même détermine en partie le message, mais suffit-il à en déterminer le sens et la valeur ?
Et pourquoi accuser les effets de l'écriture en les opposant à ceux de l'oralité ?
Yrom affirme que chaque grande civilisation est liée à un médium dominant :
« Le médium principal de la civilisation agraire est l’Oralité (ondes et vibrations sonores). La civilisation industrielle a pour moteur l’Alphabet phonétique (visuel). La civilisation de l’ordinateur fonctionne avec les Ondes Electriques assimilables aux vibrations sonores.
De ces trois grandes civilisations, deux fonctionnent sur des ondes (vibrations sonores et électriques) : la civilisation agraire et la civilisation de l'ordinateur.
Le village traditionnel et le village planétaire ont en commun le même esprit magique. Seule la civilisation industrielle, isolée et prise en étau entre les deux, fonctionne sur un médium visuel : l'alphabet phonétique qui exclut les vibrations sonores »
Cette distinction entre parole et écriture, entre ce qui est ou n'est pas vibratoire paraît douteuse et un peu forcée : la lecture n'est-elle pas perception des ondes lumineuses ? Et l'écriture transcription des sons de la parole ?
Il y a les ondes mécaniques du son et les ondes électromagnétiques de la lumière (l'ordinateur traduit tout en signaux électromagnétiques) - les ondes interviennent donc partout dans les media : parole, écriture, ordinateur, radio, télévision, téléphone, internet.
Peut-on dissocier l'écriture de l'oralité si l'alphabet phonétique transcrit les sons de la parole ? Lire en silence, n'est-ce pas entendre intérieurement les mots ? N'est-ce pas faire parler le texte, ce qui prend du temps comme déchiffrer une partition musicale ? (D'où peut-être les déboires de la "méthode globale" d'apprentissage de la lecture qui privilégie la vision synthétique aux dépens du b-a-ba).
Yrom poussant très loin sa critique de l'écriture, va jusqu'à l'accuser des dérives de la démocratie :
« Le modèle de la démocratie imposé au monde par l’Occident, s’avère être la pire des dictatures : celle du parti unique de l’Ecriture contre toutes les croyances tribales et orales des populations de la planète »
A cela on pourrait opposer que l'écriture favorise l'éducation de l'esprit critique en permettant de diffuser largement et commenter les textes - y compris les textes fondateurs de la philosophie, du droit et de la religion.
Les Toffler décrivent en effet le mouvement des civilisations comme trois grandes vagues qui se succèdent et se recoupent : la vague agraire dont le moteur est "la force brute" , la vague industrielle dont le moteur est "l'argent " et la vague du "savoir" dont le pouvoir est destiné à dominer les deux autres. Il semble évident que la diffusion et le progrès du savoir dépendent largement de l'écriture.
Par ailleurs on constate que l'écriture n'a pas perdu son importance à l'ère de l'ordinateur et de l'internet où prolifèrent les sites et les blogs. Les photos et vidéos ne remplacent pas les textes, mails et sms. Mais un développement pléthorique de la communication ne favorise pas la méditation.
Si comme l'affirme Yrom, « Le village traditionnel et le village planétaire ont en commun le même esprit magique », ne peut-on craindre que cet esprit magique ne prenne le pas sur la réflexion et conduise au désastre ?
Lougira
