Mourad Merzouki glisse des pixels dans son hip-hop

 

 

Béat, baba. Plaisir direct, émerveillement sans condition. C’est l’effet Pixel, spectacle imaginé par le chorégraphe hip-hop Mourad Merzouki en complicité avec les deux artistes numériques Adrien Mondot et Claire Bardainne. Quelque chose d’un kidnapping émotionnel sans autre issue que l’abandon.

 

L’impact de Pixel tient d’abord à ce petit point magique démultiplié par milliers sur un tulle transparent. Plein les mirettes de bulles, de gouttes, de flocons, de grains de riz et que sais-je encore ! Les mots manquent pour saisir au vol les apparitions qui tapissent et retapissent le plateau, soulèvent des montagnes et déferlent comme une vague de fond avant de s’écraser en bain moussant. Comme il existe des centaines de termes en norvégien pour dire les nuances de la neige et de la glace, il faudrait ici inventer des expressions neuves pour identifier la pluie, la tempête, la vapeur… La métamorphose des pixels et leur manipulation par logiciels interposés font surgir par surprise une profusion de matières différentes, de situations imaginaires et autant de sensations originales pour celui qui les contemple.

L’idée de l’hybridation hip-hop et numérique vient de Mourad Merzouki, directeur du Centre chorégraphique national de Créteil. Depuis ses débuts en 1996, il sait l’impact d’un geste plastique pour majorer son hip-hop. Sculptures mobiles dans Dix versions (2001), square abandonné pour Terrain Vague (2006), longues cordes dans Yo Gee Ti (2012).

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"Pixel", de Mourad Merzouki (CCN Créteil et Compagnie Käfig).

Accélérateur d’inventions

En 2013, il croise Adrien Mondot et Claire Bardainne pour la création d'un petit spectacle pour jeunes danseurs amateurs, déjà intitulé Pixel, dans le cadre du festival RVBn, à Bron (Rhône). Dans la foulée, il invite les deux artistes, originaires par ailleurs de la région lyonnaise comme lui, à amplifier l'expérience pour sa nouvelle pièce en tablant sur le numérique pour lui servir d’accélérateur d’inventions.

Ce Pixel enchanté, créé le 15 novembre à la Maison des arts, à Créteil, profite donc d’un décor vivant, flexible, en noir et blanc. Géographie illimitée, la scénographie virtuelle glisse d’un environnement circulaire à un quadrillage géométrique, fuite en avant d’un monde d’anamorphoses. Un chavirage de l’espace qui œuvre parfois – et là réside aussi la réussite de l’entreprise – en dialogue direct avec les danseurs.

Quasiment plus de la moitié de la pièce se joue en « live », autrement dit en réaction immédiate des deux experts numériques installés en régie aux improvisations cadrées des interprètes. Un vrai « plus » qui rend curieusement sensibles les flux pourtant intangibles. Un mouvement de bras dégage les pixels à grands jets, une pirouette fait surgir un cyclone… Ces pas de deux entre danseurs et projections concourent à l’attrait puissant du spectacle, tout entier pétri de cette substance électronique malléable.

"Pixel", de Mourad Merzouki (CCN Créteil et Compagnie Käfig).

Trésor secret

En creux de ce feuilleté, comme un trésor secret dissimulé entre les plis, le hip-hop de Mourad Merzouki sort régénéré de ce contact imaginaire. Elégant, ultradessiné comme à son habitude, il a attrapé une autre texture, veloutée parfois, une densité élastique. Comme si des pixels avaient été transplantés dans les muscles mêmes des danseurs pour en faire des mutants planants. Quant à la composition du spectacle, elle s’est affinée, ouvrant de nouveaux circuits, des ramifications spatiales surprenantes.

Mourad Merzouki, Adrien Mondot et Claire Bardainne se sont bien rencontrés. A l’opposé les uns des autres à première vue, ils ont atteint leur cible. En dix ans, Adrien Mondot, jongleur et ingénieur, a fait un bond dans la sphère des nouvelles technologies, faisant cousiner la balle, son agrès de base, avec le pixel. Avec Claire Bardainne depuis 2010, ils se définissent comme des « chorégraphes de pixels », trouvant de nombreux points communs entre eux et les hip-hopeurs. Mêmes enjeux d’illusion, de trompe-l’œil, la transformation physique du geste hip-hop croisant celle de la matière électronique.

Pixel, de Mourad Merzouki. Du 27 au 30 novembre au Cirque-Théâtre, Elbeuf. Le 2 décembre au Granit, Belfort. Le 6 décembre, au Carré, Sainte-Maxime. Les 9 et 10 décembre à l’Hexagone, Meylan. Le 13 décembre au Théâtre de l’Olivier, Istres. www.ccncreteil.com

 

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