Ce que l’on sait du scandale qui éclabousse la FIFA

 

Le président de la FIFA Sepp Blatter lors de la cérémonie d'ouverture du 68e congrès de l'institution à Zurich, le 28 mai.

La Fédération internationale de football (FIFA) a été frappée, mercredi 27 mai, par un double séisme. D’abord avec l’arrestation à Zurich de sept responsables soupçonnés de corruption, à la demande de la justice américaine, puis, parallèlement, avec la perquisition de son siège zurichois, dans une enquête concernant l’attribution des Coupes du monde en 2018 et en 2022.

Ce scandale éclate à la veille de l’élection à la présidence de l’instance mondiale, prévue vendredi. L’omnipotent et contesté Joseph Blatter, dit « Sepp », 79 ans, en poste depuis 1998, brigue un cinquième mandat.

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  • Quels sont les faits reprochés ?

La justice américaine a dressé un état des lieux accablant d’une corruption, selon elle « endémique », au sein de la FIFA. Les quarante-sept chefs d’inculpation retenus contre neuf responsables de la FIFA, dont deux vice-présidents, et contre cinq partenaires, les accusent de « racket, fraude et blanchiment », sur une période de vingt-cinq ans, durant laquelle ces responsables du football mondial auraient « sollicité et reçu plus de 150 millions de dollars en pots-de-vin et rétrocommissions » en échange notamment des droits médiatiques et marketing pour les tournois internationaux de football.

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Un document de cent soixante-sept pages, fruit de plusieurs années d’enquête, raconte des entreprises écrans, des paradis fiscaux, des comptes cachés à l’étranger, des enveloppes d’argent liquide, l’achat de propriétés et l’utilisation d’« accords de services de consultants et autres types de contrats pour créer une apparence de légitimité pour des paiements illicites ». Des dizaines de millions de dollars ont également été retrouvées sur des comptes à Hongkong, aux îles Caïmans ou en Suisse. Le FBI a aussi perquisitionné le siège de la Confédération d’Amérique du Nord, centrale et Caraïbes (Concacaf), à Miami.

  • Quels sont les matchs et compétitions visés ?

Les faits de corruption concernent notamment l’attribution des droits pour le centenaire de la Copa America, l’an prochain aux Etats-Unis, ou encore l’attribution de la Coupe du monde 2010 à l’Afrique du Sud. Jeudi, Pretoria a rejeté les accusations de corruption et a assuré qu’un audit réalisé à l’occasion de la compétition « n’avait jamais suggéré qu’une quelconque infraction [avait] eu lieu ».

Selon la ministre de la justice américaine, Loretta Lynch, la corruption et les pots-de-vin se sont étendus à l’élection du président de la FIFA en 2011, et à « des accords concernant le parrainage de l’équipe nationale de football du Brésil par une grande entreprise d’équipement sportif américaine ». De nombreuses rencontres, toutes sur le continent américain, sont également dans le collimateur de la justice américaine.

Dans une procédure distincte, le parquet suisse a annoncé avoir saisi des documents électroniques au siège de la FIFA, à Zurich, dans le cadre d’une procédure pénale contre X pour soupçon de blanchiment d’argent et gestion déloyale entourant les attributions des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. Cette procédure, ouverte depuis le 10 mars, n’avait pas été rendue publique jusqu’à mercredi.

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Quelles sont les personnes mises en cause ?

Quatorze personnes – neuf membres ou anciens membres de la FIFA et cinq dirigeants d’entreprises de marketing sportif liées à la FIFA – sont mises en cause par la justice américaine.

 

Neuf membres de la FIFA sont pour l'instant visés par la justice américaine.

Les responsables inculpés à New York sont Jeffrey Webb, vice-président de la FIFA et président de la Concacaf ; Eduardo Li, membre des comités exécutifs de la FIFA et de la Concacaf ; Julio Rocha, chargé du développement à la FIFA ; Costas Takkas, attaché au cabinet du président de la Concacaf ; Eugenio Figueredo, actuel vice-président de la FIFA ; Rafael Esquivel, membre du comité exécutif de la Conmebol ; José Maria Marin, membre du comité d’organisation de la FIFA pour les Jeux olympiques ; Nicolas Leoz, ancien membre du comité exécutif de la FIFA, ainsi que Jack Warner, ex-membre du comité exécutif déjà impliqué dans de nombreuses affaires de corruption, arrêté à Trinidad-et-Tobago. Ces deux derniers n’ont pas été arrêtés mercredi en Suisse.

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Jeudi, la Concacaf a décidé de révoquer MM. Webb et Li et a nommé président Alfredo Hawit, jusque-là vice-président de la Confédération.

Sont aussi accusés dans cette affaire Alejandro Burzaco, Aaron Davidson, Hugo Jinkis et Mariano Jinkis, tous partenaires de la FIFA, chargés du marketing, ainsi que José Margulies, intermédiaire qui aurait facilité des paiements illégaux.

  • Qu’en dit Sepp Blatter ?

Le président de la FIFA, qui brigue vendredi un cinquième mandat à la tête de la surpuissante et richissime institution, s’est défendu jeudi de toute implication dans le scandale. « Beaucoup de gens me tiennent pour responsable. Je ne peux pas surveiller tout le monde tout le temps », a-t-il lancé jeudi, à l’ouverture du 65e congrès de la FIFA, à Zurich. « Les événements d’hier ont jeté une ombre sur le football et sur le congrès de cette semaine », a-t-il déploré.

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Plus tôt, M. Blatter avait rejeté l’appel à la démission lancé par le président de l’UEFA, Michel Platini. Ce dernier, qui s’oppose publiquement à un nouveau mandat de M. Blatter, a estimé que le Suisse pouvait « être battu » vendredi. Le comité exécutif de l’UEFA a d’ailleurs demandé un report de six mois du congrès de la FIFA et du scrutin présidentiel.

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  • Pourquoi les Etats-Unis sont-ils à l’origine de l’enquête ?

Les interpellations, mercredi matin, par des policiers suisses, à la demande des Etats-Unis, n’ont pas manqué de susciter des interrogations. « Tous ces accusés ont abusé du système financier américain et violé la loi américaine, et nous avons l’intention de les tenir pour responsables, a précisé la ministre de la justice américaine lors de sa conférence de presse. A de nombreuses occasions, les accusés et conjurés ont planifié certains aspects de ce complot de longue date aux Etats-Unis. Ils ont utilisé les banques et les possibilités de virement aux Etats-Unis. »

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La loi américaine permet en effet de poursuivre des ressortissants étrangers à l’extérieur du territoire des Etats-Unis à partir du moment où les faits reprochés ont été commis grâce à une banque ou à un fournisseur d’accès à Internet situé aux Etats-Unis. Couramment utilisée dans les cas de terrorisme, cette procédure peut aussi être appliquée dans les affaires de corruption.

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  • Quelles sont les prochaines étapes ?

Six des sept responsables de l’organisation internationale interpellés ont déjà fait savoir qu’ils refuseraient l’extradition vers les Etats-Unis, demandée par la justice américaine. La Suisse a fait savoir qu’elle allait déclencher la procédure classique, à savoir demander à Washington de faire « parvenir des demandes formelles d’extradition à la Suisse dans un délai de quarante jours ». Les accusés risquent jusqu’à vingt ans de prison.

Les interpellations ne sont « que le début » de l’opération lancée mercredi par la justice américaine, a prévenu le procureur fédéral de Brooklyn Kelly Currie, sans toutefois préciser si d’autres inculpations étaient à attendre prochainement.

 

 

 


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