Grande interview de Dr Faya Millimono
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- Catégorie : Actualités
- Mis à jour le jeudi 1 mars 2012 17:38
- Publié le jeudi 1 mars 2012 17:06
- Écrit par El Hassane
Dr Faya Millimono de la NGR : « Je ne suis pas venu à la politique pour faire plaisir à quelqu’un ».
Dans cet entretien que Dr Faya Millimono nous a accordé, il justifie la qualification du souhait d’Abe Sylla de travailler avec Alpha Condé. Il est question également dans cette interveiw, du dialogue politique guinéen et des législatives.
nrgui Dr Faya Millimono : Lors d’une conférence de presse que M. Abe Sylla a animée récemment, il a émis le souhait de travailler avec le Professeur Alpha Condé. Cette déclaration ne vous a pas plu au point que vous l’avez qualifiée de boutade. Dites-nous en quoi cela est-il une boutade pour vous ?
Bon ! J’ai qualifié le propos de boutade parce qu’en général, sur le terrain politique, on ne répond pas à des questions hypothétiques. On répond à une question réelle. Si le Professeur Alpha Condé veut travailler avec qui que ce soit au sein de la NGR, c’est à lui de faire le pas. Mais si la NGR dit ce qu’elle fera au cas où…, on se ridiculise nous-mêmes, si finalement on n’est même pas contactés pour explorer une possibilité que la NGR coopère avec le Président Alpha Condé dans le cadre d’un gouvernement. Donc j’ai considéré que c’était une boutade parce que c’est une question hypothétique. Voilà.
nrgui Avant qu’il émette ce souhait de collaborer avec l’actuel pouvoir, est-ce que vous-vous étiez réunis au sein de votre Parti pour discuter de cette éventualité ?
Non ! C’est ce qui a d’ailleurs fondé ma qualification de la déclaration de boutade. Parce ça n’a pas fait l’objet de débats internes. Si c’en avait été le cas, c’est clair que nous aurions recommandé que l’on ne réponde pas à une question hypothétique. Parce que la question est hypothétique.
nrgui Vous avez réussi à vous tailler une bonne place au sein de l’Opposition guinéenne. Est-ce que cela n’a pas créé de jaloux au sein de la NGR au point que ceux-ci cherchent à vous faire tomber ?
Je ne le crois pas. Vous savez, au sein de la NGR, le parti vit une véritable démocratie. Les opinions peuvent être différentes au sein de la NGR, au sein d’un parti politique. C’est tout à fait normal. Dans tous les partis politiques, il y a des courants de pensée, il y a des opinions qui sont différentes, mais cela n’est pas une faiblesse. Au contraire, c’est une qualité qu’au sein d’un parti il y ait différents courants qui s’affrontent de façon sereine. L’objectif c’est de rester dans les limites des choix idéologiques qui sont faits dans des limites des valeurs et des principes auxquels s’identifie le parti. Donc, je ne crois pas qu’au sein de la NGR il y ait quelqu’un qui soit jaloux de je ne sais quoi. C’est comme cela qu’on vit au sein de la NGR. Je ne crois pas qu’il y ait de jaloux. Non.
Après cette conférence de presse, quelles sont vos relations avec le président Abe et son conseiller spécial, Facinet Fofana ?
Nos relations sont très bonnes. Pas plus tard qu’avant-hier (ndlr 25 février) Abe Sylla m’a appelé. Nous avons parlé pendant 45 minutes. Donc nous communiquons de façon constante. Il n’y a pas de chose que j’entreprends, que le parti entreprend ici sans que Abe ne soit informé. Au-delà de notre appartenance à la NGR, j’ai connu Abe à Washington où j’ai vécu depuis plus de 10 ans. Je connais ses qualités humaines. C’est quelqu’un d’extrêmement humain, gentil. J’ai été un des responsables de la communauté guinéenne dans la région de Washington avant même que nous-nous rencontrions sur le terrain politique, avant même qu’on n’entreprenne un rêve commun. Il a été celui qui a toujours soutenu, supporté les actions de la communauté guinéenne de Washington. C’est une amitié de très longue date. Ce n’est pas une déclaration à la radio ou à la télévision qui peut avoir raison de cette amitié, de cette collaboration qui a duré déjà des années, qui a été assez des moments agréable. Par rapport à son conseiller, M. Fofana, il n’y a pas non plus de problème. Hier-même (dimanche 26 février, ndlr) nous avons tenu la réunion du bureau exécutif du parti au domicile de M. Fofana. Nos relations ont été toujours bonnes. Je viens de vous dire qu’au sein de la NGR, c’est la vie démocratique. Vous savez, il y a des gens qui ont intérêt à ce qu’on dise qu’il y a des problèmes au sein de la NGR. Il y a une année et demie, certains avaient dit que la NGR disparaitrait dans quelques mois. La NGR n’a pas encore disparu. Il y en a qui ont dit qu’on ne parlera plus de Abe Sylla. Mais on continue d’en parler. Il y a des gens qui ont toujours la manie de se sentir à l’aise lorsqu’on parle de problème au niveau d’un parti, d’un individu. Non. On ne doit pas se réjouir …, d’abord il n’y a pas de problème au sein de la NGR. Mais les gens veulent qu’on perçoive qu’il y a un sein du parti, et donc, de cette perception, ça leur donne …, ça c’est un esprit un peu pernicieux, je trouve. Il n’y a aucun problème au sein de la NGR. Nous sommes en train de travailler comme un parti normal et il n’y a donc aucun problème relationnel, particulièrement entre le leader Abe Sylla qui a toujours mon soutien, avec qui j’ai collaboré et je continuerai à collaborer. Donc, avec son conseiller, avec tous les autres responsables de la NGR, je suis en très bonnes relations.
Vous avez dit tout à l’heure que vous avez parlé avec Abe pendant 45 minutes avant-hier. Qu’est-ce que vous-vous êtes dit ?
On s’est dit beaucoup de choses. Je vous ai dit, au-delà du parti politique, nous avons étroitement collaboré à Washington. Depuis qu’il est reparti dans cette région on n’avait pas parlé. Il y avait beaucoup de choses que nous avions à nous dire. Vous savez, ma famille est là-bas. Chacun de nous demandait à l’autre des nouvelles de sa famille.
Donc vous n’avez pas parlé politique
Bien entendu qu’on parle politique. Parce que je lui rends compte tous les jours de ce qui se passe ici. Il venait de recevoir le rapport du dialogue au Palais du Peuple. Dès que le rapport était prêt, je l’ai balancé à tous les responsables du collectif et de l’ADP. Et bien entendu, il a été l’une des premières personnes à l’avoir reçu. Donc il devait me confier ses commentaires par rapport à ce document. Tout cela a été l’objet de notre communication qui a duré 45 minutes.
Qu’est-ce qu’il vous a dit par rapport à ce rapport ?
Il savait déjà qu’on s’avançait vers un échec. Puisqu’il était au courant de l’évolution des choses depuis le 27 décembre 2011. Je lui rendais compte de tout le processus. Donc, il voyait que les questions essentielles sur lesquelles nous aurions dû trouver des accords, des consensus, n’ont pas trouvé d’accords. C’est ce qui a fait qu’aujourd’hui nous faisons un constat d’échec. Nous pensons que, pour le bonheur des populations de ce pays. Nous allons prendre acte de cela, je veux parler de toute la classe politique, de tous bords, que ce soit de la mouvance ou de l’opposition, pour dire que la chose la plus importante c’est l’intérêt du peuple de Guinée. Et le peuple n’est pas tellement intéressé de savoir qui, demain, aura la majorité ou pas à l’Assemblée nationale. Mais il faut qu’il y ait des élections qui nous évitent des affrontements. Et pour cela, ces élections doivent être livres, transparentes, crédibles dans un climat apaisé.
Pourquoi n’y a-t-il pas eu de consensus autour des sujets débattus pendant ce dialogue ?
Ecoutez ! Il y a plusieurs facteurs qui ont expliqué qu’on ne soit pas arrivés à trouver des consensus sur des questions essentielles. D’abord, vous-vous rappelez que le jour que nous nous avons commencé ce dialogue au Palais, il y a eu beaucoup d’erreurs qui ont été commises, qui ont eu raison de ce dialogue dès le début. Nous sommes demandeurs de ce dialogue (le collectif et l’ADP, ndlr). Vous nous avez entendus sur tous les médias en train de parler de la nécessité d’un dialogue, parce que depuis l’investiture du professeur Alpha Condé, nous vivons quotidiennement la violation de la loi, des abus du pouvoir, nous voyons des dispositions en train d’être prises pour une fraude électorale généralisée. Pour éviter cela, puisqu’on sait qu’en général, lorsque des questions sur le continent africain sont entachées d’erreurs, de fraudes, c’est de nature à provoquer des affrontements. Nous pensons que ce pays ne mérite pas qu’on aille à un affrontement. Donc, nous avons interpelé le gouvernement pour un dialogue. En le faisant, on s’est inspirés du passé de ce pays. Dans le passé on a eu des crises de confiance semblables. On a pu les surmonter. Et comment ? Il faut apprendre de cela. On n’a pas à rougir d’utiliser nos expériences passées si elles ont été surtout une réussite. Peu importes sous le gouvernement de qui. On a réussi ces expériences. Il faut rappeler qu’au temps du président Lansana Conté il y a eu des crises. L’une de ces crises c’est en 2006 dont la solution a été la CENI. Il y avait une crise de confiance entre le gouvernement et la classe politique, il y a eu un dialogue autour duquel il y a eu un comité interministériel représentant le parti de la mouvance(PUP) et tous les partis alliés d’un côté, et de l’autre, il y avait l’opposition. Voilà dans un cadre simple, efficace où des solutions idoines ont été trouvées pour permettre de surmonter la crise. C’est ce qu’exactement nous avons proposé. Quand nous avons proposé cela, les gens ont essayé de travestir ce que nous disions. Ils ont dit qu’on veut exclure des gens. Non ! Quand on veut un dialogue bipartite avec le gouvernement d’un côté avec tous ses alliés et de l’autre l’opposition. Ça n’exclut personne. Chacun peut se retrouver dans l’un ou l’autre des deux camps. Ça c’était l’un des facteurs. Le deuxième facteur, il ne faut pas avoir peur de le dire, le comité de facilitation n’a pas facilité. Vous comprenez ! Non seulement le comité de facilitation, surtout son président, a permis le vote qu’on a connu le 27 décembre qui n’aurait pas dû avoir lieu. Ce vote a mis à nu beaucoup de choses qu’on n’aurait jamais dû faire. Parce que nous étions statutairement 17 personnes autour de la table. Après le vote, on obtient 56 personnes qui ont participé à ce vote. C’est comme si on disait qu’on va faire le recensement électoral, on trouve qu’il y a trois millions d’électeurs en Guinée et le jour du vote dix millions de personnes se présentent et votent et puis on valide. Non, on ne se comporte pas comme ça dans un pays normal. Alors, ça c’était une des erreurs commises. A un moment donné, lorsque le comité de médiation s’est rendu compte que le gouvernement ne peut pas ne pas être partie prenante, ils ont demandé à le rencontrer pour voir s’il va être autour de la table, surtout face à l’opposition. Quand ils sont allés, le ministre Alhassane Condé a préparé deux décisions qu’ils ont bien lues, ils ont bien compris le contenu. Mais c’est après avoir lu le contenu de ces deux décisions dans la salle, seulement après qu’on ait soulevé la contradiction. Parce qu’on ne cherche pas à avoir le gouvernement autour de la table, au sein du comité de médiation, parce qu’il n’était pas un arbitre mais une partie au dialogue. Alors ce fut l’autre erreur. Il y a eu après, beaucoup d’actions unilatérales qui ont été posées par le président du comité. Vous-vous rappelez qu’un des membres de ce comité, l’ambassadeur Rafiou Barry, a jeté l’éponge. Donc il y a eu beaucoup d’erreurs qui ont été commises. Il y a eu beaucoup de partialités, etc. ça a été un facteur d’échec. L’autre facteur d’échec, c’est qu’il n’y a pas de volonté du côté de la mouvance d’arriver réellement à des consensus. Je vous donne un exemple. Lorsque nous allions autour de la table, la question principale était la CENI. Et en quoi cela constituait un problème ? Nous pensions que la CENI a été créée pour qu’en son sein il y ait une certaine
parité. C’est-à-dire la mouvance a dix, l’opposition a dix, l’administration a deux et la société civile a trois. Ce qui fait les vingt cinq. Lorsque la question de la CENI s’est posée, nous avions pensé qu’il y avait un certain nombre de documents que nous devrions avoir, parmi lesquels il fallait, pour prendre une décision en toute connaissance de cause, qu’on ait le résultat de l’audit de la CENI. On en a fait un tabou. On ne nous a jamais communiqué cela. Deuxième chose, la recomposition de la CENI a déjà commencé. Le président de la République a pris un acte pour remplacer les deux représentants de l’administration au sein de la CENI. Donc la recomposition a déjà commencé. Il s’agissait de terminer. Nous étions allés avec la ferme conviction que la restructuration totale de la CENI était nécessaire. Nous avons cru devoir faire une concession majeure en acceptant d’abandonner l’idée d’une restructuration totale pour se contenter d’une recomposition qui avait déjà commencé. Malgré que ce soit le président de la République qui ait commencé la recomposition, la mouvance s’y est opposée. Ce qui a fait que nous n’avons pu avoir un accord sur le sujet. Donc, il y a eu vraiment plusieurs facteurs qui ont expliqué cet échec là.
Malgré ces désaccords, allez-vous participer aux législatives ou bien vous allez les boycotter ?
Ecoutez ! Nous avons dit clairement, par rapport aux élections. Vous comprenez vous-même qu’il y a une volonté claire du côté du gouvernement de ne pas encourager ou de ne pas faire en sorte que tous les acteurs politiques puissent participer à ces élections. D’abord, autour de la table, il y avait des questions qui étaient liées au chronogramme de ces élections. On aurait pu attendre au moins qu’il y ait un rapport de ce dialogue avant de se prononcer sur une date. Mais avant même que le rapport, dont personnellement j’ai participé à l’élaboration n’ait été entamé, on avait déjà entendu sur les ondes des radios étrangères Alhassane Condé dire que les élections vont avoir lieu en mai avec ou sans l’opposition. Sur le sujet, nous pensons que c’est des genres de question qui n’ont pas lieu d’être parce qu’il faut aujourd’hui que chacun agisse en toute responsabilité. Alors pour nous, il ne sera pas question de boycotter. Le langage de boycott des élections n’est pas dans notre communication.
Donc vous allez participer aux élections avec l’actuelle CENI ?
Nous avons été clairs. Il faut qu’il y ait une CENI consensuelle. Il faut qu’il y ait la transparence, qu’il y ait une liste sécurisée. Si toutes ces conditions sont réunies, bien entendu, nous serons confiants à l’idée de participer à ces élections. Si les conditions ne sont pas réunies, nous ne boycotterons pas mais nous empêcherons que les élections soient organisées, parce que ce serait des élections à tout risque.
Comment pourriez-vous empêcher ces élections ? Quels moyens disposez-vous pour cet effet ?
Bien entendu, il y a beaucoup de moyens. Pour certains, en Guinée, quand on veut utiliser des moyens légaux et pacifiques pour faire reculer une dictature, ils pensent que c’est des paroles en l’air. Ecoutez ! Les pays africains ont une expérience. Tous les pays qui ont été anciennement colonisés ont subi des abus dans le passé. On a fait partir le colon. Ce n’est pas une dictature qu’on ne va pas faire partir. Aujourd’hui, il y a beaucoup de moyens légaux qu’on va utiliser. La dernière fois, nous avons pris la décision d’appeler à une journée ville morte à seulement 48h avant. Vous avez vu ce qui s’est passé à Conakry et à l’intérieur du pays. Si on avait pris cette décision plus tôt et on avait largement informé là-dessus, croyez-vous que les quelques individus qui sont sortis le seraient ? Je ne le crois pas. Nous sommes en mesure de nous faire entendre. Nous sommes en mesure de mobiliser les Guinéens, parce qu’on le veuille ou non, cette opposition compte encore une majorité écrasante.
Donc vous allez sortir dans la rue ?
Mais bien entendu. Nous allons sortir dans la rue. Il faut faire tout de suite la précision pour dire qu’en Guinée, le plus souvent, ça c’est la question sur laquelle on souhaiterait que les médias aident le peuvent à comprendre qu’est-ce qu’on entend par manifestation. Parce qu’on a l’impression que dès qu’on parle de manifestation en Guinée, ça nous fait penser à la violence. Mais s’il y a violence, il faut se poser la question qui est à l’origine de la violence. On dit vous envoyez les jeunes à la boucherie. Qui est le boucher ? Je crois qu’on doit s’arrêter là-dessus pour dire qu’une manifestation pacifique n’est pas un crime, elle n’est pas de la violence, sinon combien de fois nous autres avons marché dans les rues de Washington, de New York, un peu partout à travers le monde pour la libération d’un prisonnier à Conakry qui s’appelait Alpha Condé. Donc l’acte de marcher, l’acte de faire une ville morte, l’acte de faire un meeting, une caravane, ce sont des actes pacifiques, légaux que nous comptons utiliser pour nous faire entendre et surtout empêcher que ces élections qui nous amènent à des problèmes soient organisées.
Pourtant, le ministre Alhassane Condé dit que le gouvernement va fera sortir les gendarmes pour empêcher les manifestations. Ce qui veut dire qu’il y aura affrontements.
Je rappelle simplement que le ministre Alhassane Condé n’est pas à sa première déclaration qui se situe au-delà des proportions d’un homme responsable. A chaque fois que ce ministre est intervenu, on a vu qu’il est allé au-delà de certaines limites. Et ça ce n’est pas ce qu’on attend d’un ministre de la République. Nous avons suivi ses déclarations sur les libertés fondamentales. Il ne s’est pas gêné de dire que qu’il n’y a plus de manifestation en GQUIN2E
Ça, ce n’est pas lui qui doit le dire. C’est la Constitution qui règle le problème. Nous avons suivi beaucoup de dates qu’il a tentées de proposer, des qui dates s’inscrivent dans l’illégalité parfaite. Parce qu’il ne revient pas à un ministre de créer un syndicat. Donc la question même de la compétence de ce ministre se pose. N’est pas ministre qui le veut, hein. Il faut quand même une certaine compétence, une certaine vision, une certaine expérience. Bon, il en eu pour avoir participé à un des gouvernements de Lanasana Conté. Mais lorsque vous revenez en arrière pour voir les actes qu’il avait posés, ce n’étaient pas des actes honorables non plus. Donc aujourd’hui, ce qu’on peut lui dire, c’est qu’il gagne en âge. On sait quelque part le raisonnement prend le coup avec l’âge. Mais je crois que la manière d’éviter de mettre en danger la République c’est de se réserver de faire des déclarations sans une réflexion approfondie au préalable. Nous disons que ce ne sont pas les déclarations du ministre Alhassane Condé qui vont empêcher qu’en Guinée nous empêchions des élections qui vont nous conduire à de sérieux problèmes. Là-dessus, nous l’avons dit clairement, ce ne sont pas des paroles en l’air, le ministre doit savoir que s’ils essayent d’utiliser la force pour organiser les élections, ils vont nous trouver sur leur chemin.
Je reviens un peu sur le sujet de la NGR. Le président Abe dit qu’il confirme qu’il est prêt à travailler avec le Professeur Alpha Condé.
C’est tout à fait normal. Il peut travailler avec le Professeur Alpha Condé. Je viens de vous dire que la NGR est une formation démocratique. Figurez-vous, lorsqu’en France, un président de Gauche arrive au pouvoir, il peut contacter quelques personnalités de Droite pour faire nommer dans le gouvernement. Lorsque Sarkozy est arrivé au pouvoir, c’était quelqu’un de Gauche qui était son ministre des Affaires étrangères. Ça se passe dans toutes les démocraties du monde. Aux Etats-Unis, avec le président Obama, jusque là son Secrétaire d’Etat à la Défense est un républicain. Obama a identifié au sein du parti républicain des compétences dont il a fait appel pour faire face à des problèmes précis. Donc c’est tout à fait normal qu’au sein de la NGR, si le président Alpha Condé identifie quelques personnes, ça peut être Abe lui-même. Il trouve qu’il a des compétences, il peut travailler avec lui. Je crois que Abe lui-même a dit que sur les bases d’un programme il serait prêt à entrer dans un gouvernement d’Alpha Condé. Il n’y a pas de contradiction que dans le même parti il y ait des gens qui disent ne pas vouloir travailler avec le Professeur Alpha Condé. Il n’y a pas de problème en cela.
Pourtant, c’est vous qui êtes pressenti être ministre de l’Education dans cette éventuelle collaboration.
C’est en cela que j’ai dit que c’était une boutade, parce que ce n’est pas comme ça que les choses se font. Cela demande plusieurs accords. Premier accord, est-ce que le Professeur Alpha Condé a besoin de quelqu’un comme Faya pour appartenir à son gouvernement ? C’est une question qui, en fait, n’est pas dans la réalité. C’est une hypothèse. Vous comprenez ! C’est pour cette raison, lorsqu’on dit qu’on va participer à un gouvernement, ce n’est pas comme ça que ça se fait. Je dis, par principe, et je reviens là-dessus, ça n’a rien à avoir avec une contradiction quelconque au sein de la NGR. Je dis simplement que je ne crois pas aux gouvernements d’union nationale. Celui qui est élu doit avoir la possibilité de diriger et il doit assumer la responsabilité des actes qu’il pose. Les gouvernements d’union nationale ont toujours été des gouvernements de récompense. Des récompenses de qui ? D’individus. Mais pas du peuple. Le peuple a été toujours laissé pour compte dans ces genres de gouvernement. On en a connu beaucoup de ces genres de gouvernement de large consensus, large ouverture, d’union nationale. Mais à quoi cela nous a amenés ? Peut-être à contenter certaines personnes qui ne seraient pas contentes s’ils n’étaient pas là. C’est le peuple qui doit être content, pas un individu. Moi, je ne crois pas à un gouvernement d’union nationale. Par contre, il appartient au président qui est en place d’identifier des compétences partout où il peut les trouver. L’une des critiques qu’on formule à l’égard du président Alpha Condé, c’est qu’il a un parti politique qui a certes des cadres mais en réalité, le gouvernement qu’il nous a fourni ne reflète pas cette réalité. Il a été supporté par une alliance très composite (l’alliance arc-en-ciel). Il y a quelques individus de dans qui sont très compétents, qui ont de l’expérience. Ceux-là sont complètement laissés à l’écart et on est en train d’embaucher des frères, des cousins. La direction d’un pays n’est pas une affaire de cousins, de frères, d’oncles, de neveux. C’est une affaire de compétence. Un frère, un cousin, un neveu peut vous aider à conquérir le pouvoir mais il faut une compétence pour vous aider à gérer le pouvoir. Aujourd’hui le président Alpha Condé est confronté à ce problème-là. Il pense qu’un bon militant est nécessairement un bon ministre. Ce n’est pas vrai. Un bon militant sait vous soutenir, il peut aller dans la rue, il peut crier, etc. Mais s’il n’a aucune compétence, il n’en a pas. Et donc, c’est une question de vision. Ne voyez pas en cela une contradiction quelconque au sein de la NGR. Il y a des gens qui ont des convictions. J’ai des convictions. Je ne suis pas venu à la politique pour faire plaisir à quelqu’un. Je suis venu à la politique parce que je crois que ce pays ne mérite pas ce qu’il vit. Les Guinéens ne méritent pas les conditions dans lesquelles ils vivent. Je ne suis pas là pour des récompenses. Rappelez de ce que Kennedy a dit dans les années 60 aux Etats-Unis : ‘’Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Posez-vous la question de savoir ce que vous pouvez faire pour votre pays’’.Donc je ne cherche pas un poste ministériel. Il y a beaucoup d’anciens ministres. Mais qu’est-ce qu’ils nous apporté ? C’est la misère. Reconnaissons-le. Donc, que certains disent qu’ils ne travailleront pas avec le président Alpha Condé, c’est une question de principe. Je suis idéologiquement un libéral. Je crois en la liberté. Je crois en la liberté d’entreprises, en la liberté d mouvement. Je ne crois pas au communisme. Pour moi, je pense que le communisme a été un fait grave dans la vie des nations. Aujourd’hui, même ceux-là qui ont lancé le communisme l’ont abandonné, il y a des années. Voyez un peu ce qui se vit dans notre pays aujourd’hui. Lors de nos 26 premières années d’indépendance nous avons manqué beaucoup d’opportunité dans ce pays. A l’indépendance, les Guinéens exportaient certains produits. Mais lorsque le PDG disparaissait, nous étions importateurs de tout. Nous étions autant producteur, sinon plus, de cacao, de café et autres, de la Côte d’Ivoire qui a fait la pluie et le beau temps. Mais voyons un peu la vision communiste que nous avons mise en œuvre ici. A quoi cela nous a amenés ? On l’a imposé comme on est en train de le faire encore aujourd’hui, malheureusement. Allez en région forestière. Vous ne pouvez pas prendre 5 kg de riz d’un district à un autre, on vous l’enlève. C’est exactement comme ça que nous avons vécu au temps du PDG-RDA. Nous, nous avons risqué notre vie. On a tiré sur des amis. Certains sont morts, simplement parce qu’ils prenaient 1 kg de café qu’ils allaient vendre en Sierra Léone. Parlons-en parce que je veux que l’on cesse de voir des contradictions un peu partout. Ce n’est pas de la contradiction mais une question de vision. Je crois que travailler avec un communiste, c’est une forfaiture.
Donc aujourd’hui même si on vous propose un poste ministériel vous n’allez pas l’accepter ?
C’est clair. C’est du communisme. Je sais exactement comment les paysans sont en train de souffrir aujourd’hui en Guinée. Ils souffrent véritablement. Ne pas le reconnaître c’est être réellement de mauvaise foi. Au temps du PDG-RDA, l’Etat était le seul commerçant. C’est un peu le même chemin que nous sommes en train de traverser. Combien on prenait 1 kg de café avec nos parents ? 45 sylis et en dette. Le même kilo, nous qui étions enfants à l’époque, pour s’acheter un pantalon, nous allions acheter ça à nos parents à 100 sylis cash. La différence était déjà de 55 sylis pour chaque kilo. Et quand on prenait le risque pour aller avec ce kiol en Sierra Léone, nous avions 1 livre sterling qui était échangée à 360 sylis. La différence était astronomique. Pendant ce temps, en Côte d’Ivoire on encourageait les producteurs locaux. On leur trouvait le meilleur marché. En Guinée on les brigandait. La même chose qu’on a commencée encore cette fois. Je dis, cette vision communiste, moi, Faya Millimono, je n’y participe pas. Je combattrai cela parce que je crois profondément en la liberté. Seule la liberté permet la créativité. Donc c’est cela. Ce n’est pas une contradiction au sein de la NGR. Le Professeur Alpha Condé est libre d’identifier les compétences partout où il peut les trouver, que ce soit dans l’UFR, dans l’UFDG. Il en trouvé certains vice-présidents à l’UFDG qui ont créé des partis. Ça ne change absolument rien. C’est une question de vision. Et je crois que le peuple de Guinée est suffisamment intelligent pour faire la part des choses. C’est ce qui est important. La déclaration par le président Abe Sylla, je maintiens à mon jugement de cette déclaration que c’est une boutade. »
Propos recueillis par El Hassane
