DADIS AN UN ? NON, EN NEUF !
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- Catégorie : Actualités
- Mis à jour le jeudi 22 octobre 2009 10:07
- Publié le jeudi 22 octobre 2009 10:07
Le titre n’évoque ni un tour de jeu de cartes, ni un montant de pari, ni un thème astral.
Mais, il pourrait bien faire penser à l’un ou l’autre cas de figure voire aux trois réunis comme, au départ, il voulait parler du temps écoulé à Conakry entre décembre 2008 et bientôt décembre 2009 et de ce qu’il pourrait présager pour l’avenir de la Guinée. À cette échéance si proche, un certain Dadis Camara, Capitaine intrépide, dit-on, se serait depuis un an confortablement installé à son tour à… Sékhoutouréya !
Un an ! Douze longs mois, voulais-je lui accorder, avant de me prononcer sur les fêlures, les fissures et les fractures, sensibles depuis quelque temps déjà, dans le processus de transition qu’il avait promis de conduire. Ceci, malgré le mal à la Guinée difficile à imaginer qu’il est vécu, aussi douloureusement sinon plus, par une Guinéenne ou un Guinéen à l’étranger que par leurs compatriotes restés au pays.
Aux vœux de liberté, même dans la pauvreté, aux rêves de bateaux transportant certains jours hypothétiques des portions de bonheur en Guinée ou aux professions de foi ne jurant que par le redressement national dans le refus de tout enrichissement militaire au détriment du reste de la population, les dirigeants y ont encore moins cru que leurs administrés. Ces derniers n’ignorant tout de même pas que lesdites promesses politiques ont, à deux reprises, précédé de loin dans leurs tombes ceux qui ont prêté le serment solennel de les réaliser de leur vivant.
Alors, il est d’autant plus criminel, l’ordre donné de tirer en ce 28 septembre 2009, jour du 51ème anniversaire de l’indépendance de la Guinée, sur les leaders, les militants politiques et les simples citoyens qui se sont levés pour que soit tenue une seule des nouvelles promesses : assurer la transition en permettant l’organisation d’élections libres et transparentes en refrénant, dans le même temps, toute ambition militaire de conserver le pouvoir, gagné en cadeau de Noël anticipé le 23 décembre 2008 !
Neuf mois, donc, auront suffi pour pouvoir dresser le bilan d’étape, à ce point dramatique, du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement) ! Record que ni le Parti Démocratique de Guinée, ni le Comité Militaire de Redressement National n’auront battu avant lui : un bain de sang à Conakry en une journée ! L’étendue exacte de la tragédie restera à déterminer, de toute façon, mais aussi et surtout les niveaux de culpabilité. La célérité avec laquelle n’a pas été tenue la promesse de ne plus laisser couler du sang guinéen a été particulièrement ahurissante ! En maniant un peu le paradoxe, on aurait pu penser qu’elle l’aurait été, justement, pour n’avoir jamais été faite.
Le troisième pouvoir a bel et bien érigé ses quartiers dans le Palais nommé plus haut et qu’il est inutile de renommer. Car, soit dit en passant, il ne mérite pas plus de porter le patronyme de son premier président, Touré (Sékou Touré), que celui du premier ou du dernier gouverneur colonial. Non seulement parce qu’il a été reconstruit de fond en comble. Mais compte tenu des sombres légendes qu’il a alimentées et, partant, de ce qu’il a représenté comme symbole de tyrannie et de souffrance pour les Guinéens !
De moindre importance, certes, dans leur vie ordinaire, la question du nom de baptême des rues et des édifices devra un jour être réglée pour la préservation du reste de bonne santé mentale collective. Au même titre que devront coûte que coûte être examinés tous les contentieux, moraux, juridiques et politiques en suspens depuis 51 ans. Faute de quoi se multiplieront des massacres comme ceux de janvier-février 2007 et ceux du 28 septembre 2009.
Ne pas travailler à évacuer les traumatismes de tous ordres afin d’assainir les rapports entre tortionnaires et martyrs, bourreaux et victimes, spoliateurs et spoliés… n’aidera pas, de toute évidence, à émanciper avant longtemps l’homo guineensis. Qui ignore encore que les cautères sur les jambes de bois ne constituent pas des thérapies ? Combien de fois faudra-t-il répéter que plus longtemps sera différé le regard sur le chemin parcouru, moins sûre sera la nouvelle route à emprunter ?
Tous les dirigeants « nouveaux » qui se contenteront de chausser les babouches lestées et les boubous et/ou les treillis empesés des anciens seront condamnés de facto à organiser la réédition des pratiques coutumières, paralysantes et mortifères. À la disparition de Sékou Touré le 26 mars 1984, qui n’a pas pensé qu’avait disparu l’empêcheur sanguinaire de \"développer en rond\" la Guinée ? S’est installé à sa place un Colonel vite promu Général, ramasseur du \"fruit mûr\". Il en avait le moins envie mais on lui a mis à la bouche le projet de redresser la Guinée. Et, pendant vingt trois ans, soit à peu près jusqu’à son décès le 22 décembre 2008, il a égrené sous un arbre à palabres le chapelet de sa gouvernance qui n’a guère été préoccupée d’être bonne mais seulement de durer.
LA PORTE EST ÉTROITE
Neuf mois depuis que le Général Lansana Conté a quitté le Camp Samory Touré en passant l’arme à gauche. Neuf mois depuis que le Capitaine Dadis Camara a emménagé au Camp Alpha Yaya Diallo de Conakry, deux casernes aux réputations pas du tout taillées dans la demi-mesure en matière de détention, de justice et de répression. Un camp en aura juste supplanté un autre. Avec des canons plus neufs et performants sur les tempes des gouvernements successifs siégeant de façon tout à fait aléatoire à la Primature puis au Palais de la Présidence depuis sa restauration. Au total : 23 années de faux libéralisme tragique pour changer des 26 années de pseudo-révolution sanglante !…
Les neuf mois durant, des Guinéens – moi le premier et c’est bien ce qui a justifié ma réserve –, se sont pris à rêver d’une autre Guinée, enfin possible, parce que, pensions-nous, la fatalité du \"jamais deux sans trois\" n’opérerait d’aucune manière. Tenez : un beau pays, des ressources, des femmes et des hommes ayant assez souffert pour désirer écrire dans un autre registre que celui de la misère et de la tragédie. Les thèmes, la partition, les voix, les instruments existent. La musique a tout pour être belle. Elle va même l’être, commencions-nous à croire. Pour la première fois le chef d’orchestre paraît si bien inspiré. Inspiré !… Et puis, il sait, de toute façon, qu’il lui faudrait vraiment y aller fort pour atteindre à la cheville les deux premiers tyrans…
Et le jour s’est levé comme tous les jours en ce 28 septembre 2009, jour du 51ème anniversaire de l’Indépendance de la Guinée consécutive au NON opposé au référendum gaullien de 1958. Et ledit jour s’est couché avec la mort d’une centaine de Guinéens et les blessures de milliers d’autres. En saura-t-on jamais le nombre réel ?
La porte est désormais étroite, très étroite, pour tous ceux qui ambitionnent de tenir les rênes du pouvoir. Mais elle est bien la seule à emprunter de toute urgence pour éviter à la Guinée de sombrer avec ses tragédies à répétition. Telle une Somalie au chevet de laquelle plus aucune institution n’accourt. Quiconque conseillerait une autre voie se rendrait complice des drames à survenir de façon inévitable. Elle est de la taille d’un chas d’aiguille, la porte ou la voie. Pour y passer, il faudrait avoir la félinité d’un Thomas Sankara au Burkina Faso à qui les maudites kalachnikovs n’auraient pas brisé le destin prématurément le 15 octobre 1987. Il faudrait avoir la trempe d’un Jerry John Rawlings au Ghana les 14 et 15 mai puis le 5 juin et le 24 septembre 1979 voire celle d’un Amani Toumani Touré au Mali en janvier 1991.
En tout cas, plus besoin de tribun logorrhéique, pas plus que de chef de village lymphatique. La Guinée a tout donné sans avoir rien reçu en retour. Foin des prédations, déprédations et autres facéties macabres à la Bokassa, Mobutu, Nguema (Macias) !… L’Afrique a déjà donné au point d’en être encore toute paralysée !
Mais, combien de Capitaines, combien de Colonels, combien de Généraux feront leur, une fois pour toutes, cette déclaration du Sous-Commandant Marcos au Chiapas (Mexique) qui doit bien savoir de quoi il parle, déclaration dénichée (p.304) dans \"Le livre de ma mémoire\" de Danielle Mitterrand publié en 2007 chez Jean-Claude Gawsevitch, éditeur ?
« Les armées doivent servir à défendre et protéger, mais non à gouverner ! »
Est-il besoin d’ajouter que les services de sécurité dans un pays qui aspire \"à la démocratie et au développement\" doivent encadrer et protéger les manifestations démocratiques, les personnalités politiques et syndicales, leurs familles et leurs biens, sans cesser d’assurer la tranquillité de l’ensemble de leurs concitoyens ?
S’est vraiment produit au Stade du 28 septembre ce qui n’aurait jamais dû s’y produire. Des Guinéennes et des Guinéens, grands amateurs de beau football et assez bons pratiquants, sont tombés sous les balles de la soldatesque d’une certaine armée. Et, pour toujours, il fera désormais penser à un autre Stade, le Stade National de Santiago du Chili, horrible mouroir de patriotes chiliens, suite au coup d’état du sinistre… Général Pinochet, un autre mois de septembre, le 11 plus précisément, en 1973 !
