Dossiers de la (mauvaise) gouvernance Condé

Le président guinéen Alpha Condé semble s’inspirer de ses prédécesseurs, qu'il a longuement combattus, pour exercer son mandat sans élections législatives, ni Assemblée nationale légitime. Malgré de récentes avancées telles que la réforme de laCommission électorale nationale indépendante (CENI), tout indique que le scrutin attendu depuis deux ans ne se déroulera pas en 2012. Son organisation demeure même hypothétique pour 2013. Sur fond d'attentisme des opérateurs économiques devant une gouvernance de plus en plus rugueuse, le chef de l'Etat es suspecté de ne pas vouloir organiser cette consultation à haut risque pour     son pouvoir.

Imbroglio calendaire 

Lors de sa visite en France en juillet, Alpha Condé avait juré ses grands dieux à son ami François Hollande qu'il organiserait les législatives après la saison des pluies. Résultat : cette période est quasiment achevée, forçant l’Elysée à publier un     communiqué insistant sur le respect de l'agenda électoral, bref de l'Etat de droit, notion toujours aussi abstraite dans le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest. Il faudrait qu'un calendrier soit arrêté avant le 15 octobre pour espérer un scrutin en fin d'année - selon la loi, le corps électoral doit être convoqué 70 jours avant un scrutin. Impossible à tenir… Après l'adoption, mi-septembre, d'une loi instaurant un meilleur équilibre     au sein de la CENI, la Cour suprême doit se prononcer sur ce texte. Les partis vont ensuite proposer leurs listes de nouveaux membres susceptibles de composer cette entité. Après quoi, un président sera désigné à la place de Louceny Camara. Le fichier électoral constitue une autre pomme de discorde. Chargée de cette mission, l'OIF n'a pas encore transféré sur les serveurs de la société sud-africaine Waymark le fichier que le français Sagem avait réalisé pour la présidentielle de 2010. Pour ne rien arranger, Waymark, introduite en Guinée par Mohamed Condé, fils unique du chef de l'Etat, est critiquée par l'opposition car désignée sans appel d'offres.  

Opposition mobilisée 

Méfiante à l'égard d'un président perçu de plus en plus comme psychorigide, l'opposition maintient une pression suffisante pour contraindre Alpha Condé à renoncer à son déplacement à New York, le 25 septembre, pour participer à la 67e assemblée générale de l'ONU. Le lendemain, il devait surtout défendre le dossier guinéen devant le FMI, en vue de l'annulation de la dette extérieure (2,4 milliards $) dans le cadre de l'initiative PPTE. Présents en France mi-septembre, les deux leaders de     l'opposition et ex-premier ministres, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré,     continuent de soigner leurs réseaux. A Paris, le patron de l'UFDG s'est entretenu avec l'ancien premier ministre François Fillon, l'avocat Robert Bourgi, l'ex-ministre de l'intérieur Claude Guéant, le nouveau patron du Parti socialiste, Harlem Désir, ou     encore Elisabeth Barbier, madame Afrique du Quai d'Orsay. Diallo est par ailleurs attendu à Abidjan,  in septembre, pour rencontrer la puissante diaspora guinéenne et     s'entretenir avec Alassane Ouattara. Pour sa part, le patron de l'UFR a multiplié les     rencontres avec la presse française.     

Affaires juridiques 

Outre cette incertitude politique, le climat économique est alourdi par de nombreux conflits commerciaux. Sur fond de scandale Palladino, l'agenda lié au différend Necotrans-Bolloré, emblématique de la gouvernance Condé, s'accélère. Après la condamnation de Bolloré par la cour d'appel de Versailles, le 19 septembre, à verser 5 000 € au groupe de Richard Talbot, le Cirdi se prononcera à son tour fin octobre sur sa compétence à juger la plainte de Necotrans, qui estime avoir été chassé du Port autonome de Conakry (PAC) sur ordre du chef de l'Etat. Il réclame 100 millions $ de dommages et intérêts. Conakry, défendu par Laurent Jaeger     (cabinet Orrick), conteste notamment le droit de Necotrans d'entamer plusieurs procédures en arbitrage puisqu'une autre action est engagée devant la CCJA de l'Ohada. Pour cette seconde procédure, la Guinée devrait déposer son mémoire de défense le 15     octobre. L'avocat de Necotrans, Cédric Fischer (cabinet FTMS), disposera alors d'un premier document pour argumenter sur le fond.

La Lettre du Continent

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