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Sur injonction du ministre de la Fonction publique, les banques n’ont plus le droit d’accorder de prêts aux 100 000 fonctionnaires guinéens. La mesure pourrait durer quatre mois. En plein recensement biométrique de ses agents, l’État tente ainsi de stopper l’envolée des demandes de prêts de fonctionnaires fantômes. Une lettre-circulaire du ministère de la Fonction publique, de la Réforme de l’État et de la Modernisation de l’administration, datée du 27 juin 2014, a semé le trouble parmi les 100 000 fonctionnaires guinéens. Dans cette note adressée aux banques commerciales du pays, Sékou Kourouma, le ministre, leur demande de suspendre les demandes de prêts de tous les fonctionnaires et des contractuels permanents de l’État. Les agents publics guinéens ne peuvent donc plus frapper aux portes des 6 établissements de crédits agréés par la banque centrale du pays, à savoir la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de Guinée (Bicigui), la Société générale de banques en Guinée (SGBG), la Banque islamique de Guinée (BIG), Orabank-Guinée (UIBG), la Banque populaire maroco-guinéenne (BPMG) et International Commercial Bank (ICB2). Le ministre s’est expliqué sur les ondes le 4 juillet dernier : “La décision est une mesure conservatoire destinée à préserver les intérêts de l’État. Des informations nous sont parvenues selon lesquelles des fonctionnaires en situation d’abandon de poste, qui vivent à l’Etranger et qui se trouvent actuellement à Conakry en congé, s’activeraient présentement à constituer des dossiers pour prendre des crédits bancaires auprès des banques commerciales de la place. Ce qui signifie que des fonctionnaires complètement irréguliers font prendre au détriment de l’État des millions voir des milliards de francs guinéens au même moment où ils vont être radiés ou suspendus de la fonction publique. Laissant ainsi derrière eux des conflits entre l’État et les banques.” Selon les autorités, ces “faux” fonctionnaires seraient engagés dans une course contre la montre. Depuis le 5 mars, le gouvernement guinéen a en effet engagé le recensement biométrique de tous ses agents, en s’appuyant sur une sorte de police de l’administration. Sachant que leur temps est compté, ces fonctionnaires de paille multiplieraient depuis, les demandes de prêts, en arguant de leur statut d’agent public. De son côté, l’État prend les devants, de crainte de voir les banques lui présenter la facture de tous les prêts accordés à des fonctionnaires fantômes. Beaucoup de bruit pour rien ? Une dizaine de faux fonctionnaires auraient été arrêtés et remis à la justice. Très remontée, l’Association guinéenne des usagers des banques (Agub) s’est fendue d’un communiqué et “relève que la mesure ne fixe aucun délai pour limiter ses effets nuisibles sur les usagers des banques (fonctionnaires)”. L’Agub se demande pourquoi “un fonctionnaire usager de banque est-il privé de son droit sans lui proposer une alternative durable ?” Et l’association d’usagers de menacer le gouvernement si la situation perdurait : “Il faut moderniser l’administration sans pénaliser les fonctionnaires réguliers. La mesure étant contreproductive, inexplicable et sans un fondement juridique clair, son maintien apparaîtra comme un excès de pouvoir qui ouvrira droit à un recours auprès de la chambre administrative et constitutionnelle de la Cour suprême.” La durée de cette interdiction demeure très floue et varie, selon les interlocuteurs, de “quelques jours” à “quatre mois”. Le temps de terminer le recensement biométrique des fonctionnaires ?
Galanyi
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