Par une décision récente, le Préfet de Dakar, Alioune Badara Diop, ordonnait la fermeture définitive de la gare-routière principale de Dakar dénommée « Pompiers » et de toutes les gares secondaires communément appelées « Gares Flottantes », à compter du dimanche 10 août 2014 à 18 heures GMT. Cette mesure administrative est consécutive à l'inauguration et à l'effectivité de l'opérationnalisation, le lundi 11 août 2014, de la nouvelle gare nationale des « Baux Maraîchers » sise au quartier Pikine, en très haute banlieue dakaroise. Une gare des « Baux Maraîchers » - avec un coût de réalisation estimé à 7,5 milliards FCFA entièrement financé par l'Etat sénégalais - et présentée par les autorités préfectorales et municipales de Dakar comme étant « la plus spacieuse de l'Afrique de l'Ouest puisque s'étendant sur près de seize hectares de superficie assortie d'une capacité d'accueil de quinze mille véhicules », qu'il est absolument question de rentabiliser à l'effet d'amortir à court terme les ressources englouties pour sa réalisation, nonobstant son éloignement du centre-ville. Autant dire que l'on ne saurait faire des omelettes sans casser des œufs.
De la visite de terrain effectuée par notre équipe de reportage, au lendemain du déguerpissement des occupants de la gare de « Pompiers », au nombre desquels figuraient plusieurs dizaines de ressortissants guinéens vivant à Dakar, il ressort que ce site qui, autrefois, grouillait de monde, présente désormais un visage exsangue. Point de véhicules ni de passagers, sinon que d'anciens locataires et usagers, au bord des larmes. Même constat au niveau des Rues 20 et 25 du quartier commercial de Médina, lesquelles abritaient des « Gares Flottantes » très prisées par la communauté guinéenne, tant en termes d'engins que de voyageurs.
« Cette nouvelle mesure du préfet de Dakar, bien qu'elle ne soit orientée contre une quelconque communauté, s'avère très contraignante et lourde de conséquences pour nous et nos passagers. Depuis ce matin on ne sait plus à quel saint se vouer. Pire, certains agents préfectoraux et municipaux non mandatés par leurs supérieurs hiérarchiques sont passés nous escroquer ici en extorquant à chaque usager la somme de 20.000 FCFA soit 140.000 francs guinéens, au motif que c'était le prix à payer pour que nous ne soyons pas congédiés des « Gares Flottantes ». A notre grande surprise, des éléments de la Police Centrale ont débarqué quelques instants après pour nous retirer les pièces de nos véhicules en vue de nous infliger des amendes pour violation d'une décision administrative assimilable à une loi. Nous avons informé les membres du syndicat des transporteurs de notre mésaventure afin de trouver une solution négociée. Nous souhaiterions que les autorités nous comprennent en ne nous fermant pas les « Gares Flottantes », même si cela doit entraîner une revalorisation des taxes que nous payions, d'autant plus que contrairement à ce qu'on laisse croire, la nouvelle gare routière est très éloignée et très exiguë pour tout ce beau monde », se désole notre compatriote Souleymane Bah, un des responsables des transporteurs pratiquant l'axe Dakar-Conakry.
Cette proposition est largement partagée par nombre de responsables syndicaux rencontrés sur le terrain, à l'instar de Diallo Amadou du « Pont de la Gueule Tapée », locataire de son état depuis sept ans, de Bah Alpha Omar et de Diallo Ibrahima Djinkan de la Rue1.Tous sont unanimes qu'il faut absolument respecter la loi, mais plaident pour que les autorités discutent avec les usagers afin de trouver une solution idoine qui soit favorable à toutes les parties.
Interrogé, un chauffeur de l'axe Dakar-Conakry a, quant lui, attiré l'attention des autorités sénégalaises sur les conséquences qui peuvent découler de leur décision, précisant que les commerçants guinéens qui viennent ramasser des marchandises au Sénégal risquent de se tourner vers d'autres destinations suite à l'augmentation des frais de transport, sans compter les retards et/ou pertes de bagages qu'ils pourraient enregistrer. A croire également que nos compatriotes qui exerçaient de petites activités génératrices de revenus à l'intérieur des gares fermées sont désormais voués au chômage.
Mandian SIDIBE, Correspondant de www.kababachir.com à Dakar
