Où est passé l’argent des contrôleurs d’Ebola ? « On blague avec la vie des gens », dixit un agent basé à Pamelap, la frontière sensible guinéeo-leonaise

C’est ce jeudi 30 octobre que Guineematin.com a enregistré l’appel d’un gendarme qu’on avait rencontré quelques jours plutôt lors d’un reportage à la frontière guinéeo-leonaise.

 

« Mon frère, ils nous ont abandonnés ici sans argent ! Personne ne nous appelle au moins pour savoir ce qui se passe… ».

 

Très amer, il poursuit :

 

« Les gens nous ont envoyés ici sur le terrain en compagnie d’un médecin civil. Nous avons trouvé d’autres à la frontière. En tout, nous sommes cinq agents de contrôle. Et, c’est comme ça dans toutes les préfectures de la Guinée. Mais cela fait soixante douze jours aujourd’hui (jeudi 30 octobre)... L’installation a  commencé par nous. Depuis qu’ils ont payé le premier mois, à partir du 33ème jour de contrôle, jusqu’à maintenant, nous sommes le 72ème jour, on n’a vu personne. On ne nous appelle même pas pour savoir comment ça se passe sur le terrain. C’est très grave ! Les médecins civils qui sont avec nous, puisque moi je suis militaire, menacent de quitter.. Ils vont me laisser seul ici… Nous sommes dans une mission patriotique, mais il faut qu’on nous soutienne. Ceux qui ont accepté d’être ici peuvent mourir. Aujourd’hui, ils sont entrain de nous maltraiter.  Cela me dépasse, il y a des malhonnêtes qui sont entrain de blaguer avec la vie des gens. Actuellement, même pour la nourriture des agents, il faut aller jusqu’à Forécariah, s’endetter et revenir faire le travail. C’est incompréhensible ». 

 

Rappelons encore que depuis la réception de cet appel, nous avons cherché vainement à vérifier ces accusations auprès de la Coordination nationale. Nous n’avons pu échanger ni avec le Coordinateur national, Dr. Sakoba Kéita, ni avec le chargé de la communication, Fodé Tass Sylla. Ce dernier d’ailleurs semble nous montrer qu’il est occupé chaque fois qu’on l’appelle ces deux derniers jours, en décrochant l’appel et en laissant nos crédits se consommer sans nous accorder un seul mot…

 

C’est d’ailleurs fréquent en Guinée que des gens démarchent pour se hisser à des postes de responsabilité et qu’ils fassent autre chose que la charge qui leur est assignée, alors que des adjoints peuvent être nommés pour répondre aux questions des médias et des citoyens, quand celui qui en est le premier responsable est occupé à autre chose. Très souvent, les chargés de communication, conseillers, porte-parole, etc., sont les plus hostiles à la communication…

 

A moins que le refus de communiquer, pour ce cas d’espèce, trouve son explication dans le manque d’arguments devant le constat de l’opacité de la gestion des fonds alloués à la lutte contre Ebola.

 

Sinon, comment expliquer que des agents déployés sur le terrain pour contrôler cette grave épidémie ne reçoivent pas leur traitement et primes avec tous ces dons, toutes les aides… tous ces millions qu’on enregistre ces derniers temps ? Comment peut-on imaginer « vaincre la chaîne de contamination », sans surveiller et contrôler les mouvements de « contacts » et de malades dans des endroits aussi stratégiques que Pamelap?

 

A bien examiner la méthode de lutte contre Ebola dans notre pays, on peut se faire une idée sur le fait que plus on lutte, plus Ebola se propage et fait des dégâts ! C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles beaucoup d'« étrangers » nous interdisent leurs pays.

 

C’est pourquoi, au moment où on espérait voir l’étau se desserrer et ceux qui nous fermaient nous rouvrir leurs frontières, on apprend que des pays aussi éloignés que l’Australie et le Canada ont tout compris et ont décidé de suspendre les émissions de visa pour les Guinéens et ceux qui en viennent …

 

Nouhou Baldé

 

www.guineematin.com

Extraits de www.nouvellerepubliquedeguinee.net, partenaire

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