A la Une: Ebola est toujours là
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- Catégorie : Info Flash
- Mis à jour le mardi 10 juin 2014 12:30
- Publié le mardi 10 juin 2014 12:30
- Écrit par Frédéric Couteau

On en parlait moins ces dernières semaines, mais l’épidémie de fièvre Ebola se poursuit en Afrique de l’Ouest, essentiellement en Guinée. « L’épidémie qui semblait avoir été maîtrisée par les responsables guinéens de la santé refait surface dans le pays, déplore le site d’information AfriqueJet, notamment à Kouroussa, à environ 300 km de Conakry, où elle a fait 8 morts, tous d’une même famille. Le dernier cas a été signalé dimanche dernier dans cette même préfecture où d’importants moyens, notamment des médicaments, des agents de santé, ont été acheminés. » Par ailleurs, poursuit AfriqueJet, « plusieurs nouveaux cas ont été recensés récemment dans certaines des cinq communes de Conakry, mais aussi à Dubréka en Guinée maritime à environ 50 km de la capitale et à Télimélé, à 300 km. Dans un bilan, publié vendredi, le ministère de la Santé a annoncé que depuis le début de la maladie en janvier dernier, 206 cas dont 126 décès ont été enregistrés dans le pays. »
Un bilan qui fait polémique...
En effet, l’OMS avance des chiffres beaucoup plus élevés. « Entre l’OMS qui annonce 208 morts et le comité national de gestion de la maladie qui, lui, ne dénombre que 126 cas mortels, les populations ne savent plus à quelle source se fier, déplore Guinée Conakry infos. Avec un écart abyssal de 82 personnes dont on ne sait si elles sont vivantes ou mortes, la plaisanterie frise la criminalité. (…) Pour justifier cet écart, précise Guinée Conakry Infos, les autorités guinéennes invoquent une erreur qui aurait été commise par les experts de l’instance onusienne. Le ministre de la Coopération internationale indique même que le représentant de l’OMS aurait reconnu le fait. »
Alors, « il est bien possible, poursuit Guinée Conakry Infos, que les autorités guinéennes aient raison. Le problème cependant c’est que jusqu’ici l’organisme onusien n’a pas formellement démenti les informations qu’il a diffusées. Mieux, ces dernières sont toujours sur le site web de l’OMS. »
Du coup, autre éventualité, toujours selon Guinée Conakry Infos : « Le gouvernement guinéen ferait tout pour étouffer et cacher les informations sur l’épidémie. » Dans ce cas là, attention, prévient le site : « De la part des responsables guinéens, il est compréhensible qu’on traque toute communication alarmiste, mais de là à taire toute information sur un mal aussi dévastateur, il y a quelque chose de franchement incompréhensible. D’autant plus que dans son désir de limiter les effets d’Ebola sur l’économie, l’Etat guinéen n’hésite pas à croiser le fer avec certains partenaires censés lui venir en aide. »
Au-delà de cette polémique sur le bilan de l’épidémie en Guinée, le quotidien Le Pays, au Burkina, s’interroge sur le pourquoi et le comment de cette résurgence
« On peut se demander si les autorités guinéennes n’ont pas quelque peu fait preuve de négligence, et s’il y a eu un réel suivi de l’épidémie sur le terrain, estime le quotidien ouagalais. Or, tant qu’il y aura un foyer d’Ebola quelque part, la menace de la propagation restera permanente pour toute la sous-région. Ce d’autant plus que la porosité des frontières entraîne des flux et reflux de populations aux us et coutumes quelquefois similaires. Dans ces conditions, relève encore Le Pays, la dimension socioculturelle rend l’efficacité de la lutte beaucoup plus hypothétique étant donné que certaines populations, fortement attachées à leurs valeurs culturelles, ne sauraient s’empêcher certains réflexes comme la manipulation des cadavres, la non-utilisation de cercueils avant l’ensevelissement des corps, quand ce n’est pas une résistance aux croyances, voire une dénégation de l’existence même de la maladie. »
Résultat, conclut Le Pays : « La pauvreté et l’ignorance des populations d’une part, et la négligence et le manque de vision des pouvoirs publics d’autre part font que la lutte contre Ebola sera des plus difficiles. D’où la nécessité d’une vaste campagne de communication et de sensibilisation à l’endroit des populations afin d’éviter une trop grande propagation du virus, et une plus grande implication des pouvoirs publics aux côtés des ONG qui s’affairent sur le terrain à apporter assistance et réconfort aux populations. Par ailleurs, relève enfin le quotidien burkinabé, en raison de la non-étanchéité des frontières, il ne serait pas superfétatoire de penser à une stratégie commune de lutte, si l’on veut crier victoire sur Ebola. »
