Hillary Clinton à Monrovia: Dadis et Soro au TPI ?
- Détails
- Catégorie : International
- Mis à jour le samedi 28 janvier 2012 23:13
- Publié le lundi 23 janvier 2012 12:18
- Écrit par Top sylla
Le huis clos qui a scellé le sort de Soro et Dadis
En marge de l'investiture de la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, à Monrovia, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, a, selon des sources bien introduites, eu des entrevues privées avec les Présidents guinéen, Alpha Condé, et ivoirien Alassane Dramane Ouattara.
La « dame de fer » aurait parlé à l'un de la comparution très prochaine à la Cour Pénale Internationale de la Haye (TPI) du Premier ministre ivoirien Guillaume Soro, à titre de témoin pour toutes les exactions commises par les Forces nouvelles et les FRCI en Côte d'Ivoire. A l'autre, de l'inculpation imminente de l'ex chef de la junte guinéenne Moussa Dadis Camara. Elle leur aurait demandé de faciliter le transfert des deux hommes à la CPI. Une requête qui ne peut que mettre dans l'embarras les deux Présidents.
Les témoignages de Guillaume Soro à la CPI pour les nombreux crimes massifs commis en Côte d'Ivoire sous son autorité pourraient probablement mener à son inculpation puis à sa condamnation. Mais en attendant, Soro est puissant dans le pays en sa double qualité de Premier ministre et de ministre de la Défense. Sans oublier qu'il était le chef charismatique de la rébellion du Nord qui avait combattu, à partir de 2002, le pouvoir de Laurent Gbagbo au compte d'Alassane Ouattara, sous le nom des Forces nouvelles de Côte d'Ivoire, muées en Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) pendant la crise postélectorale. Nul n'ignore que c'est la grande offensive des FRCI, émaillée de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, qui a permis à ADO d'accéder au pouvoir. Ainsi, depuis dix ans, Guillaume Soro est au cœur du dispositif d’ conquêtes et de l'exercice du pouvoir mis en place par Ouattara. C'est son double ascendant sur les populations du nord et sur les forces armées ivoiriennes dans leur nouvelle configuration qui lui a valu sa double casquette dans le gouvernement ivoirien. Le Président Alassane Ouattara risquerait donc gros à lâcher un tel homme, même si une mise hors-circuit de Guillaume Soro avec sa complicité passive aplanirait son chemin dans la perspective de la présidentielle de 2015, à laquelle ce dernier pourrait enfin se présenter, parce qu'il aura eu l'âge légal de 40 ans. L'idylle entre les deux hommes ne peut qu'être habitée par une méfiance réciproque sourde, comme il en existe toujours entre deux affidés puissants qui ont réussi à conquérir le pouvoir dans un pays. Tels Sankara et Compaoré, Dadis et Konaté.
Ce sera donc un jeu serré entre Ado et Soro.
Pour ce qui concerne le capitaine Moussa Dadis Camara, le Président Alpha Condé ne pourrait qu'être également dans un l'embarras si Dadis venait à être inculpé avant les législatives guinéennes. En effet, le candidat Alpha Condé, fortement minoritaire au premier tour de la présidentielle du 27 juin 2010 (avec moins d'un Guinéen sur cinq), avait besoin de ratisser large dans l'électorat des autres formations politiques. Les deux partis majoritaires de la Forêt, qui totalisaient 8 pour cent, avaient naturellement été convoités par les deux candidats au second tour tour, par Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. La principale condition posée par ces deux partis, qui représentaient la très grande majorité des électeurs Forestiers, était le retour de Dadis en Guinée. Dalein, contacté par les deux leaders, avait bien souhaité que la Forêt rejoigne son alliance mais avait eu le courage de leur dire que le cas de Dadis dépassait la Guinée et qu'il était l'affaire du Conseil de sécurité des Nations Unies et de la CPI. Par contre, le candidat Alpha Condé les avait assurés que c'était chose facile pour lui et il avait signé des deux mains les accords avec le RDR et le RDIG. Seulement, après sa victoire, il tarde à tenir sa promesse, concernant Dadis et n'a pas du tout tenu celle relative à l'octroi de 25 pour cent des postes administratifs et diplomatiques au RDR et de 7 postes ministériels au RDIG.
Si Dadis était inculpé par la CPI, il est clair que les Forestiers se sentiraient frustrés et seraient davantage en colère contre le Président Alpha Condé, surtout avec les injustices ressenties après le jugement de l'affaire de Galakpaye et les exactions commises sur les populations de Saoro. Une colère dont se passerait bien Alpha Condé qui travaille actuellement à faire rallier les leaders politiques forestiers au RPG-Arc-En-Ciel, pour accroître un tant soit peu son électorat déjà fort maigre, dans la perspective des législatives.
Toujours est-il que, pendant qu'Alpha Condé était à Monrovia, le colonel Thiégboro Camara, qui figure en bonne place dans le rapport de la commission d'enquête du Conseil de sécurité sur le massacre et les viols du 28 septembre 2009, en tant que « responsable de commandement militaire », vient d'être limogé de son poste de secrétaire d'Etat chargé des services spéciaux et de la lutte contre le grand banditisme et mis à la disposition de son corps d'origine, la gendarmerie nationale. Est-ce pour faciliter son inculpation imminente et son transfèrement à la CPI ?
Au demeurant, même si l'Amérique n'est pas partie prenante à la convention de Rome, elle est la première puissance mondiale, par conséquent elle a la haute main sur les affaires internationales. Et Hillary Clinton est à cheval sur la poursuite des auteurs et complices de viols collectifs de femmes où que ça se produise sur terre. Donc ses doléances en la matière ont les allures d'ordres.
