Mali : la fin programmée des putschistes ?

(Paris) - Le putsch du 22 mars risque de rester dans l'histoire continentale comme l'un de ces coups militaires les plus ineptes. Souvenons-nous : des militaires à peine gradés, ou si peu, sortent du camp militaire de Kati à quelques kilomètres de Bamako, prennent par les armes le palais de Koulouba surplombant la capitale malienne où le président Amadou Toumani Touré aurait été exfiltré par des troupes américaines.

Puis, emportés par leur fougue, ils descendent en ville, occupent l'Office de radio-télévision du Mali (ORTM), et annoncent crânement aux peuples du Mali et au monde la suspension de la Constitution et de toutes ses institutions... au nom du rétablissement de l'autorité de l'Etat (!?).

S'improvisant en Conseil national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE), ils en profitent donc par mettre à bas les institutions d'une IIIe République, obtenue au prix de plusieurs centaines de morts lors des journées de sang de mars 1991, au moment de la chute du régime honni de Moussa Traoré.

Le capitaine Amadou Haya Sanogo, chef de la junte. © AFP

Premiers résultats : pillages et saccages en ville auxquels participent activement des hommes de troupe, se servant outrageusement de carburant, d'électroménager, de boissons en tout genre...

Le capitaine Amadou Haya Sanogo, chef de cette junte, prétend se lever contre l'inaction voire l'extrême corruption de l'équipe du président Amadou Toumani Touré (ATT), arrivant à la fin de son second mandat et donc plus éligible. Ensablée dans une guerre au nord qui ne disait pas encore son nom, l'armée nationale semble bien moins équipée que les rebelles touareg et salafistes, dont près d'un millier sont « rentrés » surarmés au pays, après des années passées dans le giron de la légion islamique de feu le « roi des rois [autoproclamé] d'Afrique », le colonel Kadhafi.

Conséquences beaucoup plus graves : une armée en déroute, déguerpissant pratiquement sans combattre de Tessalit, Kidal, Gao, Tombouctou... devant la rapide avancée des forces du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et de ses alliés d'Ansar Dine (« Défenseur de l'islam »), groupe touareg salafiste dirigé par Iyad ag Ghali, ancien du Mouvement populaire de l'Azawad (MPA), fer de lance de la rébellion des années 1990. Sans oublier l'embargo « total » de la Cédéao, qui risque de mettre à genoux tout un pays.

Face à tels défis, Amadou Haya Sanogo déclarait dimanche 1er avril vouloir restaurer la Constitution et ses institutions qu'il avait essayé de mettre à terre, tout en soulignant que le coup d'Etat n'était pas un échec... Et de promettre une vague consultation des « forces vives » de la nation en vue d'une transition chargée d'organiser de futures élections...  tout en restant quand même aux affaires...

Mais au fait, que se passait-il au Mali avant ce coup de force d'un autre temps ? Le pays était en pleine campagne électorale, préparant activement le premier tour de l'élection présidentielle qui devait se dérouler à la fin de ce mois. Et l'armée n'était pas encore en pleine déroute.

Les défis d'aujourd'hui sont d'une tout autre nature : il s'agit de sauver l'intégrité territoriale, mise très à mal par la revendication d'indépendance de la moitié nord du pays. Et d'éviter - qui sait ? - l'instauration d'un hypothétique khalifa que les salafistes du groupe Ansar Dine souhaiteraient imposer au cœur de la bande sahélo-saharienne. N'oublions pas qu'Iyad ag Ghali a des liens de sang avec l'un des chefs d'une katiba d'AQMI...

Le drapeau noir d'Ansar Dine flotte désormais sur Tombouctou... La ville aux 333 saints sera-t-elle obligée de se voiler la face, régie par une charia des plus obscures ? Il y a très longtemps, la ville accueillait une université islamique qui rayonnait bien au-delà des frontières de la région. Jusqu'à 25 000 étudiants y travaillèrent. C'était au XVe siècle... et les lettrés rêvaient d'en découvrir ses richesses.

Première pierre à apporter à l'édifice de la reconstruction : la fin de cette junte et le retour des militaires dans les casernes. Viendra ensuite le temps des politiques qui devront nécessairement prendre langue avec les « rebelles » du Nord afin de convenir d'un avenir commun et d'éviter ces combats fratricides à fort relent ethno-raciste. Toutes les populations du Mali, noires, blanches, septentrionales et méridionales, devront nécessairement (ré)apprendre à vivre ensemble.

source : africamix/médiapart

 

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