Hollande/Sarkozy : Le match

 

 

Boule-boule, légèrement lourdaud (il s’est refait depuis, se délestant de quelques kilos) mais pétillant, séducteur, brillant causeur, il avait « levé « les plus belles jambes de l’ENA ». Il est difficile d’entrer à l’ENA. Mais quand on y entre, on en sort presque toujours meilleur. Cependant votre carrière dépendra de la porte de sortie vers laquelle votre rang vous aura dirigé. « Le top 50 », c’est, dans l’ordre décroissant, l’Inspection des finances, le Conseil d’Etat, etc. De toutes façons ou vous allez vers le sommet de l’Etat, ou vous serez destiné à une carrière de « haut commis de l’Etat ». Obscur ou célèbre, mais toujours plus dans la hiérarchie de la fonction publique en fin de carrière.

L’étoile Hollande a brillé en politique, hors l’Etat, dans le PS précisément. Il en a gravi tous les gradins, jusqu’à son sommet, être Premier Secrétaire. Il en a trinqué à l’occasion de toutes les intrigues, de tous les aléas, des affres mais quelquefois sans doute, des moments fastueux, dans la proximité d’un certain 10 Mai, juste avant et juste après, au moins.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

Faisons quelques pas de géant et venons-en au tsunami de la défaite de Lionel Jospin le 21 avril 2002 qui a soumis le PS au martyre des gros sabots de ses éléphants, presque tous sortis par la « porte des devas » (René Guénon), le « toit » de l’ENA et presque tous ayant occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, de ministre à Premier ministre en passant par Ministre d’Etat. Tous brillants, « égaux en droit » d’être présidentiables, au  risque « d’exploser » le PS, le triste sort que son challenger réservait à François Hollande il y a quelques heures.

Et vint la femme.

Celle là- même à l’ENA qu’on ne pouvait pas séduire par une simple note de classe, étant elle-même du sérail, l’incontournable Station des happy few, au bout de la chevauchée fantastique des futurs hauts magistrats de la « France d’en Haut ». « La Grande royale » (1) devenue, depuis que le PS tourne dans le sens inverse d’une aiguille de montre,  Mme royale, de la bouche même de son compagnon avec qui elle avait eu quatre enfants. Ségolène Royale était devenue la favorite, pas seulement des militants du Parti, dont elle finit par porter les couleurs et tenir la banderille face à..

Hollande devenu Premier Secrétaire était donc sans jeu de mots, ès qualité, disqualifié pour la présidentielle. Contraint d’être non pas sur les accotements de l’Histoire et des histoires du quarto, et du quintet infernal, en comptant le toréador qui s’était accaparé le bleu blanc rouge du camp d’en face qui pour cette raison, était devenu une Droite sans frontières ! Curieux et faux anagramme de SDF ! Une histoire de faux jumeaux, si l’on veut..

Hollande était donc en plein milieu du terrain, au risque de devoir soupirer « je suis partout ! ». Quelle horreur ! (2) Hollande arbitre d’un match, mais à qui il était interdit de toucher au ballon, sauf pour les remises en jeu. Les tentations, les risques étaient grands de faire un arbitrage subjectif. D’abord ne pas avoir l’air de favoriser sa compagne devenue Ex depuis. Justement on ne sait plus quand, du moins pour nous autres Français moyens du PMU, de Bigard, des coups de coudes sur le zinc.. Donc, ne pas avoir l’air de trop siffler mon Ex, parce que tout de même elle aurait pu me. Mais enfin il y a des limites à l’égalité de l’homme et de la femme ! Au fond, j’aurais dû l’amener à la mairie et lui mettre cette bague de..attention ..

Pénalty !

Royale tire et c’est la fameuse « folio seca » brésilienne » : la balle monte, meurt là-haut et retombe comme « une feuille morte » dans le filet. Exit Fabius, Aubry et Strauss-Kahn

Ouf pour Hollande. Mais pas pour longtemps. Dans cette traversée du désert PS, puisque notre moderne « Jeanne d’Arc » un peu surfaite à la manière de la « Rumeur d’Orléans », née d’un désir coupable, se vit coupée d’ailes, quand défaite par cette même rumeur gonflée par la même hyperbulle de l’Internet aux voiles plus puissantes que les réseaux sociaux d’une Toile qu’un pitbull fabriqué et dressé par un réseau encore plus puissant n’eut pas beaucoup de mal à déchirer lors d’une messe noire où un certain désir se brisa et devint sans avenir.. Rescapé de la tempête qui le libéra de la nasse où famille privée et famille politique s’étaient emmêlées et lui comme pris dans leur glu, voilà que surgit dans ce ciel enténébré une étoile qui a nom Strauss-Kahn, toujours lui. Tous les sondages le donnent gagnant dans tous les cas de figure. Aucune pirouette à la Zidane ne pourrait sauver le soldat Hollande. Après avoir géré son cœur, celui de sa compagne, celui des militants, impossible cocktail, « soap opera », mélo cornélien, sourd drame racinien, il avait mérité tous les Césars de cette semi-décennie ! Eh bien ce sera pour une autre fois. Encore dix, vingt ans. Foutu.

Mais arrive le Destin comme un souffle wagnérien, et Tristan après avoir échappe au glaive d’Isolde, sera sauvé par une nouvelle figure féminine du Destin. Inspirée par un petit calcul égoïste de l’Histoire (Lénine), instrument, héraut et fléau de l’Histoire et des dieux qui trônent sur la grande Bourse des jeux du « hasard et de la nécessité », elle fait faucher et balayer Strauss-Kahn du paysage politique, ne laissant face à Hollande que la  dernière Jeanne d’Arc. Aubry. Surdouée, solide comme un roc d’où suinte parfois des larmes qui la rendent encore plus solide car encore humaine dans ce paysage de caïmans parfois sans foi ni loi. Blindée d’expérience comme élue, femme d’Etat ayant occupé la deuxième place protocolaire dans le gouvernement de Jospin, ne la cédant que pour la forme à un Fabius, ex Premier ministre qui ne pouvait occuper une place inférieure, bref « la Martine » est la fille de son père. Je ne sais pas si elle aime le Jazz comme ce dernier, mais elle ne « cracherait » pas comme ce dernier sur le Trône de l’Elysée. Ceci expliquerait peut-être cela, qui est une autre histoire.

Exit Martine

Le rhombe du Destin sonne encore. Sa nouvelle figure féminine a nom, Nafissatou et son souffle comme sorti de mille trompes tibétaines, emporte DSK, léger comme « una folia seca », frivole comme un tabloïd !

La vraie voie royale vers l’Elysée s’offre à Hollande.

Un jeune homme poupin qui avait cueilli le cœur de Royale, qui a surmonté les vagues du tsunami Jospin, réussi l’acrobatique arbitrage des primaires historiques qui avaient sorti ce dernier de l’Histoire, sur fond de tourments réels ou supposés, mais vécus dans le silence, en tout cas totalement invisibles sur le visage d’un Hollande plus Pancho que Don Quichotte, ce Monsieur est un de ces « zhéros qui n’est pas rien » (2) pour avoir éliminé sans faire trop de vagues, une Première secrétaire de la dimension de Martine Aubry. Voici Hollande face à son destin qui a la figure redoutable d’un Terminator d’éléphants, car la droite n’en manque pas. De Villepin, Juppé, « le meilleur de nous tous » (Chirac) eh oui, il pouvait se mettre en travers de la route de Sarkozy. S’il ne l’a pas fait, c’est qu’il en a été empêché par ce dernier, de façon soft, certes, après un coup de pouce du destin en faveur de Sarkozy, mais Sarkozy a eu l’intuition d’être à l’écoute de l’histoire. Ne parlons pas de Borloo, même technique. Moi ou le chaos à droite, qui menace depuis son « extrême », d’où l’on entend les furieux rugissements des déferlantes marines.

Contrairement à la Grande Royale, maîtresse de la redoutable machine des réseaux sociaux qui l’ont aidée à s’imposer au PS débordé par les sympathisants « adorateurs » d’images, voici Hollande face au maître des médias, puisqu’il en est un presque-pur produit. Sarkozy n’est pas, pour au temps, un bonimenteur. Ce qu’il sait il le sait avec précision, notamment les questions économiques, l’Europe, etc. Le tout emballé par ce regard droit dans l’œil de « la caméra subjective » dans laquelle il a le génie de se faufiler ! Et nous, rendus captifs d’un faux filet..

Ainsi, l’Homme qui, perché au-dessus des vagues de tous ces tsunamis, n’ayant que ses jambes et ses bras, est donc par défaut le meilleur adversaire du camp d’en face. N’est-ce pas, la politique prise dans la nasse du Net et des nouveaux médias, ressemble plus à un océan. Pour vaincre, il faut être le meilleur nageur. Qu’a été Hollande depuis ? Il l’a montré lors de ce combat en haute mer. Il était tout entier une biochimie humaine, intellectuelle, pas du tout une mécanique intellectuelle surdimensionnée. C’était sa force.et sa grandeur en ces temps de disette d’humain où le virtuel est roi. Hier le virtuel a été soumis au réel fait de muscles, de clignements d’œil qui ont cloué au poteau les clics. En virtuel Sarkozy est grand. En vrai, Hollande n’est pas petit. Sa grandeur fut de sortir Sarkozy du virtuel.

Mensonge, menteur, calomniateur..

Le salaud il n’avait que ça dans la gueule, le Sarko

Propos de la callera (racaille, Sarko) volés par un micro-trottoir, propos revanchards de micro-Métro ! Devenu comme un roquet (Chirac) malmené par les Zoms du voyage, traînant ces « odeurs et ces bruits », vraiment très. (Encore Chirac)

Sarko dans le Métro était comme un roquet (toujours Chirac),

Tu l’as entendu, il n’avait que des insultes..

Sarkozy avait pris la place de la Royale, sortie de ses gongs, excédée par les ruses et les ruades d’un certain.. Sarkozy.

Qui a gagné qui a perdu ?

On le saura dimanche prochain à 20 heures.

Mais est-ce vraiment le même combat ?

Salam, Shalom

Notes.1) Personnage haut en couleur de l’Aventure ambiguë classique de la littérature africaine de Cheikh Hamidou Kahn, éd. 10/18

           2) Je suis partout, le célèbre hebdomadaire français des années 30-40, dans sa mue fascisante.

     3) Titre d’un roman de l’écri-vain, c’est de lui ce mot, le Guinéen William Sassine, qui a bu sa vie à notre santé, dans une Guinée, (celle du scandale géo-humanitaire), qui n’a appris son retour au pays natal (Césaire) que près d’une décennie plus tard, à sa  mort, lessivé par la misère.

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