Ouverture du Sommet de la francophonie : « Je suis venu en pèlerinage au pays de mon Maître, Patrice Lumumba », dit le président de la Tunisie du « Printemps arabe ». (Par Saïdou Nour Bokoum)
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- Catégorie : International
- Mis à jour le dimanche 14 octobre 2012 01:38
- Publié le samedi 13 octobre 2012 20:29
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Ces grandes rencontres internationales pour les lambdas que nous sommes, ne sont que de gigantesques foires pour VIP. L’ouverture solennelle traîne toujours en longueur, les acteurs, ou plutôt les bouffons du cirque n’ayant pas la politesse des animaux bien dressés comme ceux de la foire du Trône, ce n’est pas un jeu de mot. En effet ces « Very Important Personnalities » se livrent comme par réflexe de primates, à des soirées interminables dans leurs suites à des plaisanteries salaces avec des hôtesses, des call girls qui hantent ces palaces, etc. Parfois les plaisanteries sortent du cadre, alors le Protocole d’Etat se fend d’un mensonge, « telle excellence s’excuse de. ».
Les autres nous font languir qui se ramènent en cachant leur gueule de bois. Mais une fois n’est pas coutume, c’était passionnant cette attente. Quand nous avons affaire avec de grands journalistes du type Léon Zitrone doublement qualifié, parce qu’ayant passé sans doute par des reportages sur les foires (comme celle du Trône à Paris ?) où la montée de princes boutonneux sur le trône de toutes les monarchies du milieu du siècle dernier. Donc les deux ou trois journalistes de ce samedi matin nous ont tenu en haleine avec virtuosité; comme quoi il n’y a pas que les journalistes sportifs africains qui dament le pion aux journaleux (Lynx), surtout de Guinée.
Certes ils ne m’ont pas appris que nous étions au pays de Nico, le virtuose guitariste de l’African Jazz, rival de Franco de l’OK Jazz, qui vivra assez longtemps par delà les années soixante (Allah Akbar !), pour devenir le Franco de Mâârio. Le pays de « Table ronde », « Indépendance cha cha ». Et comment ne pas avoir une larme pour Lumumba, en pensant au sale boulot de la soldatesque de l’ONU (qui comprenait des Guinéens), de Kasavubu, et d’un sergent Mobutu. Oublions Tshombé, l’Histoire l’a presque oublié..
Maintenant c’est le pays du dombolo qui nous rappelle certains grands primates dont cette danse imite un peu la gestuelle. Justement en parlant de primates, pendant une heure au moins, ces professionnels qui connaissent profondément leur pays nous ont, dans un français épuré, sans couleurs, parlé de l’Okapi ( mondonga en lingala), espèce qu’on ne trouve plus qu’en RDC, protégée et qui est même un des emblèmes de ce pays.
Il y a aussi le bonobo, chimpanzé nain qui est presque notre frère. Les 90% qui en restent vivent ou survivent en RDC pour notre plus grand espoir. Il résiste à plein de virus alors que nous.. Bref, demain la médecine et le Bonobo boosteront l’espérance de vie de cette planète qui est vraiment la mère de l’Humanité, cela on le savait déjà. Mais l’avenir de notre espèce, cela est encore largement méconnu. La forêt de la RDC après celle de l’Amazonie est la deuxième au monde. Un poumon de la planète, qui comme l’homme, n’en a que deux.
Donc la RDC, ce n’est pas seulement l’uranium du Kantanga qui est indirectement cause de l’assassinat de Lumumba, et parallélisme des formes oblige, le meurtre D’Um Niobé, d’Ossendé Afana, d’Ouandié, Moumié. Bref, l’Afrique libérée devait être décapitée très tôt pour que l’Autre n’ait affaire qu’avec les médiocres. Les voilà qui arrivent. A point nommé : on n’attendait que Paul Biya qui ne sort presque jamais de son antre depuis qu’il a fait éliminer Ahidjo de façon subtile, avec l’éternelle Françafric. Sa présence ici est une première nous dit un des journalistes. Comme cette focale planétaire en RDC.
La Françafric éternelle ?
Il paraît que François Hollande l’a assassinée à Dakar juste avant de s’envoler en RDC. Je rappelle que c’est à Dakar que Jean-Pierre Cot s’est fait démissionner par la ci-devant sorcière de l’Elysée qui a mille pattes. On en coupe une dans tel gouvernement de droite, la voilà qui repousse dans un gouvernement socialiste ! Il avait suggéré la fin prochaine de cette Françafrique. Mitterrand a dû le limoger !
Hollande, on attend les actes !
Avant que le bal ne s’ouvre, écoutons encore nos deux excellents journalistes. La RDC est le premier pays francophone au sens littéral. Il y a 67 millions de locuteurs du français contre 64 millions dans l’Hexagone.
Voilà ça commence. Je ne retiendrai que ce propos de François Hollande :
Le français est devenu africain.
Et le président tunisien :
Je suis en pèlerinage ici, le pays de mon maître Patrice E. Lumumba.
Ce Tunisien qui est conscient qu’il est habité par trois espaces : arabo-musulman, méditerranéen et africain. Ce révolutionnaire qui n’a pas oublié la leçon du « Printemps arabe » qui dit aux chefs, ses pairs ébaubis :
Faites les réformes vous-mêmes, avant qu’on ne les fasse nous-mêmes !
(Ou qu’on ne vous oblige à le faire). Ainsi parlent les peuples. Ainsi parle un président à ses pairs. Qui rappelle au passage qu’Afrique vient du berbère tunisien Ifriquia. Je ne vais pas m’attarder sur ce vocable, car il pourrait bien signifier pays de Kafres (K, F, R, radicales de ce vilain mot). Il termine en beauté en disant que « le français que nous avons en partage » la langue de bois, « n’est pas pour nous un butin de guerre, mais un butin de paix ».
Le reste, soutien unanime, parfois seulement murmuré à Kabila, contre ces « envahisseurs de l’Est », problème malien qui sera pris en main par le Conseil de sécurité. Le reste, eh bien les ministres, les techno s’en occuperont.
Moi François Normal, je prends mon avion dès ce soir et vous laisse à vos dombolos et couper-décalés.
Wa Salam,
Saïdou Nour Bokoum
