Sénégal : la bombe Habré va-t-elle faire sauter la la Compgnie Bancaire de l'Afrique Occidentale, CBAO ?
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- Catégorie : International
- Mis à jour le mercredi 24 octobre 2012 15:06
- Publié le mercredi 24 octobre 2012 15:04
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Annoncé comme imminent, le procès d'Hissène Habré devant une juridiction ad hoc à Dakar pourrait fragiliser le premier ministre sénégalais Abdoul Mbaye, DG de la Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO) de 1989 à 1997, si la justice venait à se pencher sur les conditions de gestion des fonds que l'ancien président tchadien a emmenés dans sa fuite précipitée de N’Djamena (LC nº643). C’est du moins ce qui ressort de la lecture d’un rapport d’audit commandité, fin 2007, par le groupe bancaire marocain Attijariwafa Bank, repreneur de la CBAO, et auquel La Lettre du Continent a pu accéder. Préalablement à une reprise de la banque au groupe Mimran, Attijariwafa Bank avait réclamé un "audit de pré-acquisition" confié à 36 experts, dont des membres de la branche marocaine du cabinet nternational Ernst & Young.
Durant plusieurs mois, ces experts ont passé au crible les comptes et les opérations de la CBAO. Leurs conclusions sur la gestion de la banque sont pour le moins sévères. Elles révèlent l'utilisation de comptes appartenant à des clients décédés ou fictifs, qui ont permis d'accueillir les fonds appartenant à l'ancien président tchadien en exil au Sénégal. Au cours de l'année 1991, des ordres ont été donnés pour que la CBAO émette plusieurs bons de caisse (au porteur) remis en liquide à Hissène Habré. L'existence d'un listing de comptes de clients fictifs soustraits au contrôle interne de la banque et au contrôle de gestion est également relevée par l'audit. D'autres opérations auraient par ailleurs exposé la banque à des sanctions de la BCEAO en créant un passif "latent/potentiel" de plusieurs milliards F CFA "susceptible d'impacter la valeur de la CBAO". Enfin, le même rapport explique que les organes de contrôle interne et de contrôle de gestion ont été "systématiquement" tenus à l'écart, tout comme les administrateurs et actionnaires. Forts de ces conclusions, les Marocains d’Attijariwafa Bank ont bien failli renoncer à la reprise de la CBAO. En 2008, ils ont finalement conclu la transaction pour 100 milliards F CFA (152,5 millions €).


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