Quatre mois plus tard et malgré le déploiement des deux mille soldats français de la force Sangaris, la situation n'a guère évolué. Si le contexte sécuritaire peut sembler s'être amélioré à Bangui, les bandes armées se sont renforcées dans l'ensemble du pays. Les forces françaises se trouvent aux prises avec des milices anti-balaka tout comme avec des troupes de l'ex-Séléka. Dans un nouveau rapport des Nations unies en date du 26 juin, un groupe d'experts souligne la permanence des violences et l'impunité dont jouissent leurs responsables.
« L’impunité totale, qui permet à certains individus de se livrer à des actes portant atteinte à la paix, la sécurité et l’intégrité territoriale de la Centrafrique ou d’y apporter un appui demeure la principale pierre d’achoppement sur le chemin de la transition politique. (…) Certains membres de la communauté internationale ont fait part au groupe d’experts de leur frustration face à l’absence d’une ferme condamnation par les autorités de transition des exactions commises par les milices anti-balaka », notent les enquêteurs des Nations unies.
Leur rapport pointe deux éléments nouveaux. Le premier est la prolifération des armes, liée à l'effondrement de l'armée centrafricaine dont des officiers ont rejoint les milices anti-balaka ou les forces de l'ex-Séléka. « Le renforcement des contingents français et des forces de maintien de la paix de l’Union africaine prévu dans la résolution 2127 du Conseil de sécurité a entraîné la dissolution de la Séléka, ce qui a rendu totalement impossible tout contrôle des stocks d’armes et de munitions auparavant détenus par le gouvernement. » Un fusil de type Kalachnikov coûte aujourd'hui environ 80 dollars, une grenade de fabrication chinoise de 1 à 2 dollars et une mine antipersonnelle un peu moins d'1 dollar…
Le second élément est la prise de contrôle par les bandes armées, et en particulier les forces de la Séléka, de mines d'or – « introduit en contrebande au Cameroun après avoir transité par Bangui » –, de circuits d'exploitation et de commerce du diamant, et de trafics de bois. « Les exportations officielles de diamants ont été interdites en mai. L’acquisition de maisons à Bangui s’est néanmoins poursuivie dans le but d’acheter et de stocker officiellement des diamants en provenance de toutes les zones de production, tandis qu’on assiste à une augmentation du trafic des diamants transitant par Bangui ou par les États voisins », note le rapport. (Il peut être lu ici dans sa totalité et un entretien avec l'un de ses auteurs est disponible là.)
Sur le plan politique, rien ou à peu près n'a avancé ces derniers mois. La désignation comme chef d'État, le 20 janvier, par le conseil national de la transition et sur forte pression de la France, de Catherine Samba-Panza, alors maire de Bangui, en remplacement de Michel Djotodia qui avait le soutien de la Séléka, n'a satisfait aucune des parties. La tenue d'élections, un temps annoncées par la France dès cet automne, relève du vœu pieux tant il ne reste rien de l'administration ni de l'État centrafricains. Les pays voisins et le plus impliqué d'entre eux en Centrafrique, le Tchad, considèrent avec méfiance Catherine Samba-Panza.
« Les interrogations autour de la légitimité de la transition en cours risquent de faire dérailler l’actuel gouvernement, notamment dans la mesure où elles soulèvent la question sensible de la représentation. Le pays a une longue histoire de transitions ratées et d’accords de paix précaires », rappellent les enquêteurs de l'ONU.
Cela ne rend que plus fragile, à ce stade, l'affirmation du ministre français Jean-Yves Le Drian, assurant que « la solution en Centrafrique ne sera que politique ». Fin juillet, les responsables des pays voisins doivent tenir une conférence à Brazzaville. La précédente n'avait débouché sur rien, Catherine Samba-Panza ayant été tout juste autorisée à y intervenir sur pression de la communauté internationale, avant de devoir attendre dans le couloir (lire ici)… Tout est en place pour que perdure une longue période d'instabilité durant laquelle le pays sera mis sous tutelle internationale, chacun des pays voisins – et le Tchad en premier lieu – continuant à faire valoir ses intérêts.
François Bonnet
Médiapart
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