Pour espérer contenir l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui fait rage au Libéria – le pays avec le taux de mortalité le plus important et le plus rapide selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) – deux quartiers de la capitale Monrovia ont été purement et simplement placés en quarantaine et sous surveillance sécuritaire. Dans le reste du pays, un couvre-feu a été instauré.
La situation est particulièrement compliquée dans le bidonville de West Point, véritable ghetto de la capitale, dans lequel quelque 75 000 personnes s'entassent dans un espace d'un demi-kilomètre grillagé, sous la surveillance de la police. Les images qui nous parviennent, comme celles du Huffington Post, sont difficilement soutenables.
Quatre jours auparavant, l'attaque dans ce quartier d'un centre médical avait provoqué la fuite de 17 patients porteurs du virus Ebola.Ces derniers ont depuis été retrouvés et transférés vers un autre centre.
« Pour le moment, décrit un professeur et habitant du quartier à RFI, personne ne quitte West Point et personne n'y entre, mis à part quelques officiels du gouvernement, l'armée et quelques organisations internationales. En ce qui concerne Ebola, il n'y a plus de centre de traitement pour les patients ni d'équipements puisque le centre qui était ici a été fermé. »
« ON NE PEUT PAS NOUS ENFERMER SUBITEMENT SANS NOUS PRÉVENIR »
Quelques heures à peine après le début de cette mise en quarantaine mercredi, des heurts ont éclaté, les habitants du bidonville se montrant furieux d'être montrés du doigt comme des pestiférés mais surtout d'être coupés de leur travail. Quatre personnes y ont été blessées par balle, selon le correspondant de l'AFP et des témoins. Les incidents ont éclaté quand des policiers sont venus évacuer une représentante de l'Etat résidant dans le quartier avec sa famille.
« C'est inhumain, ce que fait cette dame. On ne peut pas nous enfermer subitement sans nous prévenir, comment nos enfants vont-ils manger ? », a déclaré un résident, Patrick Wesseh.
La situation semblait s'être calmée jeudi. Ce jour-là, les autorités ont procédé à des livraisons de sacs de riz et d'eau. Mais les ONG présentent sur place s'inquiètent d'une possible pénurie à venir. A l'intérieur du bidonville, les prix ont déjà explosé. Ainsi de l'eau, dont le prix a quadruplé.
« Pour le moment, West Point est dans une situation d'anarchie », a déclaré Moses Browne, qui travaille pour l'ONG Plan International au Liberia, à l'agence AP. « On a besoin de nourriture, on a besoin d'eau, a-t-il martelé, appelant à une aide internationale. Ici, on n'est pas simplement en train de lutter contre Ebola, on lutte contre la faim aussi. »
Le Monde
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