Chute de 2,5% du PIB des pays touchés par Ebola
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- Catégorie : International
- Mis à jour le samedi 13 septembre 2014 15:40
- Publié le samedi 13 septembre 2014 15:37
- Écrit par Rémi Barroux et Claire Guélaud
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ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DE LA BAD Le Rwandais Donald Kaberuka, économiste de formation, effectue son deuxième mandat de président de la Banque africaine de développement (BAD). Cette institution multilatérale de développement, qui comporte 78 pays membres dont 53 Etats africains, finance des projets destinés à réduire la pauvreté sur le continent africain. M. Kaberuka s'est rendu, pour le compte de la BAD, en Sierra Leone et au Liberia, les 26 et 27 août.
Elle est partout et concerne les moyens financiers, humains et en matériel. D'autant qu'il n'y a pas que l'épidémie Ebola, d'autres maladies tuent des gens dans ces pays, comme la malaria ou le sida. Les services de santé de Sierra Leone et du Liberia – deux pays fragilisés par les guerres du début des années 2000 – sont les plus faibles du continent et ils n'ont pas pu gérer les débuts de l'épidémie.
Tout le monde a sous-estimé cette maladie au départ, la crise a été minimisée, considérée comme un problème local, et la réponse internationale a été lente et insuffisante. Médecins sans frontières a été le seul présent dès le début, prenant des risques alors que de nombreux personnels sanitaires ont été tués. Si cette épidémie avait été déclarée comme crise humanitaire dès les premiers jours, comme cela a été le cas par exemple après le séisme à Haïti en 2010, on n'en serait pas là. Aujourd'hui, la prise de conscience internationale se fait, les pays agissent, mais il faut encore davantage de mobilisation.
Je ne partage pas votre analyse : la BAD est la première organisation à avoir versé 4 millions de dollars - 3 millions d'euros - à l'OMS dès le mois d'avril - l'épidémie a été officiellement déclarée fin mars en Guinée et au Liberia, en mai en Sierra Leone - . Le 26 août, ce sont 60 millions de dollars qui lui ont été à nouveau transférés de façon à aider les pays à mobiliser des personnels soignants, à leur acheter des équipements, à s'occuper de la logistique et à assurer la subsistance des personnes en quarantaine. La crise a été sous-estimée régionalement comme au niveau mondial, et beaucoup d'Etats ont répondu en se protégeant. Mais l'épidémie n'a pas de frontières : nous avons besoin de coopération, pas de compétition entre les pays. Et de nombreux médecins africains sont présents sur le terrain, dans les pays touchés.
Nous maintenons nos prévisions de croissance pour les économies de cette région qui n'ont pas été frappées par l'épidémie. Pour le Liberia, le plus touché, mais aussi pour la Sierra Leone et la Guinée, la Banque africaine de développement prévoit, pour le moment, une chute du produit intérieur brut de l'ordre de 2 à 2,5 points. Ces trois pays font face à un choc macroéconomique d'envergure : leurs recettes publiques chutent car les économies sont à l'arrêt, leurs dépenses augmentent fortement et leurs réserves fondent.
Je ne le pense pas. Cette crise ne devrait pas durer plus d'un an ou deux. Dans six mois au maximum, nous devrions en avoir fini avec cette épidémie. Les grandes entreprises, souvent des compagnies minières, implantées en Sierra Leone, au Liberia ou en Guinée n'ont pas déserté ces pays. Elles ont pris des précautions, appliqué les protocoles de l'OMS et réduit temporairement leurs effectifs. Mais elles ne sont pas parties car leurs investissements dans ces pays sont de long terme. Elles ne cèdent pas à la psychose.
L'urgence sera de restabiliser les finances publiques. La BAD s'apprête à débloquer 150 millions de dollars pour aider le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée à consolider leur budget et leur monnaie. Nous discuterons des clés de répartition de cette aide budgétaire avec les Etats concernés. Mais elle sera conditionnée à l'effort supplémentaire qu'ils feront pour améliorer leur système de santé et la sécurité alimentaire. Propos recueillis par Rémi Barroux et Claire Guélaud © Le Monde |
