La campagne aérienne française en Irak a commencé, lundi 15 septembre au matin, au moment où le président François Hollande ouvrait, à Paris, la « conférence internationale pour la paix et la sécurité en Irak », en présence de vingt-quatre pays. Les Rafale basés à Abou Dhabi, accompagnés d’avions espions mais pas de drones, employés au Sahel ont reçu pour ordre d’effectuer les missions de reconnaissance et de renseignement préalables aux frappes envisagées par Paris contre l’Etat islamique (EI). Ces frappes interviendront dans un second temps. « Soyez prêts à intervenir », a déclaré le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, aux militaires français de la base d’Al-Dhafra, à Abou Dhabi (Emirats arabes unis).
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La conférence de Paris vise à jeter les bases d’une coalition internationale pour soutenir l’Irak contre les djihadistes. M. Hollande l’a ouverte en coupant court aux critiques qui contestent la légalité d’une intervention militaire contre l’EI. « Le Conseil de sécurité l’a établi dans sa résolution 2170 [votée le 15 août] : Dae’ch [acronyme arabe de l’EI] constitue un danger immense pour la sécurité internationale », a-t-il souligné. « Le combat des Irakiens contre les terroristes est aussi le nôtre, a-t-il poursuivi. Nous devons nous engager ensemble à leurs côtés, clairement, loyalement et fortement (…). Il n’y a pas de temps à perdre. » Le volet militaire de l’intervention sera mené sous le commandement des Etats-Unis. La France veut s’y joindre tout en gardant son autonomie dans le renseignement et la liberté de choisir ses cibles. Le Pentagone n’a pas encore communiqué la planification américaine à son allié.
« APPORTER AUX AUTORITÉS IRAKIENNES UN SOUTIEN POLITIQUE »
Pour le président français, la réunion de Paris « a un seul objectif : apporter aux nouvelles autorités irakiennes le soutien politique qui leur est nécessaire pour lutter contre une menace majeure qui s’appelle Dae’ch, et qui fait aujourd’hui peser sur l’Irak, sur la région du Moyen-Orient et sur le monde, un risque majeur. » Une menace dont le « lâche assassinat » de l’otage britannique David Haines, dont les djihadistes ont filmé et diffusé samedi l’exécution, est « une illustration effrayante s’il en fallait une », a insisté M. Hollande. Le président irakien Fouad Massoum a qualifié les « massacres et crimes » de Dae’ch de « génocide » et de « purification ethnique ». « Ces crimes sont l’expression d’une pensée obscurantiste et sanguinaire », a-t-il ajouté.
La durée et l’ampleur de la participation française aux opérations militaires aériennes doit être décidée par M. Hollande dans les jours qui viennent, après le retour prévu mardi de son ministre de la défense, en visite aux Emirats arabes unis (EAU) et en Egypte. « Nous serons en situation de frapper d’ici plusieurs jours si le président l’ordonne », précise-t-on à la défense.
Les moyens français basés aux EAU seront renforcés ; ils comptent actuellement six Rafale et 800 hommes. Autre certitude : Paris dit s’engager « dans la durée » auprès des peshmergas kurdes, à qui sont donnés des armes et des formateurs. A la différence de l’Allemagne, la France ne compte cependant pas, pour l’heure, leur livrer de missiles antichars pour ne pas froisser l’allié turc.
Un sujet lourd reste à trancher, la question d’un « droit de suite » des opérations contre l’EI en Syrie. Elle est étudiée à Paris, tant pour frapper les djihadistes « militairement, on connaît, c’est quadrillé », assure une source de la défense à Paris que pour aider davantage et avec efficacité l’Armée syrienne libre (ASL), la branche modérée de la rébellion contre le régime de Bachar Al-Assad, ce qui n’a pas été réussi jusqu’à présent. « Il faut soutenir ceux qui peuvent négocier et faire les compromis nécessaires pour préserver l’avenir de la Syrie », a affirmé M. Hollande. « Ce sont les forces de l’opposition démocratique », a-t-il relevé.
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