Burkina Faso : le régime militaire laisse entrevoir une transition civile

 

 

 
 

Trois jours après la chute et la fuite du président Blaise Compaoré, l'armée burkinabé asseoit son pouvoir dans le pays. Les soldats du lieutenant-colonel Isaac Zida, un ancien responsable d'une unité militaire d'élite désigné par l'armée comme chef du régime de transition, ont pris le contrôle dès dimanche de la radiotélévision nationale et de la place de la Nation à Ouagadougou à coups de tirs de sommations et de gaz lacrymogène pour chasser les milliers de manifestants qui contestaient leur prise de pouvoir.

S'il n'y a eu aucun affrontement avec les militaires, un homme est toutefois mort, victime d'une balle perdue. Lundi 3 novembre au matin, le calme semblait revenu dans les rues de la capitale.

« PAS LÀ POUR USURPER LE POUVOIR »

Mais la situation reste explosive et susceptible de basculer à tout moment. Le nouvel homme fort du Burkina est très contesté par la rue et l'opposition – qui a le sentiment de s'être fait « confisquer » sa victoire par les militaires – et sous forte pression internationale : la communauté a largement condamné cette prise de pouvoir et exigé un retour à l'ordre constitutionnel.

Lors d'une rencontre avec le corps diplomatique dans la capitale lundi, le lieutenant-colonel a ainsi promis une transition « dans un cadre constitutionnel », laissant entrevoir qu'un civil – et non plus un militaire – pourrait prendre la tête de la transition :

« Le pouvoir exécutif sera conduit par un organe de transition dans un cadre constitutionnel (...). Cet organe de transition sera dirigé par une personnalité consensuelle désignée par tous les acteurs de la vie nationale. »

« Nous ne sommes pas là pour usurper (...) le pouvoir », a-t-il ensuite ajouté. Il n'a pas précisé de calendrier d'action devant les diplomates, mais a souhaité un délai « le plus bref possible ». La situation au Burkina doit également être au cœur d'une réunion du conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine en Ethiopie.

Lire le décryptage : Six questions pour comprendre la crise au Burkina Faso

RENCONTRE AVEC L'OPPOSITION

Malgré son coup de force militaire, M. Zida avait réitéré dimanche soir son engagement à conduire un processus de transition en concertation avec toutes les composantes de la société, sans toutefois évoquer la moindre modalité.

Il avait aussi rencontré les responsables de l'opposition, qui dénoncent même un coup d'état militaire, sans qu'aucune information n'ait filtré sur le contenu des discussions. Celui qui est considéré comme le chef de file d'une opposition très divisée, Zéphirin Diabré, n'avait fait aucune déclaration.

Manifestation des partis de l'opposition contre la prise de pouvoir par l'armée suite à la chute du régime de Blaise Compaoré.
Manifestation des partis de l'opposition contre la prise de pouvoir par l'armée suite à la chute du régime de Blaise Compaoré. | SOPHIE GARCIA pour « LE MONDE »

Lire le reportage (édition abonnés) : L’armée prend la tête de la transition au Burkina

UN CONTACT DIPLOMATIQUE MAINTENU AVEC LA FRANCE

Les militaires disent avoir maintenu le contact diplomatique avec les ambassadeurs de France et des Etats-Unis, deux alliés de poids du Burkina.

La Constitution du pays prévoit qu'en cas de vacance à la tête de l'Etat, l'intérim est confié au président de l'Assemblée nationale et une élection est organisée dans un délai de 90 jours. Mais la chambre a été dissoute par l'armée au soir des violentes manifestations, jeudi, dans le cadre d'un bref état d'urgence.

 

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