Etat islamique contre Al-Qaida : la nouvelle ère du djihad mondial

 

Vidéo de propagande de l'Etat islamique montrant Abou Bakr Al-Baghdadi, dans une mosquée de  Mossoul, le 5 juillet.

Depuis la montée en puissance de l’Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie, la galaxie ­djihadiste mondiale est entrée dans une nouvelle ère. La rivalité entre Al-Qaida, la maison mère, et les nouveaux venus de l’EI agite les groupes islamistes radicaux à travers le monde, suscite débats et ruptures, et se traduit, en Syrie, par une lutte sanglante. D’un côté, Ayman Al-Zawahiri, « émir » des djihadistes partisans d’Al-Qaida et chef du « commandement général » du mouvement fondé par Oussama Ben Laden.

De l’autre, le « calife Ibrahim », Abou Bakr Al-Baghdadi, qui a renié son serment d’allégeance à Al-Qaida, en a été exclu le 2 février et a proclamé, le 29  juin, un « califat » dirigé par l’EI. La force de l’organisation Etat islamique est son territoire, qui suscite une considérable attraction  : 15 000 islamistes étrangers auraient rejoint la Syrie, motivés, outre la question religieuse, par les succès militaires et les revenus issus des ressources naturelles et des pillages.

L’EI attire aussi des chefs de guerre : des rebelles syriens transfuges d’autres factions, neuf commandants de la zone afghano-pakistanaise qui ont rejoint la Syrie en mars, ou un homme tel qu’Omar Al-Sishani, qui a divisé le monde du djihad caucasien et est devenu un influent chef militaire de l’EI.

Durant les trois premiers mois du califat, ailleurs dans le monde, les serments d’allégeance à Baghdadi ont cependant été très limités, et Al-Qaida (AQ) reste la référence absolue du djihad.

En Afghanistan et au Pakistan, berceau d’Al-Qaida, la faction d’Abou Houda Al-Soudani et le groupe pakistanais Mouvement pour le califat et le djihad (Tehrik-e-Khilafat) ont appelé à hisser le drapeau de l’EI. Un ancien porte-parole des talibans pakistanais, Shaykh Maqbool, a également annoncé son ralliement. Des revirements en faveur de l’EI sont aussi venus d’Asie du Sud-Est, du groupe philippin Abu Sayyaf et des Moudjahidin d’Indonésie orientale, et à titre personnel d’Abu Bakar Bashir, le chef spirituel emprisonné de la Jemaah Islamiyah indonésienne, dont la position a provoqué une scission au sein de l’organisation.

Dans le monde arabe, deux groupuscules portant le même nom, les Soldats du califat (Djound Al-Khilafa), sont apparus l’un en Algérie, où il a fait dissidence d’AQ et a assassiné le touriste français Hervé Gourdel, l’autre en Egypte.

Après l’Irak, l’Egypte

Le ralliement le plus important d’un groupe djihadiste à l’EI vient d’intervenir en Egypte, avec l’annonce, le 10 novembre, de l’allégeance d’Ansar Bait Al-Maqdis (aussi appelé Ansar Jérusalem). Auparavant lié à AQ et basé dans le Sinaï, le mouvement est considéré comme l’un des plus dangereux d’Egypte. Ce serment d’allégeance est un revers important pour Al-Qaida qui, après l’Irak, risque de perdre sa base égyptienne, ironiquement le pays d’origine d’Ayman Al-Zawahiri.

L’autre victoire spectaculaire de l’Etat islamique est le ralliement de djihadistes de la ville de Derna, en Libye, devenue depuis le 3 octobre le premier territoire de l’EI hors des frontières du califat d’Irak et de Syrie. Il ne s’agit pas du simple ralliement d’un groupe local, mais d’une opération, directement pilotée par l’état-major de l’EI, dont les envoyés sont devenus les chefs à Derna, et appuyée par le retour au pays de djihadistes libyens.

Ces deux succès d’une ampleur inédite, loin de ses bases, ont incité l’EI à lancer une opération de communication, le 10 novembre, avec la diffusion de cinq messages audio annonçant des serments d’allégeance au calife Ibrahim. Les annonces viendraient d’Algérie, de Libye, d’Egypte, d’Arabie saoudite et du Yémen.

Seul le communiqué d’Ansar Bait Al-Maqdis égyptien a toutefois été authentifié. Les autres ont été diffusés par l’EI et sont étrangement rédigés de manière identique. Si les allégeances en Algérie et en Libye sont confirmées, celles d’Arabie saoudite et du Yémen suscitent des doutes. Les communiqués pourraient émaner de djihadistes étrangers présents sur le territoire de l’EI plutôt que de mouvements implantés dans les pays mentionnés.

Le réseau d’Al-Qaida

En dépit de ces revers, Al-Qaida reste la référence idéologique et religieuse du djihadisme. Aucune filiale majeure d’AQ n’a, jusqu’à présent, prêté allégeance au calife Ibrahim. Les principaux chefs du djihad mondial ont renouvelé, depuis la création du califat, leur serment d’allégeance à Zawahiri.

Vidéo de propagande d'Al-Qaida montrant Ayman Al-Zawahiri  en octobre 2011.
Vidéo de propagande d'Al-Qaida montrant Ayman Al-Zawahiri en octobre 2011. | AFP

Ayman Al-Zawahiri règne en maître sur le « commandement général » d’Al-Qaida. Il donne des ordres, publie des communiqués. Il délègue aussi certains de ses pouvoirs. Le chef d’AQ au Yémen, Nasir Al-Wuhaysi, un ancien ami de Ben Laden, est ainsi le « manager général » de l’organisation. Il a un rôle de supervision des opérations à travers le monde et ne cache pas ses contacts avec d’autres filiales d’AQ, en Afrique du Nord et en Syrie.

Al-Qaida se repose aussi sur ses alliés talibans afghans et pakistanais, dont le réseau Haqqani, hôte historique d’AQ. Zawahiri a renouvelé le serment d’allégeance de Ben Laden au mollah Mohammad Omar, chef de l’« Emirat islamique d’Afghanistan » et seul « commandeur des croyants » reconnu par AQ. Le mollah Omar n’a en revanche pas proclamé de califat.

Voir la cartographie : Dans la galaxie djihadiste, la concurrence entre l’Etat islamique et Al-Qaida

Suite de l'article : Le Monde ..

 

 

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