
A en croire le plan annoncé, trois catégories de pièces seront mises en circulation : des dinars en or, des dirhams en argent et des fils, en cuivre. Toutes seront frappées de l’inscription 1436, qui correspond à l’année 2014, dans le calendrier islamique. Les pièces seront également ornées de symboles, qui attestent des ambitions territoriales et des prétentions religieuses de l’EI. Par exemple, sur la pièce de 5 dinars en or, il est prévu de graver une carte du monde, le territoire sur lequel Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l’EI, aspire à étendre le « califat » qu’il a proclamé en juin.
Le minaret blanc de la mosquée des Omeyyades à Damas devrait apparaître sur la pièce de 5 dirhams. Le lieu où, selon la tradition musulmane, Jésus-Christ reviendra sur terre, pour le Jugement dernier, est un élément central de la doctrine millénariste des djihadistes. Sur la pièce de 10 dirhams, c’est la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam à Jérusalem, qui devrait être représentée. Un symbole religieux d’autant plus consensuel qu’il renvoie à l’occupation de la Palestine par Israël, un Etat voué aux gémonies par les islamistes.
Numismates du monde entier
D’autres emblèmes, moins chargés de sens, comme l’épi de blé, le palmier ou la lance et le bouclier, figurent également sur les projets de pièces dévoilés par l’EI. Signe intrigant : la grande mosquée de La Mecque, en Arabie saoudite, le saint des saints de l’islam sunnite, qui apparaît sur de nombreux billets de banque saoudiens, n’a pas retenu l’attention des concepteurs de la monnaie djihadiste.
Faut-il y voir une mesure de prudence, un souci de ne pas s’attirer les foudres du roi Abdallah, surnommé le « Gardien des deux lieux saints » (La Mecque et Médine) ? Une manière de pas offusquer la puissante institution wahhabite saoudienne, dont l’ultra-rigorisme inspire les mouvements djihadistes, et que certains soupçonnent de sympathies cachées pour Baghdadi et les siens ?
Sur le papier, le remplacement de la livre syrienne et du dinar irakien par une monnaie unique pourrait accélérer la fusion des deux territoires au sein de l’Etat islamique. Mais, dans les faits, les hommes en noir risquent d’avoir les plus grandes difficultés à imposer l’usage de leurs pièces. L’embargo financier décrété par la communauté internationale à l’encontre du mouvement terroriste devrait dissuader tous ses fournisseurs de se faire payer dans une monnaie aussi compromettante. Pour le réseau d’intermédiaires qui permet à l’EI d’écouler sa production de pétrole jusqu’en Turquie et qui lui assure des rentrées d’environ 1 million de dollars par jour (800 000 euros), le billet vert risque de rester la référence.
Il n’est pas clair non plus à partir de quel stock d’or et d’argent l’EI frappera sa monnaie, ni quels seront les cours de conversion avec les autres unités monétaires de la région. S’ils sont véritablement émis, les dinars et les dirhams djihadistes pourraient intéresser davantage les numismates du monde entier que les résidents du « califat ».
