AQMI diffuse une vidéo du dernier otage français

Serge Lazarevic, détenu par les djihadistes sahéliens depuis 2011, se dit malade et appelle à l'aide

C'est le dernier otage français détenu par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), et plus généralement, le dernier encore aux mains de la mouvance djihadiste dans le monde. Serge Lazarevic est apparu en vie, s'exprimant en français et appelant à l'aide, dans une vidéo authentifiée par l'Elysée, lundi 17  novembre. Il avait été enlevé au Mali il y a presque trois ans jour pour jour, le 24  novembre, en compagnie d'un autre Français, Gilles Verdon, décédé depuis.

Sjaak Rijke, un autre otage, de nationalité néerlandaise, capturé avec deux autres touristes occidentaux à Tombouctou, également au nord du Mali, lors d'une opération menée le lendemain même de l'enlèvement de Serge Lazarevic, figure également sur la vidéo, sans qu'il soit possible d'établir si les deux hommes sont retenus ensemble.

François Hollande, en visite d'Etat en Australie, a pu voir l'enregistrement et a déclaré que Serge Lazarevic, sur la vidéo, " semble diminué, malade ". Il a précisé que ce document était le premier à parvenir à la France depuis " le printemps ". En novembre, le chef de l'Etat avait déclaré avec prudence que l'otage était " sans doute " en vie et assurait : " Je ferai tout pour libérer Serge Lazarevic. " Sa fille, dans le passé, s'est émue publiquement du fait que le sort de son père ait été négligé.

Lors de la dernière diffusion d'une vidéo comparable, en juin, l'otage franco-serbe disait être, déjà, dans une " situation critique, de plus en plus intenable ". Lundi, François Hollande a affirmé aux journalistes qui l'accompagnaient dans son déplacement en Australie que des négociations pour sa libération sont en train d'être menées. " On passe toujours par d'autres Etats, d'autres autorités, si on veut avoir des chances de faire passer des messages ", a déclaré le chef de l'Etat, qui a tenu à rappeler : " Il s'agit d'AQMI, pas de Daesh. " Une façon de dire que les ravisseurs de Serge Lazarevic n'opèrent par selon les mêmes méthodes que le groupe Etat islamique, installé entre la Syrie et l'Irak, et qui a procédé à de nombreuses décapitations filmées de prisonniers et d'otages, notamment occidentaux.

Projet de cimenterie

La branche au Maghreb d'Al-Qaida, en effet, n'a jamais procédé à de telles mises en scène. Mais il lui est arrivé d'assassiner, ou de laisser mourir, certains de ses captifs, comme ce fut le cas par exemple de Philippe Verdon, enlevé en même temps que Serge Lazarevic. Les deux hommes avaient été tirés de leur sommeil dans un hôtel de Hombori, dans le nord du mali, en novembre  2011. Serge Lazarevic, ex-responsable de société de sécurité, et responsable de chantier à Montreuil, en région parisienne, avait été confondu un temps avec un homologue, ancien chef mercenaire serbe du réseau " Araignée ". Il était venu au Mali à l'initiative de Philippe Verdon. Les deux hommes, quoique dépourvus de toute formation en ce sens, se faisaient fort de travailler sur la faisabilité d'un projet de cimenterie dans la région de Hombori, entre Douentza et Gao.

Ce projet pouvait sembler farfelu. Il avait pour cadre une région à vocation touristique, mais dénuée de toute industrie. A quelques distance de la célèbre falaise de Bandiagara, Hombori s'étale sous le mont Hombori Tondo (dit " main de Fatima " en raison de sa forme).

En novembre  2011, la plupart des touristes avaient déjà fui la région, en raison des enlèvements d'étrangers. Le nombre d'otages avait spécialement augmenté au cours des deux années précédentes.

Bien que situé au sud du fleuve Niger, censé établir à ce moment la limite de la zone d'action potentielle d'AQMI, Hombori ne faisait déjà plus figure en novembre  2011 de destination touristique. Quelques mois plus tard, c'est l'ensemble du nord du Mali qui allait passer sous contrôle d'AQMI et de ses alliés, jusqu'à l'intervention militaire française, en janvier  2013.

C'est plus au nord, dans les environs de Tessalit, vers l'Adrar de Tigharghar, que Philippe Verdon allait être retrouvé en juillet  2013. Il avait été exécuté alors que les forces françaises progressaient vers l'un des bastions d'AQMI. Son corps avait été trouvé par des hommes du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), la rébellion touareg. En avril, un autre otage français, Gilberto Rodrigues Leal, était mort à son tour, sans doute en raison d'absence de soins médicaux. Ce retraité avait enlevé alors qu'il circulait seul, en camping-car, près de la frontière mauritanienne.

Jean-Philippe Rémy

Le Monde

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