Contre le terrorisme, l’Afrique entraînée dans une surenchère sécuritaire

Aborder les défis sécuritaires de l’Afrique, c’est approcher deux brasiers : l’anarchie qui règne en Libye, et le califat de Boko Haram, enraciné entre le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Tchad. Durant deux jours, à Dakar, le terrorisme a dominé, lundi 15 et mardi 16 décembre, les échanges du premier Forum international pour la paix et la sécurité, une réunion informelle issue d’une initiative franco-sénégalaise.
A Benghazi, le 30 octobre 2014, après des combats entre les forces de sécurité libyennes et des terroristes islamistes.

Le tableau général est plus sombre que jamais. « La situation au Sahel n’a cessé de se détériorer ces derniers mois du fait de la sécheresse, de la pauvreté, de la fragilisation des régimes politiques, des trafics et de l’afflux d’armes venues de Libye », résume Hiroute Gebre Sélassié, envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la région.

Un autre expert onusien précise : « Les groupes armés, d’Ansar Al-Charia à Al-Mourabitoun en passant par les Chabab, disent que leur activité s’étend de l’Atlantique jusqu’à la mer Rouge. Ils ont acquis des capacités de mener des guerres conventionnelles. Ils déploient les mêmes stratégies et les mêmes modus operandi, dans un mouvement d’auto-émulation. » De mai à novembre 2013, a indiqué cet expert, 342 « incidents terroristes » recensés par l’ONU ont tué 3 398 personnes en Afrique, dont 2 400 en Afrique du Nord et au Sahel.

« L’Etat islamique recrute aussi des administrateurs »

D’un point de vue militaire, « on est en retard d’une règle pour appréhender ces groupes, estime un haut responsable opérationnel français. Nous sommes face à des entités qui passent d’une action déstabilisatrice, du faible au fort, à la tentation de devenir des puissances. L’Etat islamique recrute aujourd’hui aussi des administrateurs. Un de leurs objectifs est d’acquérir de nouvelles capacités militaires. » Pour ce gradé, les actions sur les causes – l’éducation, le social – ne sont pas à portée. « Nous ne sommes pas sortis de la logique militaire », dit-il.

L’écho de l’Etat islamique (EI) inquiète jusqu’en Afrique de l’Ouest, même si, estiment les services de renseignement, les connexions concrètes n’existent pas encore. EI possède un agenda régional prioritaire en Irak et en Syrie, pour l’heure. Mais « la Libye est en train de cacher une union terroriste considérable derrière la guerre des clans », estime un officiel français, en mentionnant l’implantation de l’EI dans la ville de Derna, au nord de la Libye, une présence relativisée par d’autres sources sécuritaires.

Dans le Sud libyen, les groupes armés djihadistes et leurs chefs se replient, s’approvisionnent. « Tant qu’on n’aura pas résolu le problème du Sud libyen, il n’y aura pas de paix dans nos régions », abonde Ibrahim Boubakar Keita, le président malien. « La source est là-bas », dit-il en évoquant l’arsenal qui circule depuis la chute de Kadhafi. « Pour un convoi d’armes arrêté », comme l’a fait récemment savoir la force française « Barkhane » à la frontière du Niger, « combien ont pu passer sans qu’on le sache ? ». Le président tchadien Idriss Déby a interpellé les Occidentaux : « La solution est entre les mains de l’OTAN qui a créé le désordre » en intervenant contre Kadhafi en 2011, a-t-il lancé en clôture du Forum mardi.

Côté français, après les appels répétés de M. Le Drian à la vigilance, on assure qu’« il n’y a pas d’option » sur la table pour une intervention militaire en Libye. Ce qui peut signifier que les services préparent « toutes les options », dans l’attente d’une décision présidentielle éventuelle : des plus secrètes aux plus ambitieuses, associant des partenaires africains et occidentaux. « Le problème est que si on intervient dans le Sud libyen, la première zone de fuite des groupes armés sera l’Algérie… qui n’a pas envie de voir remonter les méchants », indique une source gouvernementale. Cible prioritaire des militaires français et américains, Mokhtar Belmokhtar, l’auteur de l’attentat spectaculaire du site gazier d’In Amenas (Algérie), aujourd’hui plutôt en perte de visibilité, « est en Libye, on l’a vu à Benghazi, rappelle cette source. Mais on n’a pas de moyens d’intervenir. S’il franchit la passe de Salvador, en revanche, on sera ravis de l’accueillir ».

Nécessité d’unir ses efforts

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