Selon l'un des avocats de la famille de la victime, cité par le New York Times, M. Scott a été touché cinq fois : trois fois dans le dos, une fois dans le haut des fesses et une fois à l'oreille. Au moins l'une des balles a atteint le cœur, précise l'avocat, qui affirme tirer ses informations du médecin légiste.
Dans un premier temps, le policier, Michael Slager, 33 ans, avait invoqué la légitime défense pour justifier son geste, prétextant que l'homme avait tenté de se saisir de son pistolet paralysant et que sa vie était menacée. Seulement, derrière la grille du jardin, un homme a tout filmé. Et les images contredisent la version du policier, qui ne semble à aucun moment menacé. Celui-ci a été mis en examen pour assassinat, mardi 7 avril, après la révélation de la vidéo.
Une manifestation est prévue mercredi, organisée par des associations de défense des droits civiques.
Cette affaire survient dans un contexte particulièrement tendu. Ces derniers mois, les cas de bavures policières se sont multipliés à Ferguson (Missouri), à New York ou à Cleveland (Ohio), avec toujours le même scénario : un policier blanc qui tue un suspect noir alors que rien ne justifie le recours à la force.
Trois affaires qui avaient provoqué des émeutes et des manifestations pendant plusieurs semaines. Face à l'émoi suscité, la Maison Blanche avait préconisé une série de mesures pour tenter de changer les pratiques policières et améliorer les relations entre les forces de l'ordre et les minorités.
Lire : Aux Etats-Unis, la longue histoire des brutalités policières
Lire aussi l'entretien (édition abonnés) : « La police américaine a des tactiques quasi militaires »
Maquiller le meurtre en légitime défense ?
Facteur aggravant, dans la vidéo révélée par le New York Times, on voit le policier, après avoir passé les menottes à l'homme qui gît par terre, ramasser quelque chose, qu'il laisse ensuite tomber près du corps. Il pourrait s'agir d'une façon de maquiller le meurtre en légitime défense.
La vidéo diffusée mardi a convaincu le maire de North Charleston, Keith Summey, d'annoncer l'inculpation du policier pour meurtre sans attendre les résultats de l'enquête. « Quand vous êtes en tort, vous êtes en tort, a expliqué le maire lors d'une conférence de presse, mardi. Quand vous prenez une mauvaise décision, on ne regarde pas si vous portez un insigne de police ou si vous êtes un simple citoyen, vous devez assumer cette décision. »
Alors que le rapport de police rédigé dans la foulée du drame indiquait que les policiers avaient tenté de ranimer la victime, la vidéo montre au contraire que les agents ne font rien pour tenter de la sauver, en la laissant face contre terre, les mains menottées et le dos ensanglanté. Ni M. Slager ni un deuxième policier qui le rejoint après avoir enfilé des gants médicaux, ni un troisième, qui visiblement dispose d'un kit médical. Aucun des trois policiers ne tente de pratiquer de massage cardiaque, alors que M. Scott agonise avec cinq balles dans le corps.
Antécédents
La victime avait été arrêtée une dizaine de fois pour des faits mineurs. En 1987, il avait été inculpé pour coups et blessures. En 1991, il avait arrêté pour détention d'une matraque, selon le journal local, The Post and Courier. Son frère affirme que, samedi, il se serait enfui parce qu'il pensait qu'on l'arrêtait afin qu'il paye la pension alimentaire de ses enfants. « Il a quatre enfants, il n'avait pas d'antécédents très violents. Il avait du travail, il était fiancé et ne voulait pas aller en prison pour des arriérés de pension alimentaire », a déclaré Chris Stewart, l'avocat de la famille de M. Scott au New York Times.
Selon le même journal, le policier avait quant à lui déjà fait l'objet de deux plaintes, dont l'une par un homme affirmant qu'il avait utilisé un Taser à son encontre sans raison, en septembre 2013. Une enquête interne l'avait disculpé, bien que le suspect n'ait jamais été arrêté dans cette affaire.
Stéphane Lauer
Le Monde
>
