Quelle est la valeur d’un accord de paix signé en l’absence de l’un des belligérants ? La question se posait, vendredi 15 mai à Bamako, après la signature en grande pompe du document d’Alger censé mettre un terme « définitif » à l’instabilité récurrente dans le nord du Mali. Il y avait bien là un parterre de chefs d’Etat et de gouvernement, des représentants de la communauté internationale et les autorités maliennes, concernées en premier lieu par ce document négocié depuis août 2014 dans la capitale algérienne. Sauf qu’il manquait sur la photo de famille les dirigeants de la Coalition des mouvements de l’Azawad (CMA), autrement dit les groupes armés, touareg ou djihadistes, qui avaient conduit le pays au bord de l’éclatement en 2013 et qui contrôlent encore des pans entiers du territoire malien.
Pour la CMA, le texte d’Alger « est très en deçà des revendications des populations de l’Azawad et il ne répond pas aux réalités de la crise », nous explique au téléphone, depuis Alger, Moussa ag Acharatoumane, porte-parole du MNLA (Touareg indépendantistes), membre de la CMA aux côtés du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA). Dans un communiqué publié jeudi, le représentant de la coordination, Bilal ag Acherif, avait expliqué que « le document ne saurait être pris pour l’accord définitif ».
Dans un geste qui, selon elle, démontre sa « bonne volonté d’aller vers la paix », la CMA avait « consenti » à parapher, jeudi à Alger, l’accord de paix. Tout en précisant : « Le paraphe de ce document et la signature de l’accord définitif sont et demeurent des actes juridiquement distincts. » D’où son refus de participer aux festivités de Bamako.
L’un des points soulevés par les groupes rebelles porte sur les garanties du respect du cessez-le-feu convenu à la fin des négociations d’Alger le 1er mars. A ce chapitre, la ville de Ménaka est devenue un point de fixation depuis que le MNLA en a été chassé par des milices alliées au pouvoir central de Bamako. « Ils doivent partir de là, assène Moussa ag Acharatoumane, mais je crains que l’on se dirige vers de nouveaux affrontements », ajoutait-il. Ce qui ne serait que la énième violation, mutuelle, du cessez-le-feu.
Alger a pesé de tout son poids
Mais la question de sécurité paraît presque anecdotique face aux autres revendications de la CMA. « Sous la pression de leurs bases et de leurs branches armées, la CMA n’a pas renoncé à ses idéaux, à savoir une large autonomie du Nord et la reconnaissance de l’identité politique de l’Azawad qui ne figurent pas dans l’accord », nous explique une personnalité proche du MNLA. Or ni Bamako ni les puissances étrangères marraines de l’accord d’Alger ne veulent en entendre parler.
« Certes, nous avons tordu le bras à la CMA pour qu’elle vienne jeudi à Alger. On peut discuter des modalités de la mise en œuvre, mais cet accord est à prendre ou à laisser », nous explique un diplomate de l’Union européenne partie prenante aux négociations et qui ne cache pas son « impatience » face aux demandes rebelles. « Jamais la communauté internationale et les pays de la région ne se sont autant engagés sur ce dossier », rappelle pour sa part une source diplomatique française.
L’Algérie, en premier lieu, a pesé de tout son poids pour parvenir à cet accord et clairement dit que sa médiation était terminée. Cet engagement international a notamment permis de convaincre Bamako de signer, dès le 1er mars, ce document qui inclut un certain nombre de concessions de sa part sur le développement économique de la région et une décentralisation des pouvoirs au profit du Nord. La communauté internationale s’est portée garante de leur application, étant donné le haut degré de défiance existant entre les parties maliennes. « Si les groupes du Nord continuent de rejeter l’accord, nous utiliserons d’autres moyens pour les faire changer d’avis », tempête un autre diplomate européen, qui agite la menace de sanctions onusiennes contre les non-signataires.
Un bon connaisseur du Sahel exprime toutefois son pessimisme quant aux chances de réussite de l’accord d’Alger. « Les dirigeants de la CMA étaient prêts à signer, notamment parce qu’ils sont aujourd’hui à court d’argent, mais ils n’ont pas reçu l’aval des plus radicaux et d’une partie de la base », affirme-t-il. « Or les plus radicaux présents dans chacun des mouvements sont ceux liés au narcotrafic finançant le terrorisme. Tant que la région n’aura pas été nettoyée de ces trafiquants, on ne pourra pas espérer un retour de la paix », conclut-il.
