Alors que la Grèce a obtenu la perspective d’argent frais et annoncé la réouverture des banques, le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, doit donner son aval pour que le gouvernement commence à négocier le troisième plan d’aide à Athènes. Les députés ont interrompu leurs vacances pour participer à cette séance qui a commencé à 10 heures. Ils se prononceront à l’issue d’un débat qui devrait durer environ trois heures (à suivre ici en allemand).
La chancelière Angela Merkel a appelé les députés à la « solidarité » envers les Grecs, qui ont dû accepter un accord qu’elle qualifie d’« extrêmement dur » pour rester dans la zone euro. Elle réclame aux élus une attitude responsable pour ne pas « laisser la Grèce s’écrouler ». :
« Si nous ne tentions pas de nous engager dans la voie ouverte lundi, nous serions irresponsables. L’Eurogroupe, la Grèce et le peuple grec méritent cette chance (…) L’alternative serait le chaos. »
La chancelière a également rendu hommage aux efforts fournis « pendant des jours » par Wolfgang Schäuble. Le ministre des finances a été longuement ovationné par les députés conservateurs de la CDU et de la CSU. Les socialistes du SPD, en revanche, n’ont pas applaudi. Ils n’apprécient pas la propositions de M. Schäuble, qui promeut un Grexit temporaire, c’est-à-dire une sortie provisoire de la zone euro. Le ministre a toutefois plaidé en faveur du oui à un accord jeudi lors d’une réunion du groupe parlementaire.
Lire le décryptage : Un « Grexit » coûterait plus cher à la zone euro qu’un allègement de la dette
Un vote théoriquement acquis
A la suite de la chancelière, le vice-chancelier SPD et ministre de l’économie, Sigmar Gabriel, a salué l’engagement du président français, François Hollande, à trouver un accord sur la Grèce :
« Il est bon pour l’Allemagne que la France joue un rôle de leader en Europe. »
Un vote favorable du Bundestag fait peu de doutes, car la coalition au pouvoir dispose d’une majorité écrasante : 504 sièges sur 631. De plus, il est probable que les Verts (63 sièges) approuvent eux aussi le texte, comme ils l’ont toujours fait dès qu’il s’agissait de politique européenne.
Angela Merkel fait tout de même face à la colère de plusieurs députés de son camp conservateur, qui pourraient voter non, et d’une partie de l’opinion publique. Le quotidien Bild, le plus grand tirage de la presse, égrène « sept raisons pour le Bundestag de voter “non” aujourd’hui » dans son édition du jour.
Et si un pays refuse ?
Même si le cas est peu probable, un rejet du texte par un des Parlements nationaux pourrait avoir des conséquences imprévues. En théorie, les dix-neuf pays actionnaires du mécanisme européen de stabilité (MES), qui versera le nouveau prêt à Athènes, doivent se mettre d’accord à l’unanimité.
« Mais dans le cas où l’un d’entre eux refuserait, une procédure d’urgence permettrait de valider la décision si les pays représentant 85 % de son capital sont d’accord », explique au Monde Michael Michaelides, analyste chez RBS. Selon cette procédure, seules l’Allemagne, la France et l’Italie, qui détiennent les plus grosses parts du MES (respectivement 27 %, 20 % et 17,7 %), peuvent poser leur veto.
Dans nombre de cas, un simple décret ou un assentiment du gouvernement suffit : Lituanie, Belgique, Luxembourg, Chypre, Italie, Pays-Bas, Slovénie, Malte et Portugal. Mais dans d’autres Etats (Autriche, Allemagne, Estonie, Lettonie, Slovaquie), c’est au Parlement qu’il revient de se prononcer. La France l’a déjà fait, comme la Finlande. Les Pays-Bas, plutôt hostiles à la Grèce, ou encore la Slovénie pourraient eux aussi décider d’opter pour cette voie.
