Les chiffres sont tombés, la nuit est venue : la réélection pour un troisième mandat du président burundais, Pierre Nkurunziza, venait d’être confirmée, sans violence ni joie dans les rues de Bujumbura. Les chiffres ont été rendus publics, vendredi 24 juillet, devant les chaises vides du corps diplomatique, par le président de la commission électorale du Burundi.
Pierre Nkurunziza a recueilli 69,41 % des voix, devançant Agathon Rwasa, ancien chef de rébellion, qui bénéficie d’une large assise dans plusieurs provinces du pays, à commencer par le Bujumbura rural, où il est arrivé en tête. Les autres candidats avaient décidé de se retirer du processus, ou sont de si peu de poids qu’ils ne changent rien à la situation.
Il n’y avait aucune raison que Pierre Nkurunziza ne remporte pas l’élection présidentielle, dès lors que les opposants au principe de son troisième mandat avaient été neutralisés dans la rue. Le pouvoir burundais, de son côté, a annoncé qu’il se pliait à la recommandation du sommet des pays de la région (Communauté est-africaine, CEA), en offrant de créer un gouvernement d’union nationale au lendemain de l’élection.
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En raison de la violence et des entraves à la liberté d’expression prévalant ces derniers mois au Burundi, les missions électorales de l’Union européenne et de l’Union africaine se sont retirées du processus. Une mission de la CEA a rendu vendredi son rapport intérimaire sur le déroulement du scrutin du mardi 21 juillet : « Le processus électoral n’a pas répondu aux principes et aux normes d’élections libres, équitables, pacifiques, transparentes et crédibles. »
Les manifestations au Burundi avaient commencé le 26 avril, au lendemain de l’annonce de la candidature du chef de l’Etat. Au sein du parti au pouvoir (le CNDD-FDD), des responsables avaient tenté de le dissuader de se présenter pour un troisième mandat, au cœur d’un débat constitutionnel. Ces avis ont été balayés. On retrouve à présent certains d’entre eux, comme le président de l’Assemblée nationale ou le vice-président, en exil, et parfois dans des projets de lutte armée.
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Radicalisation croissante
A Bujumbura, essentiellement, les manifestations ont duré des semaines avant d’être écrasées par la police. Plus de 80 morts, des centaines de blessés, des arrestations, des tortures. A présent, le Burundi est gagné par une radicalisation croissante. Celle des éléments les plus déterminés de la tendance anti-Nkurunziza, d’abord. Certains manifestants ne se cachent pas beaucoup pour dire qu’ils ne croient plus qu’aux armes. Qui restent, à ce stade, à trouver. Les premiers éléments d’une ébauche de rébellion ont fait leur apparition dans le nord du pays, près de la frontière avec le Rwanda, pays que le pouvoir burundais accuse d’héberger et d’entraîner cette force rebelle, qui ne s’est encore impliquée que dans de brefs combats.
Simultanément, une idée se répand : refusant le verdict d’un scrutin qui leur semble « illégal », les plus radicaux des manifestants disent attendre le 26 août, date à laquelle prend fin le mandat actuel de Pierre Nkurunziza, pour considérer qu’un « vide du pouvoir » justifiera de nouvelles actions.
La radicalisation de cette frange des anti-Nkurunziza (parmi lesquels se trouvent, donc, également, des responsables du CNDD-FDD, y compris des militaires) semble se poursuivre parallèlement à celle du pouvoir, selon des sources concordantes. Dans un rapport publié juste avant le scrutin, Amnesty International passe au crible le développement des manifestations et leur répression par les forces de police. Les chercheurs de l’organisation insistent sur le fait qu’une « structure parallèle » existe au sein de ce corps, qui s’est rendue responsable de l’essentiel des exactions, notamment lorsque certains de ses membres ont « tiré dans le dos de manifestants qui s’enfuyaient », et s’alarment à l’idée que « des individus en position de pouvoir contournent la chaîne de commande de la police pour donner des ordres qui violent les standards des droits de l’homme régionaux ou internationaux, incluant le droit à la vie ».

