Barack Obama attend avant son discours à l'Union Africaine le 28 juillet 2015 à Addis Abeba en Ethiopie. Crédits : Evan Vucci / AP Évidemment, le meilleur atout de Barack Obama lors d’une tournée africaine, c’est lui-même. Il est le rêve incarné de la réussite, le modèle indépassable. Ses origines lui permettent une fraternité avec son assistance et l’autorisent à employer des mots qu’aucun autre chef d’état occidental n’oserait prononcer sous peine d’être taxé de raciste ou de néocolonialiste.
Au Kenya, la patrie de son père, où il s’est rendu du 24 au 26 juillet, « le fils de la nation » était forcément un peu plus que le premier président américain à visiter ce pays. « Je suis le premier président kényan américain des États-Unis » a déclaré Barack Obama, dimanche devant 5 000 spectateurs soigneusement sélectionnés. Réunie dans l’enceinte de l'Indoor Safaricom Stadium, la foule n’en demandait pas plus pour exulter. Et qu’importe si cette petite phrase venait à réveiller une frange de la droite américaine qui met en doute sa nationalité et son patriotisme. Ce voyage avait une dimension « personnelle et intime » et Barack Obama n’est plus en campagne pour se faire réélire. Dans dix-huit mois, il quittera la Maison Blanche et cette tournée avait le parfum d’un adieu.
Aucune annonce forte n’a été faite mais le président américain est venu réexpliquer au Kenya puis en Éthiopie, la deuxième étape de son voyage les 27 et 28 juillet, les grands axes de sa politique à l’égard du continent africain. « L’Afrique change », a lancé Barack Obama depuis la tribune de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, appelant « le monde à changer son regard sur l’Afrique » et à abandonner « les vieux stéréotypes d’une Afrique enlisée pour toujours dans la pauvreté et les conflits. » Les lignes directrices de la diplomatie américaine sont en revanche plus constantes : appui aux régimes « amis » engagés dans la lutte antiterroriste, soutien aux investissements pour tenter de rattraper la prééminence chinoise dans le domaine et défense de certaines valeurs démocratiques.
Sur ce dernier point, Barack Obama s’est montré, non sans ironie, acerbe avec ses homologues africains qui manœuvrent pour s’éterniser au pouvoir au « risque de créer de l’instabilité et des conflits, comme on l’a vu au Burundi. (…) Laissez-moi être honnête avec vous. J’adore mon travail mais notre Constitution ne me permet pas de me présenter à nouveau. Je pense que je suis un bon président ! Si je me représentais, je pense même que je pourrais gagner ! Mais je ne peux pas. (…) Je ne comprends pas pourquoi les gens veulent rester si longtemps » au pouvoir, « en particulier quand ils ont beaucoup d’argent », a-t-il feint de s’étonner alors que lui attend « avec impatience [s]a nouvelle vie après la présidence. » Tonnerre d’applaudissements dans la salle qui en janvier avait vu Robert Mugabe, 91 ans, être élu président en exercice de l’UA.
Blâmes et encouragements
Le paradoxe est également américain. Tout en saluant les performances économiques des deux pays visités, Barack Obama ne s’est pas privé d’administrer blâmes et encouragements. La corruption ? « Un cancer », « le plus grand obstacle à la croissance du Kenya », un fléau qui coûterait, selon lui près de 250 000 emplois à ce pays, « parce que tout le monde estime que c’est quelque chose de normal. » Le tribalisme ? « Une politique fondée sur l’appartenance à une tribu ou à une ethnie est une politique qui condamne un pays à se déchirer. » Les droits des femmes ? « Au football, on ne peut pas laisser la moitié de l’équipe de côté. (…) La tradition parfois nous fait reculer. La mutilation des corps des petites filles et leur mariage à 10 ou 11 ans, cela doit se terminer. » Ceux des homosexuels ? « Quand vous commencez à traiter les gens différemment, parce qu’ils sont différents, vous vous engagez sur un chemin où la liberté s’érode. »
Pour le président kényan, Uhuru Kenyatta, puis le premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, ces critiques de leur invité valaient bien la peine d’être entendues. À la différence des précédents pays d’Afrique subsaharienne précédemment visités par Barack Obama (Ghana, Sénégal, Afrique du Sud et Tanzanie), ni le Kenya, ni l’Éthiopie ne peuvent se prévaloir du titre de démocratie exemplaire. Le premier a vu son chef de l’Etat inculpé de « crimes contre l’humanité », puis disculpé « faute de preuves » par la Cour pénale internationale pour son rôle dans les violences post-électorales ayant suivi la présidentielle de 2007, le second réprime méthodiquement l’opposition et les médias. Ils n’en demeurent pas moins des partenaires essentiels dans la lutte contre les djihadistes d’Al-Chabab, affiliés à Al-Qaida. Depuis que les États-Unis ont adopté ces dernières années dans « la guerre contre le terrorisme » la stratégie du Light footprint (l’empreinte légère), Washington s’appuie, comme en Irak et en Afghanistan, sur ses alliés locaux, plutôt que de déployer des milliers de soldats sur le terrain. Cette tournée avait donc tant pour Nairobi que pour Addis-Abeba la valeur d’une caution renouvelée alors que les deux pays ont engagé leur armée en Somalie, avec le soutien américain.
Lors de ces quatre jours sur le continent, Barack Obama n’a annoncé ni révolution de sa politique africaine ni contrat majeur, mais pour l’historien Mamadou Diouf, l’avenir pourrait réserver quelques surprises. « L’erreur a été de juger l’implication du président Obama en fonction de son identité de fils d’Africain alors que c’est un Américain qui applique ses principes, quels que soient les pays », estime le directeur de l’Institut d’études africaines à l’université Columbia à New York. Avant d’émettre une conclusion en forme de prédiction : « Il a toujours eu un intérêt pour l’Afrique. Je crois que lorsqu’il aura quitté la Maison Blanche, son implication sera beaucoup plus forte. Son réseau peut lui permettre d’être l’acteur le plus important dans les discussions africaines sur la jeunesse, la sécurité et pour attirer des investisseurs extérieurs. »
