Imbroglio diplomatique après l’arrestation d’un proche d’Ali Bongo

Des manifestants réclament le départ de Maixent Accrombessi à Libreville le 4 mai 2011.

La justice a ses raisons que la diplomatie ignore. Après une journée de garde à vue dans les locaux de la police judiciaire de Nanterre dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte en 2007 pour « corruption d’agents étrangers » et « blanchiment », l’influent directeur de cabinet de la présidence gabonaise, Maixent Accrombessi, a vu sa garde à vue levée lundi 3 août dans la soirée.

Interpellé à 9 heures alors qu’il s’apprêtait à repartir pour Libreville, M. Accrombessi a indiqué qu’il bénéficiait d’une immunité diplomatique censée le prémunir de toute mesure coercitive. Le ministère français des affaires étrangères avait pourtant indiqué en amont aux enquêteurs que son statut de directeur de cabinet ne lui permettait en rien de se prévaloir d’un tel statut.

Mais dans l’après-midi, la présidence gabonaise a opportunément transmis au quai d’Orsay une lettre de mission datée du 17 juillet indiquant que le directeur de cabinet se trouvait à Paris pour une « mission officielle » courant du 19 juillet au 5 août. Une missive, jusqu’ici ignorée des autorités françaises, qui vaudrait finalement immunité. Contraint, le parquet de Paris s’est plié à cette analyse en levant la garde à vue de M. Accrombessi.

Au delà de ce raffut diplomatico-judiciaire se cache une affaire qui remonte à la fin de l’année 2005 et à un contrat scellé entre le groupe français Marck, spécialisé dans la confection d’uniformes militaires, et le ministère de l’intérieur gabonais pour un montant de 7 millions d’euros. Ali Bongo est alors ministre de la défense de son père, le président Omar Bongo au pouvoir depuis trente-huit ans. Cela fait à peine dix ans que Maixent Accrombessi – d’origine béninoise – est naturalisé Gabonais mais cet homme d’affaires fait déjà fonction de conseiller informel d’Ali Bongo.

Circuits financiers opaques

C’est un virement de plus de 300 000 euros sur le compte monégasque d’une société de droit gabonais émis le 7 juin 2006 par le groupe Marck qui a attiré l’attention de l’organisme anti-blanchiment Tracfin. CTIP, la société bénéficiaire des fonds est dirigée par le Sénégalo-Malien Seydou Kane, un homme d’affaires proche de M. Accrombessi. « Je ne travaille ni pour le Gabon ni pour la France. S’ils en veulent à Maixent Accrombessi, qu’ils trouvent autre chose », confie-t-il au Monde. Une ancienne salariée de la société, chargée de l’export au moment des faits, était toujours en garde-à-vue dans la matinée de mardi. Contacté, un responsable Afrique de Marck n’a pas souhaité réagir.

Ce n’est pas la première fois que le nom du groupe Marck se retrouve au cœur de circuits financiers opaques entre la France et l’Afrique. En 2014, dans le cadre de la tentaculaire enquête sur l’homme d’affaire et parrain présumé Michel Tomi, son patron Philippe Belin avait été mis en examen pour « corruption d’agents publics étrangers » autour de contrats passés avec le Mali et le Cameroun.

D’autres virements – six exactement – d’un montant total de 2 millions d’euros, intriguent les enquêteurs. Ils seraient là aussi partis du groupe Marck vers un compte monégasque, cette fois détenu par une société baptisée AIKM, domiciliée au Bénin et gérée par Maixent Accrombessi lui-même. Un nouveau soubresaut dans les relations entre la France et son allié gabonais, déjà mises à mal par la justice dans le cadre de la procédure des biens mal acquis. Mais cette fois une entreprise française est directement visée.

Joan Tilouine

Le Monde

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir