Partis politiques au Burkina : Quand la « la loi chérif » redessine les alliances

Quelle que soit la réponse que le  conseil constitutionnel donnera aux recours en éligibilité déposé contre les candidats à la présidentielle du 11 octobre 2015, cela constitue  un signe avant-coureur des nouvelles alliances politiques en construction.

En effet, entre Bénéwendé Sankara qui déclare n’avoir aucune raison juridique et politique d’attaquer la candidature de Roch Marc Christian Kaboré et Ablassé Ouedraogo qui accuse ce dernier d’être le maître d’ouvrage dans la volonté du régime déchu de modifier l’article 37 de la constitution, on devine aisément qui peut facilement s’allier à qui en cas de besoin. Idem entre Zéphirin Diabré et Bénéwendé Sankara quand on sait que le parti du premier nommé avait déposé des recours devant le tribunal administratif contre des candidats à la députation, partisans du deuxième. A la  vérité, « la loi Chérif » n’a pas seulement exclu des candidats de l’ex-majorité, il a achevé de désunir les partis précédemment dans l’opposition et affiliés à l’institution chef de file de l’opposition.
Cette désunion était prévisible et s’explique par des raisons objectives et subjectives. Les raisons objectives sont liées  d’une part à l’histoire politique du Burkina Faso, aux circonstances de naissance de chaque parti  et d’autre part aux enjeux des élections qui s’approchent à grand pas.
Les raisons subjectives étant liées à des querelles d’ego dont les motivations ne sont pas évidentes à décrypter, nous nous intéresserons surtout à celles objectives liées à l’histoire et aux enjeux de la dévolution du pouvoir post transition.

Ainsi à la lumière de l’histoire politique du Burkina, il apparait que la scène politique est une mosaïque de partis dont les principaux animateurs ne sont pas des poussins d’hivernage en matière d’engagement militant. Le MPP, le parti de Roch Kaboré, c’est connu, est née d’une scission du CDP, le parti de Blaise Compaoré. Cette scission s’explique en grande partie, par  la mise à l’écart des instances du CDP de ceux qui sont aujourd’hui les principaux maîtres à penser du MPP. Après avoir attendu vainement d’être désigné dauphin de Blaise Compaoré, Roch Marc Christian Kaboré, s’est senti à l’étroit dans l’ancien parti majoritaire où le frère cadet du président était devenu omnipotent. En mars 2012, désormais convaincu que la mise à l’écart de Salif Diallo, trois ans plus tôt, n’était pas une balise pour qu’il émerge définitivement comme successeur de Blaise Compaoré à la tête de l’Etat, il a peu résisté à la prise totale du contrôle de l’appareil du CDP par François Compaoré. Au demeurant, les assises de ce Vème congrès ordinaire du CDP de 2012 avaient pris une résolution sur la modification de l’article 37 de la constitution indiquant clairement que le parti souhaitait que Blaise Compaoré se succède à lui-même. Que cette résolution ait fait l’objet d’un large débat ou pas, à l’évidence, le CDP n’était plus un terreau favorable aux ambitions présidentielles de Roch Marc Christian Kaboré.  Simon Compaoré qui a longtemps été secrétaire général du CDP, n’était plus, lui-aussi à l’aise dans le parti où les transfuges de la FEDAP/BC avaient pignon sur rue avec les bénédictions de François Compaoré. La « patrimoinisation » de l’Etat dont avait parlé Salif Diallo quelques années plus tôt, avait poussé des métastases dans le parti majoritaire. Roch, Salif et Simon après le Vème congrès du CDP, comprirent  qu’ils n’avaient plus d’avenir politique avec Blaise Compaoré. D’un, parce que ce dernier ne leur faisait plus confiance et de deux, parce que le régime commençait à montrer des signes d’essoufflement. Les mutineries de 2011 étaient présentes dans les mémoires et la coalition contre la vie chère continuait ses coups de boutoir « décrédibilisateur » du régime.
Pourquoi Blaise Compaoré ne faisait plus confiance à ces trois mousquetaires qui ont si vaillamment défendu son pouvoir par le passé ? Parce que, selon bien d’observateurs, leur position stratégique dans l’appareil d’Etat et du parti leur servait à développer un clientélisme politique à leur compte personnel. Ce  clientélisme comportait des relations avec des leaders de l’opposition notamment Bénéwendé Sankara, Arba  Diallo, Emile Paré… tandis qu’au CDP, il servait à pistonner des obligés qui ont crée aujourd’hui des partis  satellites au MPP : Sara Séré /Sérémé avec le PDC ou Vincent Dabilgou avec  le NTD.
On pourrait remonter aux associations et mouvements étudiants des années 1970 et 1980, à la période révolutionnaire et aux partis dits communistes et clandestins qui soutenaient le Conseil National de la Révolution pour expliquer les alliances « naturelles » que l’on voit se dessiner aujourd’hui entre l’UNIR/PS, le FSS, le FASO  YIRWA, le PDS/Metba et  le MPP. C’est grosso modo la Gauche, ceux qui estiment, plus ou moins tardivement, que Blaise Compaoré a trahi Sankara, la révolution et l’idéal social démocrate qui se regroupent.
A l’opposé de ce premier groupe, des ex  partis de l’opposition,  il y a l’UPC qui depuis sa naissance en 2010 ne cache pas ses options libérales. Idem pour Ablassé Ouedraogo et son « Faso Autrement ». Ces deux personnalités aux ambitions politiques fortes, bien qu’ayant travaillé avec Blaise Compaoré, n’avaient aucune chance d’être accueillies les bras ouverts au CDP. Elles n’ont même pas essayé d’y militer, préférant se forger leurs propres appareils de parti pour espérer prospérer politiquement.
Ces deux partis pourraient  être la locomotive d’un autre pôle de regroupement attirant à eux, pour des raisons subjectives de leurs ténors, d’autres partis qui ne veulent pas être là où sont Roch, Salif, Simon et Bénéwendé  parce qu’ils estiment qu’ils ont, soit trop collaboré avec Blaise Compaoré soit mal géré le label de parti sankariste dont  le dernier nommé  se gargarise. Suivez notre regard vers le parti La Convergence pour l’Espoir de Jean Hubert Bazié,  le PRIT /Lanaya de Kabré Mahamadou, l’URD/MS de Jean Baptiste Natama ou le MAP de Victorien Tougouma.

Deux camps d’alliance antagonique se dessinent donc dans l’ancienne opposition. En face il y a l’ancienne majorité composée de ce qui reste du CDP, de l’ADF/RDA, de l’UNDD, « l’autre Burkina » et de l’UPR, rejoint par la NAFA et l’UBN. A défaut de candidat à la présidentielle du fait des restrictions d’exclusion par la « loi Chérif », il y a fort à parier que les élus de ses partis coordonneront leurs points de vue et leurs votes au parlement. A défaut d’y détenir la majorité absolue, ils auront assurément une minorité de blocage et quelque soit le président élu, il devra compter avec eux pour gouverner où a contrario, travailler à les désunir pour renforcer sa majorité au parlement.
Mais la politique n’est pas une science exacte et selon les résultats qui sortiront des urnes, des retournements  de veste de l’un ou l’autre parti avec pour conséquence une recomposition des alliances,  n’est pas à exclure.

Derbié Terence Somé
Lefaso.net

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