Nicolas Sarkozy, la reconquête à droite toute

L'ex-président, qui doit annoncer sa candidature d'ici à  jeudi, va axer sa campagne sur l'identité et la sécurité
 

 

Comment créer un effet de surprise ?Nicolas Sarkozy va déclarer dans les prochains jours sa candidature à la primaire de la droite pour la présidentielle de 2017. Même si ses intentions sont connues, l'ancien chef de l'Etat entend tout de même faire l'événement lors de cette opération de communication, afin d'enclencher une dynamique en sa faveur dans l'optique du scrutin des 20 et 27  novembre. Malgré le peu de suspense sur le fond, son équipe tente d'alimenter une forme de faux mystère, en gardant secrètes la date exacte et la forme de cette annonce.

Jusque-là en vacances au cap -Nègre (Var), M.  Sarkozy était de retour lundi 22  août à Paris, pour caler les derniers détails de son plan de bataille avec ses lieutenants. Selon les statuts définis par la haute autorité de la primaire, il doit se déclarer au plus tard jeudi 25  août, soit quinze jours avant le dépôt des candidatures, fixé au 9  septembre. Sachant qu'il a prévu de tenir sa première réunion publique, en tant que candidat, le 25  août à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), sa déclaration devrait intervenir mardi ou mercredi, selon ses proches.

" Campagne d'enfer "

D'après eux, l'officialisation de sa candidature va donner " le véritable coup d'envoi de la primaire " car, dès l'annonce passée, l'ex-chef de l'Etat compte mener " une guerre de mouvement ", en se démenant sur tous les fronts. Déplacements, réunions publiques, médias… " Il va faire une campagne d'enfer pendant trois mois pour amplifier la dynamique et la mobilisation autour de lui ", prédit le sénateur sarkozyste Roger Karoutchi. Sa participation au campus régional des jeunes Les Républicains (LR) du Touquet (Pas-de-Calais), les 27 et 28  août, est déjà programmée, ainsi qu'à l'université d'été du Medef, à Jouy-en-Josas (Yvelines), le 31  août.

Comme à son habitude, le candidat Sarkozy compte saturer le terrain médiatique dans l'espoir de prendre ses rivaux de vitesse. Soit la même stratégie que celle qu'il avait utilisée en  2004 pour s'imposer face au camp Chirac. A l'époque, il avait lâché à ses proches, en privé : " Je vais faire comme Forrest Gump : courir devant tout le monde ! " En octobre  2014, après avoir déclaré sa candidature à la présidence de l'UMP, il se voyait encore tout emporter sur son passage : " Je vais accélérer, et ils seront tous derrière moi ! "

Comme cela n'a pas été le cas – Alain Juppé reste le favori des sondages auprès des sympathisants de droite –, M.  Sarkozy mise sur son annonce de candidature pour dicter le tempo de la primaire. L'objectif affiché ? Installer ses thèmes de prédilection au cœur du débat pour les imposer à ses concurrents. " Il pense que son succès se fera sur le terrain des idées ", souligne le fidèle Brice Hortefeux.

Alors qu'au cœur de l'été, selon certains sondages, les Français désignaient la lutte contre le terrorisme et l'islam radical comme une priorité après les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), l'ex-président de la République a décidé d'axer sa campagne sur les thèmes de la sécurité, de l'identité, de l'immigration ou de la laïcité pour coller à leurs attentes. Pour ses fidèles, il dispose d'un avantage comparatif sur ce terrain. " En tant qu'ancien ministre de l'intérieur et ancien chef de l'Etat, il a une visibilité et une crédibilité supérieures aux autres sur ces sujets ", estime M. Karoutchi.

Convaincu que sa réactivité à l'actualité et sa ligne d'extrême fermeté lui ont profité cet été, l'ancien président de la République compte continuer à proposer des mesures musclées pour séduire l'électorat de droite et du FN. Et  marquer sa différence d'approche avec le maire de Bordeaux, tenant d'une " identité heureuse ". M.  Sarkozy a démarré son offensive ces dernières semaines, en appelant dans Le Monde à " une adaptation de l'Etat de droit " pour lutter contre les djihadistes, puis en préconisant dans Valeurs actuelles une évolution en -profondeur du droit du sol, l'interdiction du voile à l'université et la suppression des menus de substitution dans les cantines scolaires. Au risque de trop se déporter sur sa droite. " La difficulté, c'est qu'il doit incarner le clivage sans se déprésidentialiser ", admet un de ses conseillers.

Pour sa troisième campagne présidentielle, la première dans le cadre d'une primaire ouverte, celui qui avait juré de quitter la politique après son échec de 2012 va devoir résoudre un autre problème de taille, celui de son image écornée par le précédent quinquennat. Comment apparaître comme un homme d'avenir quand on a déjà été à l'Elysée ? Comment faire oublier son passif et reconquérir des électeurs déçus, qui se sont éparpillés vers le  FN ou ont été charmés par les rivaux de son propre parti ?

Pas évident de donner l'impression de s'être renouvelé, après avoir été omniprésent dans la vie politique depuis plus de vingt ans… Pour y parvenir, il a mis en place, comme à son habitude, un storytelling destiné à rafraîchir la devanture sarkozyste. Après avoir été l'artisan de la rupture avec le chiraquisme avant 2007, puis le défenseur de l'identité en  2012, il se veut cette fois-ci l'homme d'expérience, " central " à droite, qui a su rassembler le parti divisé après  2014. Cela suffira-t-il pour dépasser le rejet dont il pâtit toujours dans l'opinion ?

Confiants sur sa capacité à rattraper M. Juppé dans les sondages, ses partisans jugent encourageant de voir que l'ex-chef de l'Etat " a regagné du terrain " dans l'opinion " depuis trois mois " en affichant l'autorité face aux troubles sociaux suscités par la loi travail, puis une détermination sans faille face au terrorisme. " Evidemment, l'antisarkozysme n'a pas totalement disparu, mais il s'est estompé ", se rassure un conseiller. Le maire LR de Tourcoing (Nord), Gérald Darmanin, qui vient de rallier l'écurie sarkozyste, a observé cette évolution sur le terrain : " Avant l'été, beaucoup de gens de droite me disaient qu'ils ne voulaient plus entendre parler de Sarkozy, alors qu'aujourd'hui, ils se montrent moins définitifs à son égard et semblent avoir remis la balle au centre. "

Confiance en lui indéfectible

M.  Sarkozy, lui, assure à tous ses visiteurs qu'il va l'emporter en affichant une confiance en lui indéfectible. " Je suis en passe de réussir ce que personne n'a jamais réussi en politique : un retour ", s'avance-t-il, pour nourrir sa propre légende. La ferveur des militants à son égard, lors de ses déplacements ou des séances de dédicace de son ouvrage, La France pour la vie, l'a rassuré. " Ceux qui payent 19,90  euros pour mon livre puis font la queue trois heures pour avoir une dédicace, vous croyez vraiment qu'ils n'iront pas voter à la primaire ? Ceux-là, ils seront là dès la première heure devant les bureaux de vote ! " Se comparant aux astronautes d'un de ses films préférés, L'Etoffe des héros (1983), il confie : " A l'époque, ces hommes pensaient qu'ils ne pourraient jamais franchir le mur du son. Au final, ils sont allés jusqu'à la Lune. "

Matthieu Goar et Alexandre Lemarié

© Le Monde


 

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