Le feuilleton Gbagbo :liaisons dangereuses Abidjan-Paris
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- Catégorie : International
- Mis à jour le samedi 3 septembre 2016 12:05
- Publié le samedi 3 septembre 2016 12:02
- Écrit par GNAHOUA Ambroise
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Le procès de l’ex-président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, jugés à La Haye pour crimes contre l'humanité depuis janvier 2016, reprend ce mardi 30 août après plusieurs semaines d'interruption. Le procureur et la Cour pénale internationale (CPI) sont de plus en plus critiqués sur la conduite des audiences et les impasses béantes de l'enquête. Dernier exemple en date : l'audition du treizième témoin à charge n'a pas porté chance au procureur. Lors de son audition, P.0321, de son numéro de matricule CPI, a contredit la thèse de l’accusation et révélé des éléments embarrassants sur l’action de la France en Côte d'Ivoire, comme l’avait fait avant lui Mohamed Sam Jichi, dit « Sam l’Africain » (lire notre précédent article). P.0321 partageait d’ailleurs avec ce dernier la particularité d’être un « insider », un témoin de l’intérieur : il était commandant de gendarmerie sous la présidence de Laurent Gbagbo.
Laurent Gbagbo (en haut) écoute le témoignage de Mohamed Sam Jichi, dit « Sam l’Africain », lors de l'audience devant la CPI
Avant d’aller plus loin, rappelons brièvement que Gbagbo et Blé Goudé sont accusés d’avoir élaboré un « plan commun » pour permettre au président de rester au pouvoir. Et d’avoir, dans ce cadre, fait la chasse aux opposants sur des critères ethniques et religieux, en ciblant nordistes et musulmans, soutiens supposés naturels du challenger de Laurent Gbagbo lors de l’élection présidentielle de novembre 2010, Alassane Ouattara.
Le procureur affirme que Gbagbo est responsable de la mort d’au moins 167 personnes lors de quatre événements : la répression, le 16 décembre 2010, d’une marche de partisans de Ouattara qui visait officiellement à prendre le contrôle de la radio-télévision publique à Abidjan ; la répression d’une manifestation de femmes pro-Ouattara le 3 mars 2011 à Abidjan ; une attaque au mortier sur un marché à Abidjan le 17 mars 2011 ; une série de meurtres après l’arrestation de Gbagbo, le 11 avril 2011, dans la commune de Yopougon, à Abidjan.
Lors des premières auditions des témoins de l’accusation, les juges ont eu droit à des récits souvent incohérents ou à décharge pour les accusés. Le même scénario s’est répété avec le deuxième volet de ces audiences, qui s’est achevé mi-juillet sur l’audition de P.0321. Ce dernier était l’un des témoins les plus importants du procureur, en raison des hautes fonctions qu’il a occupées. Bien qu’il ait témoigné sous anonymat, il a été très vite identifié par de nombreux Ivoiriens comme étant le commandant Jean-Noël Abehi.
Très respecté au sein de la gendarmerie sous Gbagbo et par l’opinion publique en général, Abehi a été entendu par la CPI dans des conditions spéciales. Resté jusqu’au bout loyal à Gbagbo, il a été arrêté en 2013 au Ghana, où il s’était exilé après l’arrestation de l'ex-président, le 11 avril 2011. Il a été extradé en Côte d’Ivoire, où il est depuis en détention : l'officier a été condamné en 2015 à cinq ans de prison pour « désertion ».
Jean-Noël Abehi n’a pas fait le voyage jusqu’à La Haye, mais a été entendu par vidéoconférence par les juges de la CPI depuis un camp militaire à Abidjan, après avoir été extrait de son centre de détention. Que peut valoir le témoignage d’un homme privé de liberté depuis cinq ans dans un pays dirigé par les adversaires des accusés et où il y a régulièrement des violations des droits de l’homme ?, pouvait se demander avec raison le public (notre précédent article ici).
Le militaire a cependant résisté à la pression du contexte, ruinant les espoirs du procureur. Les éléments qu’il a apportés pendant son audition ont été favorables aux deux accusés. L’officier de gendarmerie a notamment expliqué que la marche du 16 décembre 2010 – l’un des événements retenus par le procureur contre Gbagbo – n’était pas pacifique, contrairement aux affirmations du procureur. Il y avait des combattants pro-Ouattara armés mêlés aux manifestants, a-t-il dit. La défense a profité de son témoignage pour diffuser une vidéo, visible sur Internet, montrant Jeannot Ahoussou Kouadio, actuel ministre sans portefeuille de Ouattara, qui fait des confidences à des interlocuteurs non identifiés : il leur révèle qu’il y avait « 300 jeunes gens bien conditionnés, bien formés » dans cette manifestation du 16 décembre. « C’était avec eux qu’on devait aller libérer la télé, donc c’étaient pas des femmelettes », précise-t-il en riant.
© GNAHOUA Ambroise
La défense a aussi projeté un reportage vidéo datant du 13 décembre 2010 : on y voit cette fois Guillaume Soro, ex-chef de la rébellion des Forces nouvelles pro-Ouattara et actuel président de l’Assemblée nationale, demandant à ses forces armées de se préparer pour la marche.
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