Donald Trump rattrapé par son passé
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- Catégorie : International
- Mis à jour le samedi 8 octobre 2016 13:29
- Publié le samedi 8 octobre 2016 13:29
- Écrit par Gilles Paris
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Des propos à caractère sexiste tenus en 2005 par le candidat républicain suscitent l'ire de son camp
“Je n'ai jamais dit que j'étais parfait, ni prétendu être quelqu'un que je ne suis pas. J'ai dit et fait des choses que je regrette et les propos diffusés aujourd'hui dans une vidéo vieille de plus de dix ans en font partie. Ceux qui me connaissent savent que ces propos ne correspondent pas à la personne que je suis. Je l'ai dit, c'était une erreur et je m'excuse. (...) J'ai dit des bêtises mais il y a une grande différence entre les mots et les actes d'autres gens. Bill Clinton a véritablement maltraité des femmes, et Hillary a harcelé, attaqué, humilié et intimidé ses victimes. Nous en parlerons dans les prochains jours. "
Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle américaine, dans un message vidéo publié peu après minuit, dans la nuit du vendredi 7 au samedi 8 octobre, sur sa page Facebook.
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Adeux jours d'un débat déterminant pour ses ambitions présidentielles, le candidat républicain Donald Trump a été rattrapé par son passé. Le Washington Post, qui a pris position depuis longtemps contre lui, a publié, vendredi 7 octobre, un enregistrement remontant à 2005 dans lequel le magnat de l'immobilier évoque dans les termes les plus crus ses techniques pour séduire les femmes.
" Quand on est une star, elles nous laissent faire. Tu peux faire tout ce que tu veux. Prends-les par la chatte. Tu peux faire tout ce que tu veux ", assure M. Trump à son interlocuteur, l'animateur Billy Bush – par ailleurs cousin de l'ancien président américain George W. Bush –, après avoir relaté dans le détail une tentative infructueuse concernant, précise-t-il, une femme mariée. Selon la presse américaine, la conversation a eu lieu sept mois après son mariage avec sa troisième épouse, Melania Trump.
L'équipe de campagne du milliardaire a pris immédiatement conscience du danger représenté par la divulgation de ces propos tenus en marge de l'enregistrement d'une émission de télévision pour laquelle M. Trump avait été équipé d'un micro.
" Il s'agissait de plaisanteries de vestiaire, une conversation privée, c'était il y a des années. Bill Clinton m'a dit des choses bien pires sur des terrains de golf, sans comparaison possible ", a assuré M. Trump dans un communiqué. Pour la première fois depuis le début de la campagne, le candidat républicain a tenté de faire amende honorable. " Je présente mes excuses à tous ceux qui ont été blessés ", a-t-il ajouté. Peu après minuit, il a récidivé dans une vidéo, plaidant coupable et accusant à nouveau l'ancien président. Cette ligne de défense érigée à la hâte n'a pas empêché une vague presque unanime de condamnations.
Paul Ryan " écœuré "
Pour M. Trump, les plus embarrassantes sont venues du camp républicain. L'ancien candidat à l'investiture, Jeb Bush, l'un des rares à avoir refusé de faire allégeance à l'homme d'affaires, a été l'un des premiers à réagir, suivi de Paul Ryan, le " speaker " (président) de la Chambre des représentants. " Ecœuré ", ce dernier a annulé sa participation à un meeting commun avec M. Trump prévu le lendemain dans le Wisconsin. Le milliardaire y a ensuite également renoncé en indiquant qu'il comptait préparer le deuxième débat présidentiel prévu dimanche soir. Reince Priebus, le président du Republican National Committee, la plus haute instance du " Grand Old Party ", s'est montré tout aussi critique.
Pour M. Trump, les dégâts provoqués par la diffusion de cette vidéo, obtenue par le journaliste déjà à l'origine de révélations sur le fonctionnement de sa fondation, David Fahrenthold, sont d'autant plus dévastateurs qu'ils concernent ses principales faiblesses.
La première est électorale : le magnat de l'immobilier accuse un déficit important auprès des femmes dans les intentions de vote. Après avoir alimenté ces jours derniers une polémique avec une ancienne lauréate d'un concours de beauté dont il était le promoteur et qui l'a accusé d'avoir tenu des propos désobligeants à son encontre, la vidéo révélée vendredi n'est pas de nature à améliorer son image.
M. Trump a tenté de solder les outrances publiques connues jusqu'à présent en assurant mercredi dans le Nevada qu'elles ne visaient qu'à divertir et n'ont jamais reflété le fond de sa pensée. L'enregistrement diffusé vendredi affaiblit considérablement ce plaidoyer.
La seconde renvoie au procès en légitimité pour occuper le bureau Ovale de la Maison Blanche qui est souvent instruit contre lui. L'homme d'affaires a pu convaincre une partie de l'électorat qu'il peut incarner le changement à Washington. Son caractère ou son comportement, pour reprendre les termes testés dans les sondages, sont en revanche jugés très majoritairement incompatibles avec la fonction présidentielle. Le langage utilisé dans la vidéo, même si cette dernière date de onze ans, risque de renforcer ces perceptions négatives.
Se montrer à son avantage
Cette divulgation, enfin, tombe au pire moment pour le candidat républicain. Il doit impérativement se montrer à son avantage lors du deuxième débat prévu avec son adversaire démocrate, Hillary Clinton, pour préserver ses chances. Celles-ci ont été compromises par un premier débat raté puis par la polémique avec l'ancienne reine de beauté.
Le New York Times, enfin, a publié le 1er octobre des documents fiscaux embarrassants. Selon le quotidien new-yorkais, le milliardaire aurait en effet pu mettre à profit une perte de plus de 900 millions de dollars (800 millions d'euros) en 1995 pour ne pas payer d'impôts fédéraux pendant dix-huit ans. Une hypothèse que M. Trump n'a pas démentie, mettant au contraire en avant son habileté à exploiter les subtilités de la fiscalité américaine. Cette spirale négative lui a coûté des pourcentages précieux dans les intentions de vote, au niveau national comme dans la dizaine d'Etats indécis qui décideront de la présidentielle.
Gilles Paris
© Le Monde
