
A l’occasion du sommet de Bamako, son hôte, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a été l’invité, dimanche 15 janvier, de l’émission « Internationales » proposée dimanche par TV5 Monde et RFI avec Le Monde. L’occasion de l’interroger sur la menace djihadiste dans son pays, la crise en Gambie et les questions migratoires.
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Craignez-vous la remise en cause des engagements pris durant ce sommet en matière de sécurité et de développement avec le départ du président François Hollande ?
Non. Ce sont des engagements conformes aux intérêts de la France. Dès lors, tout président qui sera élu devra s’assurer de la permanence des intérêts français. J’espère qu’on ne changera pas le paradigme que le président François Hollande a tenu à observer, à savoir aucune intervention armée qui ne soit légitimée par la communauté internationale et dans le respect de nos pays.
L’époque de la Françafrique est révolue ?
Je ne sais pas trop ce que veut dire Françafrique. C’est un mot fourre-tout dans lequel il y a le meilleur et le pire. Ce que je sais, c’est que le président Hollande n’a pas eu avec nous des relations qui pouvaient laisser penser qu’elles relevaientd’un système de réseau ou d’influence. La politique du Mali se fait et se décide au Mali.
Ne trouvez-vous pas que les questions de sécurité dans la région du Sahel écrasent toute autre considération et notamment celles qui concernent le développement ?
L’un de nos regrets est que l’on doive beaucoup regarder du côté de l’armée et de son équipement. Le Mali vient d’acquérir un avion de transport à prix d’or et deux hélicoptères. Tout cela aurait pu être utilisé pour l’amélioration des conditions de vie de la population. Mais, pour la défense de ces mêmes populations, nous devons avoir une capacité de résistance, de défense et de projection dans un pays grand comme deux fois la France.
La Gambie traverse une crise politique provoquée par le refus du président Yahya Jammeh de reconnaître sa défaite à la présidentielle de décembre 2016 face à Adama Barrow. Est-ce qu’une décision a été prise durant le sommet concernant la façon de le faire partir ?
Je souhaite que mon frère Yahya Jammeh prenne la décision utile pour son pays et que l’on puisse éviter un bain de sang. Nous sommes encore dans le dialogue et la persuasion. Au niveau de la Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, il n’y a pas de divergence. Nous souhaitons que, le 19 janvier, le président Adama Barrow soit investi. Un positionnement de défiance vis-à-vis de la Cédéao pourrait avoir des conséquences fâcheuses.
Il y a quatre ans, votre pays était attaqué par des mouvements djihadistes. Cette menace est-elle toujours présente ?
Hélas oui. Même si les groupes terroristes n’ont plus les capacités opérationnelles semblables à celle qu’ils avaient à l’époque. L’opération militaire « Serval » et [le déploiement du dispositif français] « Barkhane » sont passés par là, mais il reste des groupes dispersés au mode opératoire asymétrique.
Assurer la sécurité au Mali ne relève pas uniquement de l’usage de la force…
Il n’y aura pas de développement sans une paix réelle, cogérée par l’ensemble de la nation. Mais, chaque fois qu’on avance, une surenchère intervient. Si l’on prend le cas des patrouilles mixtes [associant l’armée aux anciens rebelles], leur mise en place se heurte aux choix internes des mouvements eux-mêmes, qui se divisent en sous-mouvements…
Le Mali est un pays d’émigration, notamment vers l’Europe. Pourquoi refusez-vous de signer les accords de réadmission des immigrants clandestins avec l’Union européenne ?
Je suis très clair. Je n’ai jamais été d’accord avec le principe de réadmission. Je comprends l’Europe et les débats internes dans ses pays [membres], mais qu’on ne me demande pas de commettre un crime moral qui serait d’enlever tout espoir aux miens. Mon souhait est qu’ils ne partent pas et que nous luttions contre les réseaux criminels [de trafics humains]. Mais je ne signerai pas d’accord de réadmission qui permet de ramener des gens au Mali dans des conditions parfois inhumaines. La question de l’émigration est traitée en fonction des origines [des migrants]. Je ne l’admets pas.
