Equipe de France : l'envol de Lacazette

 

Alexandre Lacazette, le 11 novembre avant France-Albanie.

Jusqu'à présent, Alexandre Lacazette n'a jamais vraiment eu l'occasion de s'illustrer avec les Bleus. L'occasion faisant le larron, le Lyonnais pourrait bien utiliser son statut d'actuel meilleur buteur de Ligue 1 (onze buts), pour prétendre à une place en pointe aux côtés de Karim Benzema, vendredi 14 novembre, à Rennes, en match amical face à l'Albanie, 48e nation au classement FIFA.

Le jeune (23 ans) canonnier de l'Olympique lyonnais a su profiter de son début de saison fracassant pour glisser son nom dans les petits papiers du sélectionneur Didier Deschamps. Au Stade de la Route de Lorient, ce Gone pur jus, né, élevé et formé dans la cité rhodanienne, fera sa quatrième apparition en maillot tricolore.

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Convoqué une première fois par le patron des Tricolores en juin 2013, il avait participé à la calamiteuse tournée des Bleus en Uruguay et au Brésil – défaites contre la Céleste (1-0) puis face à la Seleçao (3-0). Disparu des écrans radars, il avait fait son retour dans le wagon bleu en mai dernier, en incorporant le groupe des sept réservistes appelés par Deschamps pour pallier un éventuel forfait d'un des vingt-trois internationaux assurés de disputer le Mondial au Brésil. En Serbie (1-1), le 7 septembre, il avait honoré timidement sa troisième sélection avec l'équipe de France.

L'HÉRITIER DES TAULIERS LYONNAIS

« Seul en pointe, Lacazette n'a pas de repères, mais avec un autre attaquant il bouge beaucoup », a glissé Didier Deschamps avant la réception de l'Albanie. Confronté aux blessures de plusieurs de ses cadres (Evra, Sakho) et désireux de procéder à des essais, le Bayonnais doit composer avec un effectif chamboulé (onze joueurs sur vingt-quatre n'étaient pas au Brésil cet été). Dans ce contexte, Lacazette a la possibilité de faire enfin ses preuves. Lui, l'ailier de formation, qui devance actuellement d'une réalisation l'avant-centre marseillais André-Pierre Gignac au classement des buteurs du championnat de France.

Si les médias se focalisent actuellement sur l'ascension de cet attaquant râblé (1,75 m pour 73 kg), c'est parce qu'il affiche une progression stupéfiante sur le plan des statistiques. Auteur de trois buts lors de la saison 2012-2013, Lacazette a marqué à quinze reprises lors de l'exercice suivant, avant de se muer en prolifique goleador cette année.

Alexandre Lacazette, le 26 octobre.

D'après Gérald Baticle, adjoint du coach lyonnais Hubert Fournier, chargé depuis 2010 des attaquants de l'OL, cette métamorphose, le jeune Lyonnais la doit d'abord à son changement de poste : 

« Durant deux ans, il a évolué excentré, droit derrière les deux attaquants de pointe qu'étaient Lisandro et Bafetimbi Gomis, entraîneur adjoint du coach lyonnais Hubert Fournier, chargé depuis 2010 des attaquants de l'OL.
A ses débuts en Ligue 1 (en 2010), il effectuait un gros travail défensif. Il était davantage dans la construction du jeu, dans l'ouverture de brèches pour Bafé (Gomis) et Lisandro (Lopez) et moins dans la finition. Depuis deux saisons, il est devant le but. Il y a eu un coup d'accélérateur, de turbo, car il a désormais les responsabilités devant, il a un poste de buteur. »

Opportuniste, doté d'un toucher de balle soyeux, Lacazette a notamment signé son premier triplé en Ligue 1 face à Lille (3-0), le 4 octobre. Grâce à son implication dans le jeu offensif lyonnais, l'OL s'est installé à la troisième place du championnat, à deux unités du leader marseillais.

SYMBOLE DE L'ACADÉMIE LYONNAISE

Lacazette symbolise d'abord cette génération née en 1991 qui a su prendre le pouvoir dans son club formateur, comme l'explique Gérald Baticle :

« A l'OL, on a fait partir les tauliers et il a dû confirmer qu'il était à la hauteur pour les remplacer. Il y avait beaucoup d'attente autour de lui cette année. C'est un joueur intelligent, froid dans les duels, dans sa façon de gérer sa carrière. Il n'a pas perdu patience lorsqu'il était remplaçant. Il a gardé le goût du travail. »

Et Rémi Garde, ancien patron de l'académie lyonnaise et ex-entraîneur de l'OL (2011-2014), se souvient de lui :

« Lorsqu'il était au centre de formation de l'OL, il avait un profil d'attaquant pas vraiment axial, plutôt de couloir, avec des qualités individuelles évidentes. Il a rapidement gommé ses défauts de l'époque : sa nonchalance, sa difficulté à savoir se faire mal ou à aller au-delà de ses limites. Comme il était talentueux, on attendait toujours un peu plus de lui.
Il était d'un tempérament tranquille, qui se laissait un peu vivre. Il n'a pas été impatient et ne s'est pas posé en victime lorsque ses jeunes coéquipiers de l'OL, comme Clément Grenier, lui sont passés devant. »

Souvent remplaçant à l'OL, Lacazette l'a parfois été avec les sélections de jeunes. En juillet 2010, il est le joker de luxe de l'équipe de France des moins de 19 ans de Francis Smerecki, qui remporte l'Euro, organisé dans l'Hexagone. Eclipsé par les stars en devenir Antoine Griezmann et Gaël Kakuta, il signe le but victorieux lors de la finale (2-1) opposant les Bleuets à l'Espagne.

L'année suivante, il est demi-finaliste de la Coupe du monde des moins de 20 ans, en Colombie, et finit au pied du podium malgré son titre de meilleur buteur de la compétition (cinq réalisations). Il incorpore ensuite l'équipe de France Espoirs d'Erick Mombaerts, s'impose dans l'antichambre de la sélection A, avant d'attirer l'attention de Didier Deschamps.

Alexandre Lacazette, ici sous le maillot lyonnais, le 9 novembre à Gerland.

« ON NE DOIT PAS RÉDUIRE UN JOUEUR À SES STATISTIQUES »

Commentant l'envol soudain de son protégé, Gérald Baticle salue d'abord « la maturité» de celui qui a déjà disputé cent dix-neuf matchs en Ligue 1 en six saisons au niveau professionnel :

« Il est dans la deuxième partie de sa carrière. A 20 ans, on doit se prouver à soi-même qu'on mérite sa carrière, de jouer en L1. Les buts amènent les buts. Il se projette vers l'avant avec l'objectif de s'installer dans le top des buteurs. Il a envie de taquiner, de titiller les meilleurs buteurs et attaquants de l'équipe de France. Il a progressé dans la préparation mentale de ses matchs. »

Son ancien entraîneur Rémi Garde se hérisse quand les médias insistent lourdement sur les statistiques affolantes de son ancien poulain :

« C'est dramatique, car en se focalisant sur les stats, les journalistes entretiennent ce système et le pervertissent. On contribue à fabriquer des joueurs individualistes en ne retenant que des critères individualistes. Après, on les accuse d'être individualistes.
L'an dernier, Alexandre n'était pas loin d'avoir sa dimension actuelle. A l'époque, on me demandait s'il était capable de marquer entre dix et quinze buts. Et je répondais “évidemment que oui”. Mais on ne doit pas réduire un joueur à ses statistiques. »

Malgré l'agacement de son ancien entraîneur, nul doute que Lacazette tentera de confirmer en sélection son nouveau statut d'insatiable canonnier, afin de s'installer dans le groupe amené à disputer l'Euro 2016, organisé en France. A Rennes, il bénéficiera des conseils de Karim Benzema, lui aussi pur produit de l'OL, et buteur au sang froid.

Rémi Dupré
Journaliste au Monde

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