CONTRIBUTION : Radioscopie du sport Guinéen


2015/4/1

Nous vivons cette semaine l’anniversaire de l’avènement de la seconde République. Et comme il est de coutume en pareille circonstance, il y a lieu d’établir le bilan de cet événement. Une évaluation, qui sera essentiellement centrée sur la politique sportive du pays. Un exercice certes difficile, mais impératif au regard de la responsabilité que chacun d’entre nous a vis-à-vis de notre chère Guinée. Convaincu du fait que la Guinée ne sera que ce que nous voudrions qu’elle soit, chacun à la place qu’il occupe a le devoir de jouer sa partition dans la construction nationale. Raison pour laquelle, loin des positions partisanes ou opportunistes, nous ne manquerons jamais d’être au-dessus de la mêlée.

En cette semaine anniversaire, faire le bilan de la politique sportive du pays revient objectivement à procéder à un découpage en séquences correspondant aux républiques vécues depuis 1958. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, les plus belles pages du sport Guinéen ont été écrites à l’époque de la première République. Malgré son système fortement centralisé et étatique, la première République a favorisé une animation sportive tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. En plus, de nombreux cadres et techniciens sportifs ont été formés en Guinée et à l’étranger.

Si les performances sportives de l’époque ont été utilisées à des fins politiques pour justifier les choix opérés dans la gestion du pays, par contre des insuffisances ont été relevées à l’avènement des militaires en Avril 1984. Il s’agit du manque criard d’infrastructures sportives aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays. En effet, notre pays ne dispose à ce jour que de l’unique complexe sportif du stade du 28 septembre de Conakry, qui date des années 60, et du Grand stade de Nongo dont la finition tarde encore. Le stade du 28 septembre de Conakry est la seule plateforme léguée à la seconde République. Le constat est simple et implacable : le sport a servi la politique de la première République, mais en retour la politique n’a pas entièrement servi le sport.

Le 3 avril 1984, après la disparition du premier président de la Guinée, un coup d’Etat militaire instaure la seconde République. Nous assistons alors, à une totale rupture dans le mode de gestion du pays. L’économie de marché et la libre entreprise se substituent à la gestion centralisée de l’économie. Ainsi, les associations sportives voient le jour et participent à l’animation des compétitions locales. Au fil des ans, qu’est-ce que l’on a constaté ? Une totale distorsion entre la volonté politique affirmée et matérialisée de la libre association, et un environnement économico législatif qui n’a pas suivi.

Conséquence : les associations et clubs sportifs ont évolué dans une certaine confusion, et n’ont guère profité de la nouvelle donne instaurée dans le pays.

Fort heureusement, conscientes de cette situation, les autorités ont décidé de la tenue de la première conférence nationale de la jeunesse et des sports en Octobre 90. Celle-ci a jeté les bases d’une politique beaucoup plus en adéquation avec l’option prônée de puis avril 1984. Malheureusement pour le pays, l’intendance n’a pas suivi. C’est ce constat que les Etats généraux de septembre 92 ont établi. A noter que cette instance a produit les meilleurs documents qui soient pour le pays, en matière de politique sportive. Encore une fois, les pertinentes recommandations et résolutions n’ont pas été traduites dans les faits. Raison pour laquelle, en dépit de ce qui aura été dit et fait, on se retrouve presque toujours à la case départ.

De quoi souffre le sport national ?

En dépit du fait que plusieurs concertations ont été organisées, celles-ci n’ont pas encore permis une relance effective du sport national, car les performances se font toujours attendre. Pour mémoire ce sont :


A-Octobre 90 : Première conférence nationale de la jeunesse et des sports;


B-Septembre 92 : Etats généraux sur le sport ;


C-Avril 94 : Conseil national extraordinaire des sports ;


D-Mai 98 : Conseil national des sports


E-Novembre 2000 : Journées nationales de concertation sur le sport


F-Juin 2010 : Journées nationales de réflexion sur la politique de la jeunesse et des sports


Il est donc aisé de comprendre que le travail sur un peu plus de deux décennies n’a guère été exploité et valorisé par l’administration du sport.

Cahin Caha, nous avons vécu la politique menée par la deuxième République. Une politique en dents de scie avec beaucoup plus de déceptions que de satisfactions puisque le sport national marque toujours le pas. Malgré une inflation remarquable de ministres qui se sont succédé à la tête du département.

Pour établir une évaluation objective du bilan de la politique sportive, des paramètres sont à notre portée. Entre autres, nous avons le nombre d’infrastructures réalisées à Conakry et l’intérieur du pays, le nombre d’entraîneurs toutes disciplines confondues, les compétitions locales animées par les fédérations sportives, le nombre de participations aux épreuves sous régionales, régionales, continentales et internationales. Le nombre de nos compatriotes qui siègent dans les instances africaines et internationales. Ce sont des statistiques infaillibles permettant d’apprécier avec précision le niveau du sport national.

Sur le plan des infrastructures, nous ne disposons à l’heure actuelle que du complexe du stade du 28 septembre de Conakry et du Grand stade de Nongo non encore achevé. A Labé, le stade El Hadj Saïfoulaye Diallo bien que répondant aux normes internationales a besoin d’être entièrement réhabilité. La vingtaine de fédérations sportives nationales officiellement reconnues rencontre d’énormes difficultés pour assurer l’animation de leurs disciplines sportives respectives.

Le manque de formation des cadres, la méconnaissance des textes règlementaires représentent de sérieuses entraves dans la mise en œuvre des plans d’action et programmes divers.

Sur un tout autre plan, il y a une problématique qui n’a pas encore trouvé une issue heureuse. Il s’agit de la coordination et de l’harmonisation à établir entre les sports scolaires et universitaires et les autres disciplines sportives. Une politique nationale bien pensée devrait globalement intégrer ces différents paramètres dans sa mise en œuvre.

Bien structurés avec un suivi régulier, les sports scolaires et universitaires constituent un important vivier pour nos équipes nationales. Dans de nombreux pays, les champions toutes catégories proviennent dans une large mesure des milieux scolaires et universitaires.

La voie à suivre

Au regard de l’expérience accumulée et de la riche moisson découlant du formidable travail de réflexion fait durant près de trois décennies, le ministère des sport dispose de tous les éléments susceptibles d’impulser le renouveau du sport national. Et pour se faire, il n’y a pas à chercher loin, car le pays a des compétences locales pour mener à bien les programmes stratégiques et les plans d’action définis dans le cadre d’une vision globale et cohérente de la politique nationale. A ce titre, le sport doit désormais être géré autrement. Gérer autrement pour promouvoir toutes les disciplines sportives ; gérer autrement pour réduire l’écart de niveau entre la capitale et l’intérieur du pays ; gérer autrement afin que la Guinée reprenne sa place d’antan sur les podiums africains et internationaux.

A l’instar de la Côte d’Ivoire dont l’assemblée nationale a adopté en décembre 2014, la loi sur la réforme du sport ivoirien, notre pays doit rapidement se doter de cette armature juridique qui servira de trame à toute politique à mener.

Le texte ivoirien est une référence en la matière. Les éminences grises, qui se sont penchées sur ce document, ont dégagé deux axes d’orientation de ce que doit être la nouvelle politique sportive nationale. Primo, il s’agit du «Système Sportif Ivoirien retenu». Dans un système pyramidal qui part du sommet, avec l’Etat représenté par le ministère en charge des Sports (Autorité de Tutelle et Autorité Délégante), aux Sportifs qui sont à la base du système, chaque entité est appelée à jouer pleinement sa partition.

Secundo, il y a les «Innovations introduites dans le système sportif» aux fins de permettre à la Côte d’Ivoire d’accroitre et de diversifier l’offre en matière d’infrastructures et d’équipements sportifs; d’avoir un mouvement sportif dont le niveau d’organisation lui permettrait de développer le sport pour tous, le sport de masse et le sport de haut niveau et d’avoir des sportifs qui performent au niveau national, continental et mondial. La Commission de réflexion, qui a produit le document est allée plus loin en classifiant les innovations en cinq catégories (Infrastructures et d’équipements ; Organisation des associations sportives ; protection des sportifs et des évènements sportifs ; Financement du Système Sportif Ivoirien ; infractions pénales). Au chapitre des infrastructures et d’équipements, le texte soumis au parlement ivoirien fait obligation d’élaboration d’un schéma directeur en matière d’infrastructures et d’équipements sportifs publics par l’État et les collectivités territoriales, en collaboration avec les fédérations sportives, et de prévoir dans tout plan d’urbanisme, plan d’occupation des sols, lotissements et opérations immobilières, des espaces destinés aux infrastructures et équipements sportifs, en coordination avec les fédérations sportives. S’agissant de l’organisation des associations sportives, dont les fédérations, le projet de Loi attend l’affirmation de la tutelle du ministère en charge des Sports et la formalisation de la délégation de puissance publique au profit des fédérations sportives ; ainsi que l’établissement de conventions d’objectifs entre l’État et les fédérations sportives. Ce qui entraîne de facto, l’introduction de mentions obligatoires dans les statuts des fédérations sportives portant sur la bonne gouvernance, la promotion du genre, la publication des comptes et la possibilité de création par les associations sportives de sociétés sportives ouvertes à des partenaires financiers pour la gestion de leurs activités. Au niveau de la protection des sportifs et des évènements sportifs, le nouveau texte met un point d’honneur sur l’obligation d’assurance pour tous les sportifs et les évènements sportifs. Quant au volet «Financement du Système Sportif Ivoirien», il est fait mention de la création d’un Fonds de Développement et de Promotion du Sport (instrument capital pour l’atteinte des objectifs de l’État). Le nouveau texte n’est pas muet non plus sur les infractions pénales qui donnent toute la possibilité d’auto-saisine du Procureur de la République pour certaines infractions.

Riche de 135 articles déclinés en cinq chapitres, la nouvelle loi pour la réforme du sport ivoirien devrait inspirer à plus d’un titre nos décideurs. Les gouvernants de ce pays ont ainsi balisé la voie à suivre pour le développement harmonieux de leur sport.

Pour conclure cette contribution non exhaustive, il serait simplement illusoire de croire que nous réussirons à promouvoir chez nous le sport sans l’organisation de compétition sous régionales, régionales et continentales. L’organisation de ces compétitions exigent des investissements, qui impactent tous les secteurs d’activité du pays. C’est à ce titre, que depuis vingt ans je plaide pour l’organisation d’une phase finale de Coupe d’Afrique. La CAN est un véritable projet de développement dans la mesure où au-delà de son aspect strictement sportif, c’est un programme transversal. L’exemple le plus illustratif en la matière est bien le cas du Mali, qui grâce à la CAN 2002 a mis en œuvre un plan de développement touchant le pays tout entier.

Thierno Saïdou Diakité
source : www.mediaguinee.com


 

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