Guinée : La dissidence hubbhu du N’dama dans le Labé (4e partie)

Thierno Ibrahima dit Waliou N’Dama mérite une place d’honneur parmi les martyrs du colonialisme. Il naquit à Himaya vers 1824 et fit de brillantes études théologiques auprès de Karamoko Koutoubou de Touba qui fut également le maître d’Alfa Mamadou Diouhé de Limaniya. Il étudia aussi dans sa famille maternelle dans le TImbi chez Thierno Ibrahima de Gnaly qui eut également pour élève Thierno Lliassa qui mena une dissidence hubbhu dans le Timbi. De 1869 à 1901, Thierno Ibrahima dirigea le N’Dama, un petit état dissident hubbhu rival dans le Labé. A l’origine, le N’Dama était une province vassale du diwal de Labé. C’est Thierno Ibrahima qui s’affranchit de cette tutelle et réussit à faire reconnaître sa souveraineté aux almamys du Fouta.

Quatre ans avant sa naissance, mourut Thierno Ciré le fondateur de la province de N’Dama. A la mort de ce dernier qui fut un véritable chef de guerre, son fils aîné Thierno Diao lui succéda et la chadliya obtint alors un grand rayonnement, ce qui fit du N’dama un lieu de pèlerinage et dyaaroré très réputé. La grande piété de Thierno Diao attira un grand nombre de réfugiés qui fuyaient les injustices et exactions des autorités du diwal de Labé. Cette situation et l’essor de la chadliya dans le N’Dama ne tardèrent pas à susciter l’inquiétude de l’Alfa mo Labé. Cependant Thierno Diao parvint à calmer le jeu tout en étendant l’influence de sa confrérie jusqu’à sa mort en 1865. C’est son fils, Thierno Abdoul Gouddoussi, un grand érudit surnommé à juste titre le waly de N’Dama qui prit sa succession. Il effectua plusieurs expéditions en vue d’islamiser les Bassaris, les Coniaguis et les Badiarankés. Il prit vers 1869 au cours d’une campagne dans le N’Gabou de Diankéwah. A la mort de Thierno Abdoul Gouddoussi, son frère Thierno Ibrahima, wali de N’Dama lui succéda et s’employa à sauvegarder et à développer l’héritage spirituel légué par son père et son frère.

Par la suite, persécuté par les Tandas, Thierno Ibrahima N’Dama fit appel à Wora, au Kinsi, au Binani et aux Dara Bowés. Finalement, il réussit à pacifier le pays (1884-1891). Les tandas durent fuir en Gambie et en pays Coniagui. Malgré toutes ces difficultés et l’hostilité de Alfa Yaya, roi de Labé, la Chadliya se renforça encore davantage dans le N’Dama, la Basse Casamance, la Guinée portugaise et la Gambie.

Encouragé par Moussa Molo, Thierno Ibrahima s’allia aux autorités françaises du Sénégal en vue de s’affranchir complètement de la tutelle du Fouta Djallon. Un traité fut signé en 1896 et deux ans durant, Thierno Ibrahima paya ses impôts en bovins à Sédiou au Sénégal. Cette indépendance de Thierno Ibrahima N’Dama affecta énormément Alpha Yaya qui encouragea l’administration française de Guinée à récupérer le N’Dama pour le placer sous le giron de Labé. Des combats très sanglants eurent lieu entre les soldats de N’Dama commandés par Modi Alimou et une petite troupe française commandée par le lieutenant Noirot le 10 mai 1899. Les talibés mirent en déroute les intrus et Noirot dans sa retraite faillit perdre la vie. L’expression « Kouré Niaki » ou balles d’abeille illustre bien l’âpreté de l’affrontement. Cette défaite fut pénible pour les Français.

L’administration française revint en force et par surprise arrêta Thierno Ibrahima N’Dama avec ses fils et cousins le 8 mai 1901. Déporté en Afrique équatoriale en 1902, il y mourut la même année. Sa tombe se trouve au cimetière de Luango à 25 kms de Pointe Noire en république du Congo.

Depuis les talibés se sont dispersés et la chadliya a pratiquement disparu du N’Dama tout comme à Gomba.


Diallo Boubacar Doumba


Sources documentaires :

Histoire du Fouta Djallon de Thierno Mamadou Bah
Histoire du Fouta Djallon d’El Hadj Maladho Diallo

 

 

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