La corde au cou ou le cou à la corde
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- Catégorie : Culture
- Mis à jour le dimanche 17 août 2014 10:02
- Publié le dimanche 17 août 2014 10:02
- Écrit par Ousmane Koleya BANGOURA
Ibrofof dédicace l’Emblème à Conakry.
L’auteur guinéen Ibrofof a signé ce matin l’Emblème, sa première pièce de théâtre publiée à Paris chez Edilivre en juin 2014. Cette cérémonie de dédicace présidée par Amirou Conté, Secrétaire Général du Ministère de la Culture et du Patrimoine Historique, a réuni dans la salle Taïbou Diallo du Musée National de Sandervalia, des amoureux des lettres et du théâtre, des amis et proches de l’auteur, et bien entendu, des compagnons d’armes (il s’agit aussi d’un officier supérieur de l’armée guinéenne).
A l’ouverture du rideau, le maître de cérémonie, Idrissa Camara, plante le décor. Hadja Kadé Seck, Directrice Général du Musée National demande une minute de silence à la mémoire de Souleymane Koly, le baobab tombé récemment sur la terre natale. Un dialogue franc et intelligent s’engage entre l’auteur et le modérateur, devant un public attentif qui découvre les multiples casquettes de ce génie qui se cachait si longtemps derrière le soldat-fonctionnaire international. Et comme dans une scène éclatée, des comédiens de la Troupe Nationale de Théâtre de Guinée, dirigés par Ibrahima Sory Tounkara, se détachent du public et se regroupent sur le plancher pour engager une lecture d’une extraordinaire expressivité de ce texte dont la poétique témoigne d’une grande maturité artistique et intellectuelle. S’ensuit un bref débat avec des invités et la signature de quelques exemplaires de l’œuvre par l’auteur.
Ibrofof a un parcours atypique et diversifié. En 1990, il intègre l’armée guinéenne où il réussit à garder l’équilibre entre sa passion pour l’art et la culture, et ses obligations militaires. Rédacteur en chef du journal Sofa de l’armée guinéenne, il collabore également au quotidien national Horoya, dans lequel il signe plusieurs articles.
Son œuvre, L’Emblème, est une forme d’allégorie qui emprunte aux réalités vécues sans forcément les nommer ouvertement.
Pour lui, cette pièce présente « une boutique qui ne vend que des tissus. Il y a la possibilité d’y vendre toute sorte de couleur de tissus, mais parfois, on décide de n’y vendre qu’une seule couleur. Ce qui est curieux, c’est que ceux qui contribuent à imposer la couleur unique ont une qualité extraordinaire qui est celle de changer de couleur si facilement et si rapidement que le caméléon devient un amateur dans l’art des mues. Et chaque fois que ces personnages changent de couleur, ils sont dans l’obligation de prouver leur sincérité. L’on invente alors des concepts et l’on réfute les plus universels comme le mouvement de la terre. Et l’on peut même faire des prières pour augmenter l’âge du chef en réduisant ceux des sujets…
La boutique compte deux types de clients, ceux qui s’accommodent des périodes de couleurs uniques et ceux qui ont une difficulté d’adaptation que l’on peut considérer comme victimes. Il y a aussi ceux qui pensent être en communication directe avec le ciel : La corde au cou et Le cou à la corde. Vous aurez compris le jeu de mots. Chacun de ces deux personnages est convaincu d’avoir les secrets du chef-d’œuvre céleste. Mais est-il important pour un mouton tenu en laisse de savoir s’il a la corde au cou ou le cou à la corde ! La réponse est évidemment NON. Mais malheur à ceux qui comprennent et disent NON. C’est la descente aux enfers sous les yeux approbateurs de ceux qui proclament être en possession du chef-d’œuvre céleste ».
L’histoire est ponctuée de chants et de danses comme seuls moments où la souffrance laisse place à la joie et à la liberté sans cesse perdues. Les chants et danses deviennent donc la pompe à refoulement de cette souffrance d’autant plus difficile à accepter qu’elle n’est pas méritée. Autant de codes et de symboles que la Troupe Nationale de Théâtre de Guinée a la lourde responsabilité de révéler au grand public, car c’est ainsi que l’a souhaité l’auteur dans sa communication. Mais d’où viendra le financement de la production, le véritable gros point d’interrogation.
Ousmane Koleya BANGOURA pour www.nouvellerepubliquedeguinee.net
