Ray Lema, le grand frère de la musique congolaise

Manu Dibango (à gauche) et Ray Lema, à Carthage, en août 2004.

Africolor a 25 ans et se porte bien. A une semaine de sa clôture, le 24 décembre (Noël mandingue au Nouveau Théâtre, à Montreuil, avec notamment, Habib Koité), Sébastien Lagrave, qui a succédé il y a un an à Philippe Conrath, créateur, en 1989, de ce festival francilien, se réjouit. « On devrait arriver à environ 15 % d’augmentation du public cette année. » Ce succès nuancera l’opinion des désillusionnés qui affirment que les musiques du monde ont perdu de leur attrait. Vitrine de la création autour des musiques africaines, attentif à mettre en avant les nouveaux talents, « l’Afrique vivante d’aujourd’hui : urbaine, cosmopolite… branchée sur la sono mondiale, mais aussi sur son patrimoine », Africolor n’oublie ni les anciens ni les « grands frères ».

Après Ogoya Nengo, Kasse Mady Diabaté, Abdelkader Chaou, Zao, des hommages à Francis Bebey et Franco, le vendredi 19 décembre, Africolor reçoit, à La Courneuve, Ray Lema, aventurier musical « polytalentueux ». Installé en France depuis 1982, il est né en 1946 à Lufu-Toto (République démocratique du Congo, ex-Zaïre). C’est un « grand frère » pour le chanteur Ballou Canta, né à la fin des années1950, « ambianceur » de l’orchestre parisien Les Mercenaires de l’ambiance, des bals de « L’Afrique enchantée », populaire émission radiophonique dominicale (sur France Inter).

« Un rythme qui fait percussion »

Un « grand frère » également pour le quadra Fredy Massamba, autre chanteur congolais de caractère, installé, lui, à Bruxelles. Originaires l’un et l’autre de Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville, ils sont les complices de Ray Lema, avec le guitariste brésilien Rodrigo Vianna, sur le projet Nzimbu, présenté à Africolor (une version discographique paraîtra début 2015). « Nzimbu cela veut dire chant et fortune, celle matérialisée autrefois par des petits coquillages, les cauris, qui servaient de monnaie d’échange », racontent Ray Lema et Ballou Canta, emmitouflés sur la banquette d’un café parisien, quelques jours avant leur passage à Africolor. Le mot claque comme une main sur la peau d’un tambour. « En kikongo, tout est rythme », explique Ray Lema à propos de cette langue ancienne, née au temps du royaume de Kongo, vaste empire qui s’étendait sur plus de 300 000 kilomètres carrés et connut son apogée au XVsiècle. « La langue kikongo est beaucoup plus souple pour s’adapter à certains rythmes, poursuit Ray Lema. Le lingala est assez langoureux, donc quand tu ne chantes pas des rythmes chaloupés, il passe mal. J’ai découvert avec le kikongo un rythme qui fait percussion. »

Il a proposé à ses comparses qu’il n’y ait aucune percussion dans Nzimbu. « Elle est déjà dans la langue, par ailleurs riche d’un point de vue musical et sémantique. » Exemple ? Ecoutez une conversation entre deux Congolais. En lingala, celle-ci sera ponctuée de français, car des mots font défaut. Dans un échange en kikongo, il n’y a aucun mot étranger. « C’est indiscutablement une langue plus nuancée », résume Ray Lema. La plupart des chansons de Nzimbu, kaléidoscope sonore de rythmes et de styles musicaux, sont chantées en langue kikongo. Ray Lema ne parle pas le kikongo, la langue de ses parents. A la mort de son père, quand il avait 5 ans, il a été élevé par son frère aîné, à Kinshasa. A la maison et en ville, on parlait lingala. L’envie de découvrir sa langue maternelle ignorée a été pour lui « le prétexte de ce projet collectif », conclut le musicien.

Nzimbu le 19 décembre, à La Courneuve (93), Centre culturel Jean-Houdremont (20 h 30), dans le cadre du festival Africolor (www.africolor.com), avec Flamme Kapaya et Cyril Atef, en seconde partie de soirée.

Egalement le 22 janvier 2015, à Paris (New Morning, 20 h 30).

CD Nzimbu (One Drop/Rue Stendhal), à paraître le 22 janvier.


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