Né à Goma le 20 juin 1979, Kiripi Katembo Siku se destine d’abord à la peinture quand il est élève à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, avant de lui préférer photographie et vidéo à 27 ans. S’il réalise documentaires, courts métrages et films expérimentaux, c’est à ses images de Kinshasa qu’il doit d’être reconnu. Plutôt que d’en photographier habitants et paysages sur le mode du reportage ou du portrait, comme l’ont fait tant de ses prédécesseurs, il observe le monde à l’envers, dans l’eau des pluies et des fondrières. Ce principe a deux effets. D’une part, il invite à l’artiste à construire ses compositions librement, en tirant partie des hasards de l’instant mais aussi en aménageant des schémas géométriques complexes. D’autre part, en suscitant la surprise, il exige du spectateur attention et temps afin d’entrer dans les jeux optiques et les suggestions oniriques que le renversement du monde sens dessus dessous ne peut que susciter.
« La poésie et la brutalité de notre environnement »
Aussi a-t-on suggéré que Katembo s’inscrit, de façon singulière et lointaine, dans la conception surréaliste de la photographie, d’autant plus efficace qu’elle se délivre de la vraisemblance. « Si l’on prend l’image dans le sens normal, c’est le chaos. Dès qu’on la retourne, tout devient plus positif, plus beau » remarquait-il. Ce qui n’est pas incompatible avec une relation plus critique à l’état de la société : dans une interview donnée récemment aux Dépêches de Brazzaville, Katembo définit Un Regard comme « une construction photographique qui met en évidence la poésie et la brutalité de notre environnement ». Les flaques sont les miroirs de la ruine et de la misère.
S’il tient à la présenter dans les quartiers de la métropole kinoise où il travaille, la série est vite exposée et distinguée dans nombre de manifestations internationales. Les premières sont africaines : Biennale de Lubumbashi en 2010, Rencontres de la photographie de Bamako en 2011, où il reçoit l’un des prix décernés par la Fondation Blachère. L’une de ses images, Survivre, est choisie pour affiche par le Festival d’Avignon en 2013 avant que la Fondation Cartier, à l’initiative d’André Magnin, l’accueille à son tour cette année. On l’a vu plusieurs fois à Bruxelles dans des expositions collectives en 2012 et 2013. Parallèlement, il réalise ou participe à la production de plusieurs films, dont Voiture en carton, projeté dès 2008 au Centre Pompidou. Il a participé à de nombreux festivals de la Côte d’Ivoire au Nigeria et, naturellement, au Congo.
Fort de ce début de notoriété internationale, Katembo la met au service de la formation et de la diffusion de la création actuelle en Afrique. Après avoir créé le collectif photo et vidéo Yebela, il participe en 2012 en qualité de formateur à la Biennale du Bénin en 2012. Surtout, il s’engage dans l’organisation de la première édition de la biennale d’art contemporain Yango qui se tient à Kinshasa du 21 novembre au 19 décembre 2014, rassemblant des artistes de toutes nationalités. « C’est une sorte d’arbre à palabres d’où les arts convoqués, dialoguent entre eux » disait-il dans l’entretien déjà cité. « Yango » signifie « avancer » en langue lingala. Pour lui, c’était avancer désormais vers de nouveaux sujets : « Actuellement, je travaille sur les scarifications, tatouages, piercings…comme l’un des axes de notre mémoire ou de sa transmission » annonçait-il il y a moins d’un mois.

