Tiganá Santana, philosophe folk

                 

L’artiste brésilien Tiganá Santana est actuellement en tournée en France.  

Il chante comme il parle : élégant et paisible, perché sur un nuage. En apesanteur. La voix et la guitare du Brésilien Tigana Santana, de retour en France après son passage, en mars, au Babel Med Music, à Marseille, détiennent la clé de tous les possibles poétiques, sécrètent un indéniable pouvoir de fascination.

Son folk mystérieux captive, autant sur scène, dans une version minimaliste, que plus étoffé, comme dans son troisième album, Tempo & Magma, paru en septembre 2015, où il est imprégné de la spiritualité du candomblé, la religion syncrétique, née pendant la période esclavagiste. Des chansons tressées de philosophie.

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Chanteur, auteur-compositeur et guitariste, Tigana Santana est aussi doctorant en philosophie, à l’université de Sao Paulo, où il réside. La philosophie et la musique vont-elles bien ensemble ? Absolument, s’empresse d’affirmer le « philo-chanteur ». Et d’expliquer : « Dans plusieurs cultures africaines, comme chez les Bakongo, par exemple, il n’y a pas une différence entre l’art et la philosophie, car la pensée n’y est pas juste la pensée raisonnée. L’art est aussi une façon de penser pour exister dans le monde. »

Tigana Santana a enregistré Tempo & Magma au Sénégal, avec des musiciens et des instruments traditionnels africains. « Ce n’était pas la première fois que j’allais en Afrique, mais là, j’y suis resté presque cinq mois, nous raconte le musicien. Ce fut une expérience de vie très spéciale pour moi. Pas seulement musicale. Cela m’a donné le temps de sentir les choses, de laisser influencer mon regard, pour bien me voir moi-même, à travers ma culture, mes racines. Je viens de la tradition culturelle afro-brésilienne, enracinée dans la philosophie et la spiritualité bantoues, qui considèrent le temps comme une énergie très importante. »

 

« La musique a inondé ma vie »

Tigana Santana est né et a grandi à Salvador de Bahia, la plus « africaine » des villes brésiliennes. Sa mère, directrice de Ilê Aiyê, premier groupe carnavalesque afro-brésilien créé au Brésil, dirigeante actuelle du Centre de culture populaire et identitaire de Bahia, voulait faire de lui un diplomate, pour qu’« en tant que Noir, je casse, par ma présence, explique le chanteur, les tendances élitistes et eurocentristes du corps diplomatique brésilien, qui n’est jamais représenté par des Noirs ».

Il a appris à parler plusieurs langues pendant son enfance et son adolescence dans ce but, se souvient-il. Il peut chanter en portugais, anglais, espagnol et français, mais aussi en kikongo et en kimbundu, des langues bantoues. « La culture bantoue est très présente au Brésil. La samba est un comportement musical culturel bantou. L’art de la capoeira est bantou aussi. »

Il a finalement choisi une autre voie que la diplomatie. « La musique, avec une force pareille à celle de l’eau, a inondé ma vie », résume Tigana Santana. Il n’était de toute façon pas fait, précise-t-il, « pour une pensée, un comportement ou une pratique linéaire, dans un ordre institutionnel, sans la possibilité effective du néant, de l’absurde, du complexe et du simple en même temps ».

Tigana Santana, en concert le 7 avril au Pédiluve, Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) ; le 8 à Banlieues Bleues, Nouveau Théâtre de Montreuil (Seine-Saint-Denis), complet  ; le 30 au Théâtre Forum Nice Nord ; le 4 mai à Jazz sous les pommiers, à Coutances (Manche) ; le 14 à Musiques métisses, à Angoulême ; le 9 juillet à Jazz à Vienne (Isère) ; le 13 au festival Les Suds, à Arles (Bouches-du-Rhône).

Tempo & Magma (2 CD Ajabu !/L’Autre Distribution)

 

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