La bataille de Talansan
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- Catégorie : Grands débats
- Mis à jour le jeudi 1 novembre 2012 20:00
- Publié le jeudi 1 novembre 2012 20:00
- Écrit par Boubacar Doumba Diallo
Au début du XVIIIe siècle régnait au fouta-djallon une forte effervescence liée à la persécution dont les musulmans étaient l’objet de la part des fétichistes. Les grands marabouts se concertèrent et décidèrent de déclencher l’insurrection en vue d’établir la suprématie de l’islam sur tout le Fouta Djallon. Le présent article est un extrait du livre « Histoire du Fouta Djallon » par El Hadj Maladho Diallo édité à L’Harmattan
Prémices
Sur invitation expresse d’Alpha mo Kolladhé, Alpha mo Labé et Thierno Ibrahima Sambégou de Timbo se rendirent à Kankalabé. A trois, ils tinrent une réunion secrète de concertation, à Lémounnè Tatoy (en bordure de la rivière Kankalabéwol) sur la situation qui prévalait alors dans la région. Ce fut l’amorce de l’unité du Fouta et la première rencontre de ses grands marabouts. A l’issue de la rencontre, Alpha mo Labé pour le Timbi et le Labé, Alpha mo Kolladhé pour le Koyin et le Kébali, Thierno mo Timbo pour les Haccoundé Mâdyé furent chargés de populariser le consensus. Encore de nos jours, trois pierres matérialisent le lieu de la rencontre. Il y eut échanges de messages, et une rencontre de tous les ténors musulmans du pays fut envisagée en un lieu estimé sûr, à raison d’un par secteur.
Le Timbi fut choisi, et la rencontre eut lieu à mi-chemin entre Bouroual Tapé et Bomboli, dans les buissons longeant l’actuelle grande route Pita-Dalaba. Là, les marabouts délibérèrent sans désemparer. Pour plus de sécurité, et par crainte d’être surpris par les infidèles, ils durent souvent changer de place. L’arrêt des travaux de concertation fut sanctionné par la lecture du Coran dont la traduction fut confiée à Thierno Samba, le sage de Bhouriya et doyen de tous les croisés. (…)
La guerre fut immédiatement déclarée aux fétichistes. A l’improviste, les marabouts envoyèrent une armée de partisans à Kébali, lieu de résidence de Dian Yéro puissant chef Pouli animiste. Le coup d’essai des musulmans fut un coup de maître. En effet, sans être vus, ni à l’aller, ni au retour, les soldats de la foi accomplirent leur mission. Ils tuèrent Dian Yéro et s’emparèrent de ses biens à l’insu de tous les fétichistes du pays. Aussi à Horé Ténè, Dow Ditinn (Dalaba) une caravane de païens revenant de Bhoundou et traversant le Fouta par Timbi, Bomboli, Sébhori et Dalaba, fut interceptée, pillée et anéantie.
La bataille de Talansan
Ces deux événements sensibilisèrent les fétichistes, et à leur tour ils rassemblèrent une armée pour se défendre. Tous les chefs animistes, Peuls, Maninka et Dialounkés du Sud-Foutanien se coalisèrent et lancèrent une puissante armée contre les musulmans. Ils se concertèrent et amassèrent leurs troupes dans un village en bordure du fleuve Bafing, non loin de Timbo. Ils fortifièrent le village et s’y barricadèrent.
Les soldats de la foi sous le commandement d’Ibrahima Yéro Pathé qui sera plus tard, Almamy Sory Maoudhi, les assiégèrent durant trois semaines. Un des disciples musulmans s’étant aventuré au bord du fleuve pour reconnaître la position des ennemis revint avec une multitude de flèches fichées dans le dos. Les païens le pourchassèrent et se jetèrent imprudemment dans le fleuve. Ils offrirent ainsi des cibles faciles aux musulmans qui rompirent les barricades et donnèrent l’assaut. Dans le village, on se battit pied à pied, de case en case, blessant et tuant à coups de haches, de sabres, de flèches, de lances, et de massues.
Face à l’offensive, les infidèles étaient déterminés à résister jusqu’à l’ultime sacrifice et jusqu’au dernier homme. Au plus fort du combat, un musulman du Bhoundou tira un coup de feu avec son fusil à pierre. La détonation retentit comme la foudre, et les ennemis crurent que les musulmans avaient fait appel à leur Dieu qui leur avait instantanément répondu en envoyant la foudre. Ce coup de feu sonna le glas dans les rangs des animistes qui l’entendaient pour la première fois. Ce fut la débandade et malgré leur infériorité numérique (99 contre 1200), les croyants remportèrent la victoire.
Pouli Garmé, commandant en chef des armées animistes y trouva la mort avec de nombreux compagnons. La plupart des survivants adoptèrent la religion des vainqueurs et les réfractaires vaincus et traqués de toute part s’enfuirent vers l’Ouest. Les Dialounkés rescapés s’établirent sur la côte, notamment dans le Kakandi, et les Poulis (Peulhs animistes) gagnèrent le NGabou en Guinée Bissau. Ce fut incontestablement la bataille la plus meurtrière et la plus décisive de toute l’histoire de la conquête du Fouta Djallon par l’Islam. En souvenir du premier coup de fusil entendu, le village témoin de la scène porte le nom de Talansan.
Cette première victoire éclatante de l’Islam sonna le glas chez les animistes, et partout dans le Fouta il y eut conversion massive. Contrairement à la thèse communément accréditée, la guerre sainte au Fouta Djallon n’a jamais été une guerre entre Peulhs et Dialounkés, mais plutôt une guerre opposant tous les musulmans de toutes ethnies confondues, aux animistes de quelque ethnie fussent-ils. D’ailleurs c’est avec les Peulhs fétichistes du premier courant migratoire comme Dian Yéro, Pouli Garmé et Paté Wolo que la lutte fut plus âpre.
Cette insurrection musulmane fut dirigée par vingt quatre chefs dont quatorze peulhs et dix maninkas :
Alpha Ibrahima Sambégou mo Timbo
(2) Alpha Mamadou Cellou mo Labé
(3) Thierno Saliou Balla mo Koyin
(4) Alpha Mamouou mo Gongoré
(5) Alpha Amadou mo Kolladhé-Kankalabé
(6) Alpha Mamoudou mo Fougoumba
(7) Thierno mo Sigon de Labé
(8)T hierno mo Bouroudji de Labé
(9) Alpha Moussa Sow de Kébali
(10) Thierno Samba mo Bhouriya
(11) Thierno Siré mo Bourkadié
(12) Thierno Souleymane Tioro mo Timbi Tounni
(13) Thierno Abdourrahmane mo Maci
(14) Thierno Hamdjata mo Kala-Dalaba
(1)Fodé Mamoudou mo Dalato
(2)Fodé Mamoudou Kaly mo Kourou
(3)Fodé Abdoulaye mo Kourou
(4)Fodé Ousmane mo Kourou
(5)Fodé Saliou mo Traoré
(6)Fodé Ishaga mo Timbo-dalaba
(7)Fodé Amadou mo Saré Bowal
(8)Fodé Kaman mo Kourou
(9)Fodé Mâdi Sira mo Dalato
(10)Fodé Sâdigou mo Kourou
Ainsi s’amorça l’ancrage de l’islam en cette terre de Guinée.
Transmis par Boubacar Diallo Doumba
